Pour poursuivre dans la dénonciation des incohérences, je vous emmène faire un petit tour à La Réunion. La loi Hulot vise à mettre fin à la recherche et à l’exploitation des hydrocarbures – le gaz ou le pétrole. En revanche, elle encourage les forages pour faire de la géothermie, technologie pour laquelle La Réunion est idéale puisque l’île abrite le volcan le plus actif au monde. Néanmoins, une fois de plus, une hypocrisie restreint l’effet de la loi Hulot, puisque la zone d’exploration la plus propice se trouve au sein du parc national. Et même en dehors du parc national, l’obtention d’un permis de forage relève du parcours du combattant. On a une totale incohérence avec, d’un côté, une loi qui favorise les forages pour les énergies propres et, de l’autre, des services de l’État qui entravent les projets et freinent la délivrance des permis. En soutien à mes homologues guyanais et aux pays dits d’outre-mer, je vous le dis, chers collègues qui croyez avoir les mains blanches – ou vertes – à propos de l’écologie dans nos territoires : à force d’hypocrisie, en prétendant depuis trop longtemps agir pour nous – mais sans nous –, depuis des décennies, vous agissez contre nous !
Doit-on corriger l’indignité par l’injustice ? Cette question résume à elle seule l’esprit du texte. Manger, boire et payer ses factures ou bien garder sa maison, tel est le dilemme que pose l’obtention de l’Aspa aux qui touchent moins que rien de retraite. Les Réunionnais qui peuvent prétendre à cette allocation ont tranché : ils préfèrent garder leur maison, leur leur comme on dit chez nous. Tout îlien qui se respecte peut comprendre ce choix, parce que le rapport à la terre n’est pas tout à fait le même en outre-mer et dans l’Hexagone. Je le sais pour La Réunion et suis persuadé qu’il en est de même aux Antilles et en Guyane. On pourrait croire que cela est dû à la raréfaction de la terre, mais cela est aussi et surtout lié à l’histoire. Chez nous, les terres étaient la propriété des Gros Blancs, des et c’est pour les travailler que nos aïeux ont été conduits de force à La Réunion, en provenance d’Afrique, d’Inde, de Madagascar ou de Chine, pour la plupart. À force de travail et de courage, certains de nos grands-parents ont pu devenir propriétaires. C’était difficile, mais cela garantissait un toit à la famille. Aujourd’hui, devenir propriétaire à La Réunion relève du parcours du combattant, surtout pour les jeunes générations, car la spéculation foncière entraîne la raréfaction des terres constructibles et car les prix des matériaux de construction sont exorbitants. La nécessité de bénéficier d’un petit bout de terre en héritage pour devenir propriétaire pousse nos à refuser l’Aspa. En effet, le versement de cette allocation qui garantit un revenu minimum aux retraités est soumis à conditions. Au décès d’un allocataire possédant un bien d’une valeur supérieure à 100 000 euros dans l’Hexagone et à 150 000 euros dans les pays dits d’outre-mer, l’État récupère ce bien et la famille se retrouve dépossédée de la maison familiale. Voilà la raison principale pour laquelle les retraités ultramarins refusent de recevoir cette allocation. On ne répare pas l’indignité par l’injustice. Avec sa proposition de loi, notre collègue Émeline K/Bidi nous dit qu’il est inconcevable que des retraités perdent le bien où ils ont éduqué leurs enfants et construit toute leur vie. Il est inconcevable de laisser des retraités léguer des dettes à leurs enfants qui, parfois, ignorent que leurs parents avaient sollicité l’Aspa. J’ai reçu à ma permanence une fratrie dont la mère l’avait demandée sans comprendre qu’à son décès, son bien serait saisi. Actuellement, La Réunion subit une crise du logement sans précédent, avec 50 000 demandes non traitées. Alors, n’enlevons pas leur toit à ceux qui en possèdent un ! Merci de ne pas corriger l’indignité par l’injustice et de voter le texte.
Or on reconnaît la valeur d’un pays à la façon dont il traite ses agriculteurs – je le pense. C’est encore chez nous que l’on subit de plein fouet les aléas climatiques qui ravagent les champs et ruinent les récoltes. Les députés que nous sommes ne peuvent pas empêcher l’arrivée d’un cyclone – la seule dictature contre laquelle je ne me battrai jamais est celle de la nature –, mais nous devons parfois intervenir. Certaines règles et contraintes européennes sont décalées par rapport à la réalité des pays d’outre-mer. Les marchés de libre-échange, notamment, ne sont pas du tout en accord avec notre position géographique. Et s’il y a bien un aspect sur lequel nous, parlementaires français, pouvons intervenir, c’est le montant des pensions de retraite. J’ai écouté de façon très attentive les prises de parole des différents groupes : nous sommes tous d’accord ici pour souligner l’importance du rôle que jouent les agriculteurs dans notre quotidien. Je me tiens loin de tout discours, lien ou comparaison populiste – d’autant que comparaison n’est pas toujours raison –, mais je relève que c’est dans cet hémicycle qu’il a été décidé d’abonder de 36 milliards d’euros le budget de l’armée. Dans le cas présent, nous demandons 1 milliard pour nos agriculteurs, nous considérons que leur travail est important, et certains groupes affirment que cela coûte trop cher ! Chers collègues, je veux juste vous dire une chose : quand vous aurez le ventre vide, on verra si vous mangez des mitraillettes.
