L’aide au développement est une jolie tournure pour dire que l’on conditionne tout ce que l’on donne aux pays africains à des expulsions vers ces pays, au financement de garde-côtes, à des mesures qui n’ennoblissent pas l’Europe ! J’en viens à l’amendement no 2218 : nous proposons une fois de plus de réduire de 10 % notre contribution à l’Union européenne, parce que son budget de politique extérieure ne prévoit pas un seul euro pour la reconstruction de Gaza. Ma collègue a rappelé que l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël était maintenu en dépit de la violation de son article 2 relatif aux droits humains, signalé par les diplomates européens en 2025. Nous continuons à appliquer l’accord, alors que nous sommes le premier partenaire commercial d’Israël. Le budget destiné à la politique extérieure de l’Union européenne s’élève à 200 milliards d’euros, il prévoit 100 milliards pour l’Ukraine – et c’est très bien –, mais pas un seul euro pour Gaza. Et vous osez nous dire droit dans les yeux, monsieur le ministre, que la France défend une solution à deux États ? Vous vous moquez du monde ! Quelle solution à deux États ? Avez-vous vu l’état actuel de Gaza ? Et on ne pourrait pas consacrer d’argent public européen à sa reconstruction ? Répondez-nous à ce sujet !
Je reviens brièvement sur le précédent débat à propos de l’Inde. Je conteste formellement le fait qu’un nouvel accord de libre-échange serait positif pour la France. Cependant, ce n’était pas le sujet de ma question, qui portait sur le chèque en blanc de 500 millions d’euros promis aux Indiens par Mme von der Leyen en échange de cet accord : au nom de quoi a-t-elle fait cela, avec de l’argent fléché en principe vers l’aide au développement ? Je pourrais citer d’autres exemples encore moins reluisants, comme le financement des garde-côtes libyens avec l’argent destiné à l’aide de développement ; il est donc utilisé pour mener une politique d’Europe forteresse.
Cet amendement tend lui aussi à baisser de 10 % la contribution que nous versons à l’Union européenne, car la stratégie de politique extérieure Global Gateway est complètement détournée de ses objectifs. Pendant que la France est en train de supprimer son propre budget d’aide au développement, nous laissons Mme von der Leyen mener une politique qu’elle qualifie d’aide au développement, mais qui n’en a que le nom. Elle lui a par exemple permis, sans aucun mandat, de conclure un accord de libre-échange avec l’Inde en promettant 500 millions d’euros aux Indiens. On ne sait pas où ira cet argent, visiblement utilisé pour garantir des marchés à certaines entreprises européennes, allemandes en particulier. On peut là aussi se demander quel point de vue la France fait valoir à ce sujet. J’ai posé la question à nos diplomates, qui me répondent : « Nous sommes d’accord avec vous, la stratégie Global Gateway n’est effectivement pas terrible, la Commission communique et fait ce qu’elle veut de l’argent. » Qu’attendent ces diplomates ? Un ministre, un premier ministre, un président de la République qui les aident et poussent à obtenir des arbitrages, ce qui n’est absolument pas le cas actuellement. Voilà un nouvel exemple qui montre que nous ne pesons rien à Bruxelles, que nous perdons systématiquement nos arbitrages. Pendant ce temps, l’aide au développement française est complètement sacrifiée. Comme M. Trump a déjà sacrifié celle des États-Unis, des États sont au bord de l’effondrement en Afrique et ailleurs, des épidémies repartent partout, et la France ne joue plus son rôle nulle part – ni avec son budget, ni à Bruxelles. Baisser de 10 % la contribution de la France serait donc le minimum.
Monsieur le ministre, j’ai donné des exemples et vous n’avez pas répondu. Nous venons d’apprendre que, pour le développement de l’IA militaire, des fonds européens financeront une solution de Palantir Technologies. Vous le savez, vous avez perdu l’arbitrage – c’est d’ailleurs certainement vous qui avez mené les négociations. Répondez-moi donc à ce sujet. Cette année, pour nos livraisons à l’Ukraine, 6 milliards d’euros ont servi à acheter de l’armement américain. Soutenons l’Ukraine tant qu’il le faudra, c’est une très bonne chose, mais ne pourrions-nous pas le faire en achetant l’armement aux industries françaises et européennes ? D’autant que c’est souvent en France que se trouve l’industrie. Sur tous ces dossiers, vous avez capitulé. Vous nous répétez depuis le début de la soirée qu’il faut être bons élèves, mais sur tous ces éléments stratégiques, vous avez perdu vos négociations à chaque fois.
