Dans la continuité de la question de notre collègue Jean-Hugues Ratenon, je vais également appeler l’attention sur les pays dits d’outre-mer, et notamment La Réunion, qui est l’un des très rares territoires à avoir totalement consommé l’enveloppe budgétaire allouée par l’État à la formation. Pourquoi ? Parce que le maillage a pris entre les collectivités locales, notamment la région La Réunion, avec le pass Formation qui a été mis en place et l’appel à manifestation d’intérêt. Cela a fonctionné et a permis aux demandeurs d’emploi de se réinsérer, dans un territoire où le taux de chômage des jeunes est très important : faut-il rappeler que nous comptons 43 000 Neet ( Not in Education, Employment or Training ), c’est-à-dire des jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. Ce type de dispositif constitue la meilleure porte de sortie. Madame la ministre, je veux vous interroger sur le maintien de cette enveloppe allouée à La Réunion, dont vous connaissez les caractéristiques : le caractère insulaire couplé à un prix de billet d’avion bien trop cher. Je ne suis d’ailleurs pas favorable à envoyer notre matière grise se former dans l’Hexagone, car le retour est très difficile, voire quasiment impossible, puisque les postes les mieux qualifiés sont occupés par les hexagonaux. Il faut investir dans la jeunesse réunionnaise, à La Réunion, avec ces formations. Je milite avec force pour le maintien de cette enveloppe budgétaire consacrée à la formation, qui a été entièrement consommée. Que la calculatrice soit marseillaise ou parisienne, le résultat devrait être le bon pour La Réunion et pour les pays d’outre-mer.
Comme à mon habitude, je vais pour ma part attirer votre attention sur les territoires d’outre-mer. Un bailleur de chez nous, à La Réunion, qui possède le deuxième plus grand parc social de l’île a fait un pari qui s’est avéré gagnant : plutôt que d’expulser à tout-va, il a décidé d’investir dans le recrutement d’une bonne dizaine de conseillers économiques, familiaux et sociaux, ce qui lui a permis – écoutez bien – de réduire de près de 90 % les expulsions. Et pourquoi l’a-t-il fait ? Pas seulement parce que c’est un bon Samaritain, mais parce qu’il a compris qu’il économisait plus d’argent à maintenir les gens dans le logement plutôt que de les expulser, plutôt que d’avoir des dettes de loyer. Par conséquent, est-ce que vous êtes prêt à donner les moyens aux autres bailleurs, le secteur étant déjà en crise à La Réunion ? Je vous pose d’autant plus la question que vous savez bien le sort que vous allez faire subir à la LBU, la ligne budgétaire unique – je le précise pour les collègues – exclusivement dédiée à la construction de logements dans les territoires d’outre-mer, qui va passer, par exemple, de 60 millions à 20 millions d’euros en Guyane alors que la demande est importante. À La Réunion, même baisse drastique alors qu’on n’a sorti que 1 000 logements sur les 3 000, voire plus, dont on a besoin chaque année. Plutôt que de réprimander, plutôt que d’être dans la répression, êtes-vous prêt à une remise à niveau dans le cadre de la LBU, mais aussi à accorder au social une ligne budgétaire unique, c’est-à-dire à la prévention et à l’accompagnement ? Personne ne paie pas son loyer seulement parce qu’il n’en a pas envie, mais parce que nous sommes en crise économique et sociale. Il faut aider les gens à se maintenir dans le logement tout en les éduquant économiquement pour que tout le monde s’y retrouve – bailleurs, locataires et population dans son ensemble.