Il me revient de donner l’explication de vote pour le groupe GDR. Je tiens à saluer le travail de notre collègue Julien Brugerolles. Et comment ne pas avoir une pensée pour notre président André Chassaigne ? Sans oublier Huguette Bello, qui se tenait systématiquement à ses côtés lors des débats sur les lois Chassaigne 1 et Chassaigne 2. Elle n’a jamais accepté que les femmes soient invisibilisées et reléguées à l’oubli lorsqu’il est question des retraites des agriculteurs. Député de La Réunion, je ne peux m’empêcher d’ouvrir une lucarne sur la réalité vécue par les agriculteurs dans les pays d’outre-mer. Collègues, c’est chez nous, à La Réunion, que les agriculteurs perçoivent les retraites les plus basses.
Les assistantes familiales, ce sont ces femmes qui ouvrent leurs cœurs et leurs portes pour accueillir des enfants dont le parcours est bien souvent difficile. À La Réunion, elles ont lancé un mouvement de grève pour dénoncer le manque de considération qu’on porte à leur métier. On leur demande d’accueillir toujours plus d’enfants, au-delà de ce que permet leur agrément, sans se soucier des difficultés que cela implique. Être assistante familiale, ce n’est pas un boulot qui commence à 8 heures et se termine à 16 heures, mais une charge mentale et une responsabilité qui durent vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Considérer à sa juste valeur leur travail, c’est se soucier du bien-être des enfants qu’elles accompagnent. Se pose ici la question de la politique de l’enfance que l’on souhaite mener. Car elles sont épuisées, sous-payées, abandonnées et esseulées : voilà la réalité, une réalité que je ne peux accepter. En cherchant à faire de leurs foyers des institutions d’accueil, le département fragilise tout un équilibre familial : des maris divorcent, des familles se déchirent, mais, malgré les difficultés, ces femmes restent dévouées. Nous sommes arrivés à un point de rupture : les assistantes familiales disparaissent peu à peu et le gouvernement ne prend pas la pleine mesure du délitement social qui nous menace. Nous assistons à une disparition progressive de l’engagement faute d’écoute, de soutien et d’accompagnement de la part d’un employeur censé leur apporter des réponses constructives. À La Réunion, les assistantes familiales sont moins bien payées que leurs homologues de France, et l’accueil familial perd tout son sens pour devenir un accueil institutionnel. La qualité de l’accueil est remplacée par une logique de chiffre, au détriment des jeunes en souffrance, mais aussi des assistantes familiales. Écoutons la revendication des syndicats ! Le département de La Réunion se mure dans une posture qui ne peut que lui être fatale. Sa gestion de la politique de l’enfance n’est déjà pas illustre, mais elle le sera encore moins avec la défection des assistantes familiales. Madame la ministre de la santé, votre parole compte. Allez-vous la faire entendre auprès de la collectivité compétente ?
J’aimerais commencer par adresser un message à mon collègue Steevy Gustave en m’inspirant des mots du poète noir Kery James : si tu pleures mon frère, ne pleure pas des larmes de tristesse, mais pleure des larmes de détermination. C’est ce que tu as fait. Je suis, moi aussi, l’arrière-arrière-arrière-petit-fils d’une esclave, Cléa. J’aimerais vous parler d’elle, mon aïeule esclavisée, une femme malgache. J’aimerais vous donner son nom, mais l’histoire coloniale et l’esclavage l’en ont dépossédée. Parlons de noms. Un nom est revenu souvent dans cet hémicycle : celui de Jean-Baptiste Colbert. Je ne suis pas fataliste, mais je suis réaliste : je sais que la présidente de l’Assemblée nationale n’aura jamais le courage de débaptiser la salle Colbert. Mais est-ce que ce nom doit continuer de sévir chez moi, à La Réunion, où une rue Colbert existe encore aujourd’hui ? Chez nous, nos bourreaux sont parfois traités en héros ! Je demande que cela cesse. Je demande qu’on ne glorifie pas ceux qui ont fait couler le sang et la sueur de nos ancêtres. J’aimerais voir des rues Furcy, des rues Élie, des rues Cimendef ; j’aimerais voir les vrais héros de notre histoire enfin commémorés. J’aimerais voir mes ancêtres défendre, haut et fort, notre histoire. Je vous pose une question, mes chers collègues, sans pour autant faire de comparaison, car comparaison n’est pas raison : savez-vous combien de rues Pétain il reste en France ? Il n’y en a plus, parce que les bourreaux ne peuvent pas être traités en héros !