J’ai moi aussi été très choqué d’entendre le rapporteur général nous expliquer que, finalement, pour peser en Europe, il faudrait apprendre à parler anglais. Notre ambassadeur à Bruxelles se bat tous les jours pour que la langue française soit encore un tout petit peu utilisée dans les institutions européennes. Je vois que la droite française ne respecte même plus cela. Elle ne respecte pas davantage d’autres principes plus fondamentaux encore, et c’est précisément l’objet de cet amendement. Monsieur le ministre, vous avez dit que le principe de préférence européenne était la ligne rouge de la France. Pourtant, entre 2020 et 2024, 60 % de l’armement acheté par les États membres de l’Union européenne venait des États-Unis d’Amérique. Cette année encore, 6 milliards d’euros dans le budget européen ont servi à acheter de l’armement américain. Tout récemment, le programme d’intelligence artificielle (IA) militaire Arcadia, développé par Thales, Safran et une troisième entreprise française, a été rejeté par la Commission européenne. Ah, vous êtes les bons élèves de l’Europe, mais vous ne gagnez jamais un arbitrage ! Quand les Français ont-ils obtenu un arbitrage structurant en leur faveur ces dernières années sur les sujets fondamentaux que nous évoquons ce soir ? Jamais ! Changez de méthode, instaurez un rapport de force comme nous le proposons avec cet amendement, qui vise à baisser de 10 % la contribution à l’Union européenne tant que le principe de préférence européenne ne sera pas respecté. Cela pourrait peut-être aider nos diplomates. Vous devriez en discuter avec notre ambassadeur, je suis sûr qu’il aurait des choses à vous dire. Ça vous agace, monsieur le ministre, parce que vous savez que j’ai raison. Expliquez-nous comment vous ferez respecter le principe de préférence européenne en continuant de payer rubis sur l’ongle la contribution et de jouer les bons élèves, comme nous l’explique M. Juvin. Pour l’instant, ce n’est pas très convaincant ! Les Allemands, eux, gagnent à chaque fois. Ils ne veulent même pas de ce que vous défendez, en particulier de votre autonomie stratégique. Ils vous ont envoyé balader sur le char du futur et sur l’avion de l’espace. Vous vous faites envoyer balader à peu près toutes les semaines par le chancelier Merz, comme auparavant par ses prédécesseurs. M. Macron préside la République depuis dix ans ; les chanceliers ont changé ; la France a toujours perdu.
Nous sommes réunis pour examiner l’article 55 du projet de loi de finances pour 2027 – celui qui prévoit le fameux prélèvement de 30,9 milliards d’euros sur les recettes de l’État au titre de notre contribution au budget de l’Union européenne, soit une augmentation de 8 % par rapport à l’année dernière. Il n’est pas question ici de contester un certain nombre de bénéfices que l’Union apporte à la France, à travers la politique agricole commune, qu’il faudrait cependant réformer pour sortir des logiques productivistes, ou à travers la politique de cohésion, extrêmement importante pour des pays comme l’Espagne, le Portugal ou l’Italie – nos alliés naturels au sein de l’Union européenne –, ainsi que pour certaines régions françaises, notamment ultramarines. Cela ne saurait cependant justifier, chers collègues, que nous consentions sans examen critique à un versement d’une telle ampleur. J’appelle notamment à la vigilance sur deux points. D’abord, alors que dix années de cadeaux fiscaux aux plus riches ont plongé nos finances publiques dans le rouge, nous devons utiliser tous les moyens à notre disposition pour réduire notre contribution nationale – je pense bien sûr au produit de l’amende infligée à Google. Ensuite, nous devons être très attentifs aux négociations du prochain cadre financier pluriannuel pour la période 2028-2034, qui sont déjà une source d’inquiétude profonde. La Commission européenne propose en effet de créer quatre grandes rubriques dans chacune desquelles la fongibilité des crédits sera totale, au détriment de la sanctuarisation des principales politiques européennes. Ainsi, les financements de la politique agricole commune pourront être redéployés vers la politique de cohésion, ou inversement. Plus préoccupant encore, au sein du nouveau Fonds européen pour la compétitivité, placé sous le pilotage unique de la Commission de Bruxelles, les crédits initialement destinés à l’environnement ou au numérique pourraient par exemple être réaffectés à la défense au simple bon vouloir de Mme von der Leyen. Cette nouvelle architecture fait donc peser un