Je n’échappe pas à ma mission première, qui est d’ouvrir une lucarne sur l’outre-mer lorsque nous avons des débats de cette importance. À La Réunion, les associations n’échappent pas à la crise rencontrée par leurs homologues au niveau national. Dans les îles, marquées par l’isolement, les inégalités sociales et parfois le manque d’accès aux services, le tissu associatif joue un rôle primordial : il s’agit d’être au plus près du terrain et des habitants. L’Association réunionnaise de l’aide judiciaire aux familles (Arajufa), par exemple, joue un rôle crucial dans l’accompagnement des jeunes, notamment de ceux qui sont en difficulté ou en conflit avec la loi. Elle ne se contente pas d’intervenir ponctuellement ; elle construit des parcours, elle crée du lien et elle redonne des perspectives. Toutefois, le monde associatif est fragilisé. Le Mouvement associatif de La Réunion (MAR) tire la sonnette d’alarme, et le discours est toujours le même : « On n’en peut plus, on ne tient plus. » Pourquoi ? Parce que le financement repose de plus en plus sur des appels à projets, ce qui signifie concrètement que les associations sont mises en concurrence les unes avec les autres pour obtenir des financements limités, qu’elles doivent passer plus de temps à monter des dossiers de candidature qu’à agir sur le terrain et, surtout, qu’elles vivent dans l’incertitude permanente. Comment construire un projet éducatif solide quand on ne sait pas si on sera financé l’année suivante ? Comment fidéliser des équipes quand les contrats dépendent de décisions annuelles ? Cette logique de compétition affaiblit un secteur qui devrait, au contraire, être soutenu et stabilisé. C’est pourquoi il est urgent de défendre des financements pluriannuels, afin de sécuriser les actions dans la durée, de donner de la visibilité aux associations et de reconnaître enfin leur rôle d’acteurs essentiels, et non de simples prestataires en concurrence. À La Réunion, investir dans les associations, c’est investir dans la cohésion sociale, dans la jeunesse et dans l’avenir de notre île. La vraie question est simple : veut-on des associations en concurrence ou des associations fortes, capables d’agir durablement au service de la population ? Rendez service aux associations, cessez les appels à projets !
Chaque jour, des millions de jeunes qui traînent sur leur téléphone ont, en quelques secondes, l’impression que leur vie est moins belle que celle des autres, affichée sur Instagram ou sur TikTok. Les réseaux sociaux ne sont pas simplement des outils de communication, ils peuvent nuire profondément à la santé mentale des jeunes en créant une illusion permanente. On y voit en effet des corps parfaits, des voyages de rêve et des vies sans défaut, en oubliant que tout y est filtré, sélectionné et mis en scène. Dès lors, nos jeunes en viennent à se comparer à des images qui ne reflètent en rien la réalité. Cette comparaison permanente abîme l’estime de soi. Les réseaux sociaux, c’est aussi la pression des chiffres dès le plus jeune âge : combien de likes, de vues ou d’abonnés ? Quand ces chiffres sont faibles, certains jeunes – je dis bien certains – ont l’impression de ne pas compter. Leur valeur semble dépendre d’un écran, ce qui constitue un terrain propice à l’anxiété et au mal-être. À cela s’ajoute le cyberharcèlement – insultes et moqueries publiques ou, contrairement à autrefois, anonymes –, si bien qu’il n’y a plus d’échappatoire : le téléphone devient une source de stress permanent. Enfin, le temps passé sur les écrans est considérable : des heures à scroller, souvent la nuit, au détriment du sommeil. Moins dormir, c’est aussi fragiliser l’équilibre mental. Certes, les réseaux sociaux ne sont pas seuls en cause ; ils ne font qu’amplifier des fragilités existantes. La solution ne réside donc pas dans leur suppression pure et simple ; il faut une meilleure protection des jeunes et un accompagnement renforcé des parents. Comment comptez-vous mesurer précisément cet impact et agir concrètement pour protéger nos jeunes d’un objet qu’ils tiennent chaque jour entre leurs mains et qui, dans certains cas, peut leur être fatal ?
