La dépollution de l’eau par les charbons actifs est aujourd’hui le procédé le plus couramment utilisé pour rendre potable une eau brute susceptible d’être plus ou moins contaminée. Cette technique pose néanmoins une question essentielle : que fait-on des charbons actifs saturés ? Ces matériaux en effet ne font que capter les PFAS. Une fois chargés en polluants, ils doivent être régénérés pour être réutilisés. Or cette régénération est aujourd’hui externalisée hors de France. Nous sommes donc dans une forme de dépendance technique et industrielle, sans véritable filière nationale structurée, alors même que ces charbons actifs sont devenus un maillon essentiel de la production d’eau potable. Le 5 mars 2025, lorsque j’ai alerté à ce sujet votre prédécesseure, Mme Pannier-Runacher, elle m’a répondu que c’était un problème sérieux et identifié. Quelles mesures le gouvernement a-t-il prises depuis pour structurer une véritable filière française de régénération des charbons actifs, qui soit à la fois souveraine, transparente et adaptée aux enjeux spécifiques des PFAS ? Permettez-moi enfin de vous poser une ultime question : au vu des débats sur le projet de loi d’urgence agricole cet après-midi en commission et des questions que nous soulevons ici ce soir, à quand une loi transversale, complète et globale sur l’eau ?
Au sujet de cet enjeu budgétaire, permettez-moi d’attirer votre attention sur le fait que, de l’aveu même des agences de l’eau auditionnées par notre assemblée, 70 % à 80 % des dépenses qu’elles doivent soutenir pour faire face à cette pollution reposent sur les redevances payées par les usagers domestiques, alors que, pour 90 %, il s’agit d’une pollution d’origine industrielle. C’est donc moins un enjeu quantitatif qu’un enjeu de rééquilibrage : face à ce mur d’investissements, qui doit payer ? Hier, lors des questions orales sans débat, monsieur le ministre, vous avez soutenu le recours à des technologies comme la nanofiltration ou l’osmose inverse basse pression (OIBP) pour traiter les PFAS dans l’eau potable. Or cette technologie est fort chère et ferait exploser les factures des usagers, ainsi que le redoute le Syndicat des eaux d’Île-de-France (Sedif), qui serait chargé de la déployer à court terme. En outre, auditionné lors de notre mission d’information, le Sedif a expliqué que, s’il pouvait capter les PFAS, notamment le TFA, grâce à l’osmose inversée basse pression, dans la mesure où ces molécules étaient apportées par la nature, elles y seraient rejetées. Toute la question est donc de savoir comment faire pour que ces métabolites ou ces molécules, quand elles ne sont pas encore dégradées, ne restent pas éternellement dans la nature. Quelle stratégie adopter, sachant que miser sur l’initiative privée nous exposerait à attendre trop longtemps, compte tenu des volumes en jeu – je rappelle que 100 mètres cubes d’eau produisent 15 mètres cubes d’un macérat concentré de polluants. Si la solution consiste à les rendre à la nature sans les détruire, les générations futures ont au moins autant de souci à se faire que nous.
Pourquoi pas six pays, monsieur le ministre ? Comme votre prédécesseure, vous louez les courageux qui défendent une interdiction large des PFAS au nom du principe de précaution, mais pourquoi notre pays n’a-t-il pas rejoint le consortium de cinq États membres qui la défend ? L’Agence européenne des produits chimiques aurait pu s’appuyer aussi sur la volonté politique de la France. D’autre part, au cours des travaux de la mission d’information sur les conséquences de la directive eau potable pour les collectivités territoriales, dont j’ai été le rapporteur aux côtés de Jean-Michel Brard, du groupe Horizons, nous avons évoqué le mur d’investissements auquel les autorités organisatrices des services d’eau potable font face en matière de dépollution. Ce n’est pas à l’usager domestique, qui n’est pas le principal pollueur, d’assumer les dépenses liées à la captation de ces molécules cancérogènes. Dans le rapport, qui sera rendu public dans quelques heures et dont, je l’espère, vous prendrez connaissance, nous proposons que, selon le principe pollueur-payeur, on élargisse l’assiette de la redevance pour pollution non domestique et de la redevance sur pollutions diffuses. L’association Amorce, qui est un des interlocuteurs de votre ministère, demande que soient taxés ceux qui, historiquement, ont mis en circulation ces molécules et qui risquent de continuer à le faire s’ils ne sont pas contraints de participer au financement de la dépollution et de la destruction de ces molécules, dont le coût se chiffrera bientôt en milliards d’euros.