double risque : celui d’une mise en concurrence des priorités européennes entre elles et celui d’une concentration toujours plus importante du pouvoir budgétaire entre les mains de la Commission. Ma deuxième inquiétude concerne la possibilité de financer, sur le budget européen, l’acquisition d’armements produits hors de notre continent, notamment aux États-Unis, comme le souhaite l’Allemagne. Alors que Donald Trump a désigné l’Union européenne comme un adversaire dans la stratégie de sécurité nationale qu’il a présentée l’année dernière, j’estime qu’il est totalement inconcevable que l’argent européen serve à soutenir le complexe militaro-industriel états-unien. En matière de défense, la préférence européenne n’est pas négociable : l’argent de l’Europe doit servir les intérêts des Européens et je regrette profondément que nous apprenions encore aujourd’hui que dans le domaine de l’IA militaire, Bruxelles refuse de soutenir un programme porté par des entreprises françaises pour lui préférer l’américain Palantir, qui appartient au milliardaire technofasciste Peter Thiel. Encore un échec pour Emmanuel Macron ! Mais l’année prochaine, quand Jean-Luc Mélenchon aura été élu président de la République, nous en finirons avec la servilité devant Washington en sortant de l’Otan et en déployant les moyens nécessaires pour assurer notre souveraineté numérique. Plus fondamentalement, la place démesurée accordée à la défense dans le prochain cadre financier pluriannuel soulève un problème réel, alors que ce secteur pourrait en outre être exempté du principe d’innocuité environnementale – le fameux, ou « absence de préjudice important ». Il est indispensable de rééquilibrer les priorités budgétaires européennes en réorientant une partie de ces crédits vers deux impératifs tout aussi stratégiques : la bifurcation écologique et la souveraineté numérique, que j’évoquais à l’instant. Le financement de ces nouvelles ambitions suppose la création de ressources propres supplémentaires. Elles doivent être recherchées en priorité auprès des grandes multinationales, à commencer par les Gafam, dont la domination menace quotidiennement notre souveraineté, comme nous l’avons vu l’année dernière, lorsqu’Anthropic nous a coupé l’accès à ses services. Mes inquiétudes sont tout aussi grandes s’agissant de l’action extérieure de l’Union. Je rappelle que, selon les traités, la conduite de la politique étrangère et de défense n’appartient qu’aux États membres. Les initiatives répétées de la présidente de la Commission européenne, notamment dans le cadre de la stratégie Global Gateway, soulèvent à cet égard de sérieuses interrogations. Cette stratégie, qui ambitionne de mobiliser 300 milliards d’euros d’investissement, manque de transparence et réduit trop souvent l’aide au développement au financement d’initiatives privées et à l’endettement des États du Sud. Celle-ci doit demeurer un instrument de solidarité, de coopération et d’émancipation. Il est, par exemple, inacceptable qu’elle soit conditionnée à des expulsions vers les pays qui en bénéficient. Cela est d’autant plus important que notre propre budget prévoit une réduction sans précédent de 1,85 milliard d’euros des crédits consacrés à l’aide publique au développement, alors que ces financements chutent partout dans le monde, provoquant le quasi-effondrement de certains États en Afrique et la résurgence d’épidémies – autant de sujets essentiels que notre budget ne traite pas. Enfin, la transparence dans l’emploi des fonds européens doit être absolue. Alors que 100 milliards d’euros sont envisagés pour aider l’Ukraine – et c’est une bonne chose –, les mécanismes de suivi sont trop faibles, et les ONG et les syndicats doivent être associés à la gouvernance de la reconstruction. Je demande également qu’une enveloppe spécifique soit consacrée à la reconstruction de Gaza et que l’accord d’association avec Israël soit suspendu. Les contradictions de la politique budgétaire européenne sont manifestes. On confond solidarité et soutien aux intérêts privés ; on affaiblit les prérogatives des États ; on proclame notre souveraineté, mais on refuse de se donner les moyens de la défendre. Si aucun accord n’a été trouvé cette année sur le prochain cadre pluriannuel financier, c’est à un gouvernement Insoumis qu’il appartiendra de corriger ses orientations et de construire un budget qui serve véritablement les peuples européens. Pour le budget 2027, en revanche, c’est déjà trop tard. Je vous invite donc à ne pas voter cet article 55.