« La colonisation est-elle un crime ? » En décembre 2025, un journaliste posait cette question à un ancien premier ministre. « Non », répondit-il. Moi qui suis originaire de La Réunion, qui connais l’histoire et suis encore marqué par les séquelles de la colonisation, j’espère ne rien vous apprendre en rappelant que cette dernière s’est accompagnée de viols – et pas seulement à La Réunion, mais partout où l’impérialisme colonial s’est diffusé. À chaque fois que l’on a forcé l’homme à travailler, on a abusé du corps de la femme. Le métissage est parfois porté en sautoir et affiché sur les cartes postales, mais il est souvent né d’un viol ! Sans doute les histoires d’amour entre les colons – les maîtres – et les esclaves ont-elles existé, mais il y eut beaucoup de viols – les historiens l’ont établi. Les violences sexistes et sexuelles ne sont pas un phénomène nouveau. Nous avons tous, dans notre entourage, quelqu’un qui connaît ou qui a connu de près ou de loin ces actes immoraux. Pendant des décennies, la parole des victimes a été niée, minimisée et renvoyée à la sphère privée. Ce n’est que progressivement, sous la pression des mouvements féministes, des associations de victimes et de travaux scientifiques de plus en plus documentés, que notre société a commencé à reconnaître leur ampleur réelle et leurs effets dévastateurs. Malgré les avancées législatives successives, malgré les prises de conscience collectives, le système judiciaire n’a pas encore pleinement intégré ce que la science nous enseigne sur les mécanismes psychotraumatiques. C’est précisément ce décalage entre la connaissance scientifique et la pratique judiciaire qui produit, aujourd’hui encore, une absence de traitement adéquat. Les chiffres sont implacables. Chaque année en France, 153 000 personnes majeures sont victimes de viols et 217 000 subissent des agressions sexuelles. Les viols sont commis à 97 % par des hommes ; 93 % des victimes majeures sont des femmes et 84 % des victimes mineures sont des filles. Face à plus de 20 000 plaintes pour viol déposées en 2023, seules 636 condamnations ont été prononcées en cour d’assises. Le taux de condamnation a été divisé par deux en moins de dix ans : en 2016, une plainte sur quinze aboutissait à une condamnation ; en 2022, c’est une sur trente. Ce gouffre entre le nombre de victimes et celui des condamnations ne s’explique pas par le mensonge ou la fragilité des preuves, mais, en grande partie, par une méconnaissance profonde des mécanismes psychotraumatiques et par la persistance de stéréotypes sexistes au sein même du système judiciaire. Lors d’une agression sexuelle, le cerveau active un mécanisme de survie qui entraîne sidération et dissociation traumatique ; il bascule en mode automatique et déconnecte les régions responsables des émotions et de la conscience corporelle. Cette anesthésie émotionnelle est destinée à protéger la victime de l’insupportable. Les conséquences sont directement mesurables dans les prétoires : 40 à 70 % des victimes de viol se trouvent en état de sidération au moment des faits, et une victime sur trois ne résiste pas à son agresseur en raison d’un état de choc, de peur ou de dissociation psychologique. Cette dernière produit des récits fragmentés, lacunaires, non linéaires. Une victime dissociée n’aura ni les mots, ni les larmes, ni les réactions que l’on aurait tendance à qualifier de normales. Elle pourra paraître calme, incohérente, voire indifférente. Et, faute de formation, les professionnels en contact avec elle réagiront trop souvent par l’incrédulité, la minimisation, la remise en cause – autant de réactions qui participent à une victimisation secondaire. Cette défaillance ne relève plus seulement de la critique politique, elle est désormais sanctionnée au niveau européen. La France a été condamnée à plusieurs reprises en 2025 par la Cour européenne des droits de l’homme, qui a pointé la persistance de stéréotypes discriminatoires, une appréciation inadéquate de la vulnérabilité des victimes, et enfin des raisonnements culpabilisants et stigmatisants, qualifiés de traitements inhumains et dégradants au sens de l’article 3 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Ce n’est pas rien. C’est notre droit qui est mis en cause.
En décembre 2025, je me suis rendu dans la prison de Domenjod, située à Saint-Denis, dans la sixième circonscription de La Réunion où je suis député, pour y visiter le quartier des femmes. Le nombre de détenues connaît une recrudescence en raison de la hausse spectaculaire du trafic de drogues à La Réunion. Nous n’échappons pas, en effet, au phénomène des mules qui transportent de la drogue de la Guyane à l’Hexagone, avant d’arriver à La Réunion – au point que nous nous demandons comment il se fait qu’elles n’aient pas été interceptées avant. Dans cette prison, 60 % des trafiquants de drogue sont des femmes. Ce chiffre en explosion témoigne d’un phénomène évident : la crise carcérale est profonde et durable. Cette prison, construite en 2008, a vu sa population doubler en près de vingt ans. Alors qu’elle était prévue pour ne recevoir que 576 détenus, elle en accueille aujourd’hui 990. Le quartier des femmes, qui ne comptait que vingt-huit places, accueille à présent quatre-vingts femmes, souvent dans des pièces de 10 m2 pour quatre personnes. Ces conditions sont insoutenables et intolérables tant pour les prisonniers que pour les agents pénitentiaires. Je tiens donc ici à rappeler mon soutien au mouvement de grève des agents pénitentiaires, qui dénoncent leur abandon par le ministère, malgré la promesse de construire une nouvelle prison dans le sud de La Réunion. La situation à La Réunion est un effet loupe de ce qui se passe dans l’Hexagone, puisque l’on dénombrait dans les prisons françaises, au 1ermars 2026, 87 126 personnes détenues pour 63 000 places. La densité carcérale atteint un record jamais égalé : 137,5 % en moyenne. Dans certaines maisons d’arrêt, la surpopulation dépasse les 200 %. Il en résulte des conditions de détention indignes. Des milliers de prisonniers dorment sur des matelas au sol. La réalité est brutale : promiscuité, insalubrité, tensions permanentes. Le système est au bord de l’implosion et les alertes des personnels se multiplient, sans réponse gouvernementale à la hauteur des attentes. Monsieur le ministre, ce n’est pas une prison en Guyane qui réglera ce problème, encore moins quand elle est construite sans concertation avec les élus locaux, dans un territoire où le trafic de drogue est omniprésent. Le Conseil de l’Europe vous a averti dès janvier : nos prisons risquent de devenir des « entrepôts humains » en raison de l’indignité des conditions de détention. Cette proposition de loi arrive donc à un moment crucial et pose la question du contrôle démocratique exercé sur les lieux de privation de liberté. Ces lieux sont fermés, peu visibles, difficilement accessibles. C’est précisément pour cette raison qu’ils doivent faire l’objet d’une vigilance accrue. En effet, l’invisibilité crée le risque que les droits fondamentaux ne s’effacent en l’absence de contrôle. C’est pour répondre à cette exigence qu’a été instauré le droit de visite. Depuis la loi du 15 juin 2000, les parlementaires peuvent visiter les établissements pénitentiaires à tout moment. Ce droit a ensuite été étendu aux centres de rétention administrative, aux zones d’attente, aux locaux de garde à vue. À chaque étape, il s’agissait de rappeler un principe simple : dans un État de droit, aucun lieu d’enfermement ne peut être soustrait au contrôle. La portée de ce principe s’est renforcée, d’abord sous l’effet de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, qui a condamné à plusieurs reprises la France pour des conditions de détention indignes, mais aussi grâce au travail du Contrôleur général des lieux de privation de liberté et du Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Une incohérence persistait néanmoins : les geôles et dépôts des tribunaux judiciaires et des cours d’appel restaient exclus de ce droit de visite. Cette rupture d’égalité a été censurée par le Conseil constitutionnel, dans sa décision du 29 avril 2025. Le texte que nous examinons vient corriger cette inconstitutionnalité, en étendant le droit de visite à ces lieux, mettant ainsi fin à des différences de traitement injustifiées entre les personnes privées de liberté. Il permet en outre aux parlementaires comme aux bâtonniers d’être accompagnés, ce qui renforcera concrètement les capacités d’observation et d’alerte. Le groupe GDR votera donc pour ce texte.
Actuellement, 51 000 Réunionnais et Réunionnaises sont dans l’attente d’un logement. Nous savons tous que la dignité commence par le fait de disposer d’un toit. Je me fais donc le porte-parole de ces 51 000 familles, mais aussi des bailleurs sociaux, qui attendent clarté, honnêteté et transparence sur la ligne budgétaire unique (LBU) pour 2026. La chute budgétaire est catastrophique et chaque année apporte son lot de malheurs. En 2025, le nombre de demandeurs de logements était de 49 000 – un cyclone a frappé l’île entre-temps, d’où l’augmentation de ce chiffre –, or les bailleurs n’ont pu financer que 1000 logements et n’en réhabiliter que 1 500. En 2026, on s’attend à une baisse de 40 % de la LBU – dont le budget est déjà amoindri. Les bailleurs sociaux se retrouvent dans un flou sidérant. La LBU n’est pourtant pas un dispositif parmi d’autres. À La Réunion, elle est le pilier, le levier principal, parfois même le dernier rempart, et vous le savez ! Baisser la LBU, c’est acter qu’il y aura moins de réhabilitations, moins de logements construits et moins de familles à l’abri. Les bailleurs sociaux ne savent plus sur quel pied danser. Ils ne peuvent plus planifier les constructions et retardent, voire abandonnent, des projets essentiels. Et pendant ce temps, les besoins explosent. Budget après budget, vous réduisez nos marges de manœuvre. Budget après budget, vous imposez vos priorités sans jamais répondre à l’urgence sur le terrain. Ce n’est pas une simple question de ligne comptable. Des familles paient le prix de vos décisions ! Alors, je vous pose une question simple : le gouvernement assume-t-il pleinement la baisse de 40 % de la ligne budgétaire unique ?