Et pour les enfants nés ici, qu’avez-vous fait ? L’aide sociale à l’enfance s’effondre ; des enfants dorment à l’hôtel, livrés aux réseaux de prostitution ; des juges ordonnent des placements qui ne sont jamais exécutés. Près d’une personne sans domicile née en France sur quatre est un ancien enfant placé. Après Bétharram, des centaines de victimes ont brisé des décennies de silence. Où étiez-vous pour mener ces combats ? Vous parlez d’enfance quand il s’agit de vos paniques morales, mais vous vous taisez quand il s’agit des enfants réels, de ceux qui ont froid, de ceux qu’on frappe, de ceux qu’on abandonne. Vous convoquez l’abbé de l’Épée, qui ouvrait sa porte à tous les enfants ; et vous, vous fermez la nôtre ! Il donnait une voix à ceux que personne n’écoutait. Vous, vous ne parlez des enfants que lorsqu’ils servent votre propagande. Sur le fronton du Panthéon, il est écrit : « Aux grands hommes la patrie reconnaissante ». Mais Olympe de Gouges, Zéna M’Déré et l’abbé de l’Épée méritent mieux que de devenir les alibis du Rassemblement national. Ils méritent qu’on poursuive leur combat. L’égalité entre les femmes et les hommes, l’égalité réelle à Mayotte, la protection de tous les enfants : ces combats sont les nôtres, à La France insoumise, et c’est pourquoi nous voterons contre votre proposition de résolution.
Et pourtant, c’est vrai ! Vous voulez généraliser les tests osseux sur ces jeunes, les présumer majeurs et les sortir de l’aide sociale à l’enfance (ASE).
Il n’a pas mesuré les os de leurs poignets pour décider s’ils méritaient d’être protégés, comme vous le proposez, au Rassemblement national. Quand un enfant arrive sur notre sol, vous ne voyez pas un enfant, vous voyez un migrant.
Puis, interrogé sur les crimes de l’OAS, il a répondu qu’il n’était pas là pour juger. Nous, nous sommes là pour nous souvenir ! En mai 1958, à Alger, l’armée coloniale organisait des cérémonies publiques où l’on arrachait le voile de femmes algériennes pour mettre en scène leur émancipation par la France. Et aujourd’hui, c’est Mme Le Pen qui veut interdire le voile en France. Au fond, au Rassemblement national, à chacun sa haine : la haine antijuive pour M. Bardella, la haine antimusulmans pour Mme Le Pen. L’abbé de l’Épée, enfin. Au XVIIIe siècle, les enfants sourds étaient tenus pour idiots et cachés par leur famille. Lui, il les a recueillis. Il leur a donné une langue, une école, une dignité. Il n’a pas trié ces enfants. Il ne leur a pas demandé leurs papiers.
Et votre colonialisme viscéral ne date pas d’hier. Parmi les fondateurs de votre parti figuraient les nostalgiques de l’Algérie française et d’anciens de l’Organisation de l’armée secrète (OAS). Pierre Sergent, chef de l’OAS en métropole, a siégé sur ces bancs comme député du Front national. En 2022, c’est votre doyen qui ouvrait cette législature. Il y évoquait avec émotion son Algérie natale.
Une partie de vos députés a aussi refusé d’inscrire la liberté d’avorter dans la Constitution. Au Parlement européen, vos élus s’opposent aux textes sur les droits sexuels et reproductifs et vos alliés, en Hongrie comme en Espagne, s’attaquent à ces droits partout où ils le peuvent. Olympe de Gouges réclamait la tribune pour les femmes ; vous leur refusez la maîtrise de leur corps. Zéna M’Déré, ensuite. Avec les chatouilleuses, elle s’est battue pour que Mayotte reste française. Mais elle se battait surtout pour l’égalité des droits. Cette égalité, où est-elle aujourd’hui à Mayotte ? Le smic y reste inférieur à ce qu’il est dans l’Hexagone ; le RSA y est environ moitié moindre. Les titres de séjour y sont territorialisés et transforment l’île en nasse. Le droit du sol y a été restreint par dérogation et vous voulez étendre cette exception à tout le pays. Le journaliste Rémi Carayol parle même, à propos de Mayotte, d’un département colonie. Et il a raison. Au fond, ce que le Rassemblement national aime à Mayotte, c’est la France sans la République, le drapeau sans l’égalité, l’uniforme sans les droits. Zéna M’Déré s’est battue pour être une Française à part entière ; vous, vous voulez faire des Mahorais des Français à part.