Je voudrais attirer votre attention sur les territoires d’outre-mer en prenant le cas singulier de La Réunion. Chez nous, le déficit public et la croissance en berne produisent en effet des conséquences très directes. À l’heure où l’on nous propose un projet de loi « vie chère », qui manque de mesures fortes et durables, on nous impose toujours plus de coupes budgétaires : 6 milliards d’euros en moins, dont 2 milliards pour la protection sociale, qui s’ajoutent aux 13 milliards déjà programmés dans le PLF pour 2026. En outre-mer, la précarité est plus criante car l’offre d’emploi est inférieure à la demande. Les perspectives d’avenir sont plus étroites, du fait de l’insularité et du manque de cohérence économique et géographique d’une politique éloignée du réel, du fait de ce fameux : « Faire toujours pour nous, rarement avec nous ». C’est également chez nous que l’on trouve les plus petites retraites. À la fin, ce sont toujours les mêmes à qui l’on demande de se serrer la ceinture et de retenir leur souffle : les plus chanceux, en épargnant davantage, les foyers déjà exsangues, en rognant encore sur leurs dépenses. Par ailleurs, nous figurons parmi les rares territoires à consommer l’intégralité de l’enveloppe dédiée à la formation professionnelle, alors même que le chômage est une réalité pour plus de la moitié des jeunes. Il est donc vital de préserver ce levier d’insertion essentiel pour permettre une sortie effective du chômage. Si le rapport fait état d’une croissance en recul, à 0,9 % en 2025, la crise géopolitique fera bondir l’inflation à 1,9 % en 2026. À La Réunion, tant le monde professionnel que nos concitoyens nous ont fait part du caractère insoutenable de la hausse du prix du carburant, alors que nous devons nous battre avec des moyens déjà restreints. Le tout-voiture y est en effet une réalité, car les transports collectifs y sont moins développés qu’ailleurs. Si l’on peut comprendre l’impératif de responsabilité qui s’impose au gouvernement, celui-ci ne peut faire le choix de laisser pour compte l’outre-mer en décidant de coupes budgétaires arbitraires sans se soucier de sa population. Les collectivités, notamment la région et le département, font déjà leur part pour que les Réunionnais paient moins de 20 euros leur bouteille de gaz depuis deux ans. Elles agissent également pour contrer la crise du carburant, dans le silence assourdissant des acteurs privés, tels que la Société réunionnaise des produits pétroliers, qui peinent à contribuer à la résolution de cette crise. Je rejoins donc le Haut Conseil des finances publiques qui déplore son incapacité à rendre un avis pleinement éclairé, faute de précisions dans les mesures de coupes annoncées. Il met en évidence un problème central : le gouvernement avance, sans dire où il compte réellement faire porter l’effort demandé. Cette opacité n’a rien d’anodin. Elle permet de différer les arbitrages et de préparer, sans les assumer, des coupes budgétaires à venir. Ce flou procède d’un choix politique qui, depuis huit ans déjà, nous a plongés dans des conditions économiques exécrables voire catastrophiques. La gauche vous avait pourtant prévenus : la théorie du ruissellement était vouée à l’échec. Le gouvernement fait le choix d’un optimisme de circonstance, doublé d’un manque d’ambition pour soutenir les ménages. Nous nous dirigeons vers une cure d’austérité imposée par une politique de l’offre qui, en définitive, n’a jamais fonctionné – sauf pour les ultrariches – et dont les premières victimes seront, une fois encore, les foyers les plus démunis. Pour conclure avec les mots de Thomas Sankara, « il faut choisir entre le champagne pour quelques-uns et l’eau potable pour tous ». À gauche, nous préférons l’eau potable pour tous, notamment dans les territoires d’outre-mer. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et EcoS. – M. le président de la commission des finances applaudit également.)