Olympe de Gouges, d’abord. En 1791, elle a écrit la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, où l’on peut lire : « La femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune. » Abolitionniste, elle dénonçait l’esclavage dans ses écrits. Et vous prétendez l’honorer ? Alors qu’en 2012, Mme Le Pen proposait de dérembourser ce qu’elle appelait les IVG de confort ! Et qu’en 2022, votre groupe a voté contre l’allongement du délai pour recourir à une IVG de douze à quatorze semaines !
Olympe de Gouges, Zéna M’Déré, Charles-Michel de l’Épée : ces trois noms honorent notre histoire. C’est bien pour cela que nous refusons de les voir servir de vitrine au Rassemblement national et que nous voterons contre ce texte. Soyons clairs, nous ne votons pas contre ces trois figures, mais contre l’usage que vous en faites. La décision de faire entrer des gens au Panthéon appartient au président de la République ; votre proposition de résolution n’y fera donc entrer personne. Elle cherche seulement à faire entrer le Rassemblement national dans une respectabilité qu’il n’a pas.
Il vise à rappeler que le respect du droit à la vie privée, du droit à mener une vie familiale normale, de la liberté personnelle, doit être garanti par tous les officiers d’état civil. Je vous demanderai, monsieur le président, de me laisser le temps d’illustrer mon propos. Dans ma circonscription, un jeune couple m’a dit en substance : ensemble depuis longtemps, nous voulions, pour concrétiser notre union, une date aussi rapprochée que possible. C’était le printemps, la belle saison des mariages ; pour des raisons personnelles, nous n’étions plus disponibles à partir du mois de juillet. Nous ne nous doutions pas que cela éveillerait des soupçons. Pourtant, à peine monsieur était-il sorti quelques instants de la mairie pour répondre à un appel téléphonique urgent, comme cela peut arriver à tout le monde, qu’un officier d’état civil en a profité pour demander à madame si ce n’était pas là un mariage forcé ou un mariage blanc. Je suis Français, né en France, reprenait le jeune homme, venu me voir à ma permanence ; ma femme aussi, même si nos patronymes peuvent laisser penser à des origines étrangères. Quand les deux parties sont françaises, quel serait l’objectif d’un mariage blanc ? Voilà ce que l’on vit, voilà pourquoi il importe de rappeler que ces droits s’imposent à l’ensemble des officiers d’état civil de ce pays ! Tous ne veulent pas se mettre hors la loi, tout le monde n’est pas Robert Ménard pour vouloir empêcher certaines personnes de se marier, imposer aux autres ses vues, des enquêtes qu’il n’a aucun droit de mener – encore une fois, le droit à la vie privée est fondamental, garanti par la Constitution, la CEDH, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, tout un tas de traités qui imposent…
Nous souhaitons rappeler que le droit au respect de la vie privée – dont nous avons beaucoup parlé, et nous continuerons à le faire tant que vous ne serez pas convaincu de son bien-fondé – et le droit de mener une vie familiale normale, qui est lié au précédent, s’imposent à l’ensemble des autorités administratives et juridictionnelles, en tant que droits constitutionnellement garantis. Nous avons beaucoup parlé de droit constitutionnel et de droit conventionnel. Le droit au mariage est censé être garanti à toute personne qui réside sur le territoire français. Ce droit a été reconnu comme un droit à part entière dans plusieurs décisions du Conseil constitutionnel – nous avons été nombreux à vous les rappeler. Malgré cela, vous vous obstinez à mettre ce droit en péril. Nous voulons que la minorité d’élus locaux qui, pour des raisons xénophobes, s’opposent à ce droit au mariage – à l’exemple de M. Ménard et de tous ses petits suiveurs – ne puisse pas s’appuyer sur le présent texte, qui ne sera pas adopté. Rappelons que c’est parce que M. Ménard était convoqué dans le cadre d’une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité que, deux jours plus tard, vous avez inscrit ce texte à l’ordre du jour de l’Assemblée. Vous voulez absolument protéger votre ami le maire de Béziers, vous voulez absolument vous en prendre au droit à la vie privée et à la liberté personnelle. Ce n’est pas comme cela que doit fonctionner la République française. Je pourrais évoquer maints exemples liés à la question qui nous occupe, car nous avons reçu des dizaines et des dizaines de courriels, en temps réel, nous expliquant à quel point ce texte viendrait compliquer la vie des gens,…
Je tiens à mon tour à saluer le ministre Berger, qui vient d’arriver, et à lui souhaiter la bienvenue. Cette soirée sera passionnante, vous verrez. Par ce sous-amendement, les députés Insoumis souhaitent rappeler que le droit à la vie privée, dont nous avons beaucoup parlé aujourd’hui et que cette proposition de loi piétine allègrement, est protégé par le droit international des droits humains, qui a valeur conventionnelle. Le droit au respect de la vie privée a été affirmé en 1948, par la Déclaration universelle des droits de l’homme, dans son article 12, puis rappelé en 1950 par la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et libertés fondamentales, dont l’article 8, alinéa 1, dispose que « toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ». Depuis lors, il a aussi été énoncé au niveau international : dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques du 16 décembre 1966, à l’article 17, et dans la Convention internationale des droits de l’enfant du 20 novembre 1989, à l’article 16. Au niveau européen, il est protégé par la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne – à l’article 7. Tout à l’heure, notre excellent collègue Ugo Bernalicis a expliqué pourquoi il était plus important que ce soit la Convention européenne des droits de l’homme qui protège ces droits, plutôt que la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, et j’ai trouvé son explication très intéressante. Nous appelons à nouveau, à l’occasion de la défense du sous-amendement no 347, au rejet de ce texte xénophobe, qui est manifestement inconstitutionnel, manifestement contraire au droit international et manifestement contraire au droit européen. Cela devrait suffire à vous convaincre.
Ce sous-amendement vise donc à rappeler explicitement que la liberté matrimoniale de choisir librement son conjoint, qui est au cœur du droit au mariage, est reconnue par les articles 2 et 4 de la Déclaration de 1789, par la jurisprudence constitutionnelle et par l’article 12 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui protègent un principe simple : le fait de pouvoir…
Grâce à ce sous-amendement, le groupe LFI-NFP souhaite étendre le champ du rapport proposé par le groupe Écologiste et social sur les effets de cette loi xénophobe sur les droits fondamentaux, en particulier le droit au respect de la vie privée et familiale, au « droit au respect de la liberté matrimoniale, qui découle de la liberté personnelle, à valeur constitutionnelle ». Cela nous semble utile et nécessaire. Ce texte est en effet contraire à la Constitution car il bafoue la liberté de choisir son conjoint, qui est une liberté fondamentale à valeur constitutionnelle reconnue à toutes celles et ceux qui résident sur le territoire de la République française, quelle que soit leur situation. Cette liberté découle de la liberté personnelle protégée par les articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Sur ce sujet, le Conseil constitutionnel est clair. Dans sa décision no 2003-484 DC du 20 novembre 2003, il a statué que « le respect de la liberté du mariage […] s’oppose à ce que le caractère irrégulier du séjour d’un étranger fasse obstacle, par lui-même, au mariage de l’intéressé ». Ce texte est également inconventionnel puisque le droit au mariage est garanti par l’article 12 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, dont la France est signataire, même pour les personnes qui n’ont pas leurs papiers, souvent en raison de la lenteur des préfectures, qui font en sorte de ne pas délivrer de papiers. Cet article dispose que, « à partir de l’âge nubile, l’homme et la femme » – une formulation que je regrette, comme mon collègue à l’instant, mais c’est ainsi – « ont le droit de se marier et de fonder une famille selon les lois nationales régissant l’exercice de ce droit. »
Bref, je pense à tous ces couples pour qui cette liberté n’est pas abstraite, mais profondément concrète. La liberté s’exerce dans un cadre, c’est vrai, mais ce cadre existe déjà, comme le prouvent tous les témoignages que nous recevons et que nous tentons de relayer auprès de vous depuis ce matin. Je ne connais pas un couple, issu d’une union avec une personne de nationalité différente, qui se soit marié en France après les lois Pasqua sans avoir eu à se plaindre de ce cadre déjà trop exigeant, de ces enquêtes trop lourdes, de ces suspicions permanentes. Ne compliquons pas encore les choses. Le droit à l’amour est une liberté fondamentale, il doit être traité comme tel.