La gratuité des parkings hospitaliers est un objectif que nous partageons tous. Cette proposition de loi arrive donc à point nommé, alors que le pouvoir de vivre des citoyens est plus que jamais menacé. La santé est notre bien le plus précieux. Compromettre le bien-être des patients en imposant des droits à l’entrée est une hérésie de plus dans notre monde capitaliste. Qu’il s’agisse du personnel hospitalier, des visiteurs ou des transporteurs de malades, tous sont confrontés à un paiement inique et illogique. Comment justifier que, face à la maladie, des frais s’accumulent pour assister des patients ? Comment justifier que des soignants doivent payer pour venir prodiguer des soins ? Comment justifier que des familles doivent payer après avoir appris des nouvelles qui font basculer leur vie, parfois pour toujours ? Comment accepter que l’hôpital public soit devenu un luxe ? Aujourd’hui, 75 % du parc hospitalier public sont privatisés. Chez moi, à La Réunion, le ticket de stationnement coûte 5,20 euros. À Paris, il s’élève à 9 euros. Partout, le prix du foncier conditionne la santé. Pris en étau entre les injonctions d’économies et des fonds limités, certains hôpitaux ont fait le choix de déléguer ce service essentiel à des entreprises privées, afin de ne pas obérer leurs fonds propres. Quand on connaît l’état de délitement actuel des établissements, on peut légitimement les comprendre, sans pour autant adhérer au procédé. Nous demandons que nos malades et ceux qui les accompagnent retrouvent un peu de répit dans des moments difficiles, que les soignants puissent exercer sans contraintes et, enfin, que la maladie ne soit plus une source de profit. C’est à la fois une mesure de justice sociale, une priorité pour la santé et une urgence pour la solidarité. Dans ces moments où le budget de la nation n’a jamais été autant sous le feu des projecteurs, cette proposition rappelle que nos choix budgétaires façonnent notre vision de la société. Nous ne pouvons nous résigner à vivre dans une société sourde aux souffrances des patients. On ne peut marchander la santé au profit de la rentabilité. On ne peut rogner sur la solidarité qui soutient ceux qui luttent pour leur santé. Les homo œconomicus nous diront peut-être que cette mesure a un coût pour la nation. Mais qui pourra nous dire quel est le coût de l’indignité, quand des personnes s’appauvrissent pour avoir accès aux soins ? Quel est le coût de l’indignité, alors que de ce pays ont émergé des scientifiques de renom ? Quel est le coût de l’indignité, dans un pays qui préfère la finance à la santé ? Aux portes de l’hôpital, il ne peut y avoir de ségrégation entre ceux qui sont en mesure de se payer des soins et ceux qui doivent y renoncer. Agir aujourd’hui, c’est éviter que des malades renoncent aux soins ; c’est soutenir celles et ceux qui portent notre système hospitalier à bout de bras ; c’est tordre le bras à la marchandisation insidieuse de l’hôpital public. C’est surtout affirmer que la santé ne constitue pas un privilège mais un droit, le droit d’y avoir accès sans obstacle. Pour toutes ces raisons, le groupe GDR votera en faveur de la proposition de loi. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR. – M. le rapporteur applaudit également.)
L’objet de ce sous-amendement est de renvoyer au pouvoir réglementaire le soin de fixer le délai pour présenter les demandes d’indemnisation, en précisant qu’il ne pourra être inférieur à trois ans.
J’étais au collège, plus précisément en quatrième, lorsqu’un artiste et poète anticolonialiste de La Réunion sortit son nouvel album, Bwarouz. Étant profondément amoureux de la culture réunionnaise sous toutes ses formes, je m’empressai de découvrir cet album et un titre me marqua particulièrement : « Bébèr ». Cette chanson évoque toutes les formes de déracinement et de politiques d’exil menées par l’État colonial français à La Réunion. Elle évoque notamment l’ordonnance du 15 octobre 1960, par laquelle le premier ministre français Michel Debré autorise les pouvoirs publics à procéder à l’exil forcé en métropole des fonctionnaires des départements d’outre-mer accusés de troubler l’ordre public – j’ai à l’instant une pensée pour Christian Tein et je me rends compte que lorsqu’on trouble l’ordre colonial français, notamment en Kanaky, on est encore envoyé en métropole pour faire de la prison. (Mme Sandrine Nosbé applaudit.) Cette chanson évoque aussi le Bumidom. Enfin, elle parle des « enfants de la Creuse ». L’éducation nationale, comme c’est encore le cas aujourd’hui, choisissait de nous enseigner timidement – très timidement – l’histoire régionale de notre propre pays. C’est donc tout naturellement vers ma mère que je me suis tourné, en lui posant cette question : « Monmon sé kwé zanfan lakréz – Maman, qui sont les enfants de la Creuse ? » Elle m’a demandé : « Mais qui t’as parlé de ça ? » Je lui ai répondu : « C’est Danyèl Waro, le poète anticolonialiste, qui l’évoque dans une chanson ». J’ai vu alors son visage se crisper ; elle m’a répondu de façon laconique que c’était un temps où l’on arrachait des enfants de leurs familles pour repeupler la Creuse. Elle n’a rien dit de plus et j’ai bien compris, ce jour-là, que je touchais à une histoire sensible. Ce n’est que quelques années plus tard que j’ai poussé ma curiosité à propos de cette histoire – j’ai alors compris qu’il s’agissait en vérité d’un scandale d’État. (L’orateur se tourne vers les tribunes du public.) On appelle communément cette histoire celle des « enfants de la Creuse » mais, pour ma part, je refuserai toujours de vous appeler ainsi. Il est hors de question qu’on vous définisse par ce qu’on vous a fait subir. Vous êtes des enfants de La Réunion, pas des enfants de la Creuse ! (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, LFI-NFP et EcoS ainsi que sur plusieurs bancs du groupe SOC.) Vous êtes des enfants de la Fournaise, pas des enfants de la Creuse ! Vous êtes un peu de mes oncles, vous êtes un peu de mes tantes, vous êtes un peu de mon père, vous êtes un peu de ma mère – car, au vu de leur année de naissance, mes parents auraient bien pu faire partie de ce terrible voyage. Vous êtes des enfants dont la vie a basculé en voyant arriver cette petite voiture rouge dont sortait Jacqueline Payet, qui n’était autre que la femme du directeur de la Ddass de l’époque. Vous êtes les victimes d’une politique orchestrée par Debré, qui avait peur parce que la natalité augmentait à La Réunion. Il savait que la politique qu’il y menait n’était pas destinée à sortir l’île de sa précarité grandissante. Il savait qu’une natalité en hausse, avec un taux de mortalité qui chutait, serait une menace politique. Alors, il a décidé de vous arracher à vos familles, avec la complicité de la Ddass et de l’aide sociale à l’enfance. Depuis, votre histoire, notre histoire, est sortie du silence grâce à des personnalités politiques et à des associations qui ont lutté à vos côtés – je pense à Rasine Kaf, qui a mené des actions avec vous, à William Kaly, qui a consacré un reportage à votre sujet. Enfin, la bataille que mène ma collègue Karine Lebon est plus qu’importante parce que, une fois que les coupables sont connus, une fois que la lumière est faite, qu’en est-il de la réparation ? Oui, il faut réparer, pour reprendre la main sur l’histoire. Réparer n’efface pas l’injustice, mais cela empêche qu’elle devienne l’héritage éternel. Réparer, ce n’est pas faire un cadeau aux victimes, c’est assumer une dette envers l’humanité. Réparer, c’est rompre avec le silence, et l’on sait que le bourreau tue toujours deux fois : la première fois physiquement, la deuxième fois par le silence et l’oubli. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes GDR et LFI-NFP. – M. Sébastien Peytavie applaudit également.) Alors, réparons pour ne pas oublier, réparons pour rendre justice, parce qu’il ne peut y avoir d’humanité solide bâtie sur des injustices non réparées. Tel est le sens de notre engagement, tel est le sens du texte défendu par ma collègue Karine Lebon. Rendons justice à ces Réunionnais dont Michel Debré, homme d’État, a volé l’enfance ! (Les députés du groupe LFI-NFP se lèvent et applaudissent.– Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et EcoS ainsi que sur plusieurs bancs des groupes EPR et SOC.)