Je vous remercie pour ces nouvelles, qui paraissent de bon augure. Je souhaite attirer votre attention sur un point : dans votre énumération des sources de PFAS, vous n’avez pas mentionné les pesticides – c’est important puisque l’Assemblée examine le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles. Or 15 % des pesticides sont des PFAS, et ils doivent être ajoutés à la liste des sources de pollution aux PFAS. En mars 2023, la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) Auvergne-Rhône-Alpes a détecté des niveaux particulièrement élevés de PFOS – un des polluants persistants les plus dangereux, interdit depuis 2009 dans l’Union européenne – dans des boues provenant de la station d’épuration de Givors, dans le Rhône. Malgré cette alerte, aucun arrêté préfectoral n’a été pris. Selon le syndicat mixte intercommunal pour la station d’épuration de Givors, plus de 500 tonnes de ces boues ont été épandues en 2023 sur les champs de l’agglomération lyonnaise. Plus récemment, dans les Ardennes et la Meuse – vous y avez fait référence –, France 3 et Disclose ont montré que l’épandage de boues papetières avait conduit à la condamnation de captages d’eau potable dans plus de seize communes. M. Delon nous a rappelé, juste avant votre intervention, que les concentrations de PFAS dans les organismes pouvaient atteindre 100 à 200 fois le seuil d’alerte européen. Comment expliquez-vous que des boues contenant des substances interdites puissent encore être épandues ? Que comptez-vous faire, dans votre plan, pour empêcher cet empoisonnement de nos cultures et de nos milieux ?
Je m’adresse à vous, monsieur le délégué général. Face à l’ampleur de la contamination et aux coûts considérables qu’elle engendre et que vous avez rappelés, pourriez-vous développer les propositions d’Amorce sur les outils d’application du principe pollueur-payeur ? Vous les avez récemment présentées à mon collègue Jean-Michel Brard et à moi-même dans le cadre des travaux de notre mission d’information.
Je vous remercie pour votre présence : il n’a pas été facile de trouver des personnes qualifiées disponibles à cette heure tardive. Ma question s’adresse plutôt à M. Delon. Un rapport de Générations futures met en lumière une réalité préoccupante : plusieurs pesticides contenant des PFAS restent aujourd’hui autorisés en agriculture. C’est par exemple le cas du diflufénican, utilisé pour le désherbage chimique, ou du flufénacet, pourtant interdit depuis mars 2025 mais qui bénéficie d’une dérogation de transition. Ces deux substances comptent parmi les pesticides à base de PFAS les plus utilisés en Europe et en France. Ces molécules contaminent directement notre alimentation, ce qui affecte durablement les populations. Pourtant, certains PFAS comme l’acide perfluorooctanoïque (PFOA) ou l’acide perfluorooctanesulfonique (PFOS) sont classés respectivement cancérogène et cancérogène probable par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ). Il en existe des milliers d’autres tout aussi dangereux. Face à ce constat, il est important de rappeler qu’il est possible de faire autrement : d’autres modèles agricoles, notamment biologiques, démontrent que l’on peut produire sans recourir à des substances contenant des PFAS. Le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire considère par conséquent qu’il est indispensable d’accompagner techniquement et financièrement les paysans et paysannes vers l’agriculture biologique. Il est nécessaire de fixer des prix planchers rémunérateurs, car tant que les agriculteurs seront pris en étau entre des prix trop bas et l’absence des moyens nécessaires à l’engagement d’une transition, ils resteront confrontés à des arbitrages impossibles. Dans un tel contexte, quels sont selon vous les principaux obstacles à l’utilisation de substances alternatives en agriculture ? Quels leviers permettraient de les lever rapidement ?
…– de 2027, voulais-je dire ! Mais sachez que nous étions prêts en 2017, avec le programme L’Avenir en commun, et que nous sommes partisans de la cohérence politique d’une élection à l’autre. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Je dirai enfin à ceux qui pratiquent l’obstruction sur ce texte depuis ce matin, à droite et à l’extrême droite, qu’il est intolérable de se comporter ainsi comme des poisons dans l’eau. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS. – M. Marcellin Nadeau applauditégalement.– Protestations sur les bancs du groupe RN.)
…mais aussi coconstruire avec les agriculteurs un projet alternatif aux molécules chimiques. Nous y sommes prêts et nous vous donnons rendez-vous aux élections présidentielle et législatives de 2017 (Exclamations et rires sur les bancs du groupe RN)…
Chaque année, des milliers de personnes développent des pathologies liées à des expositions environnementales ; cela est connu, documenté, et pourtant nous tardons à en interdire les causes. Les PFAS, substances per- ou polyfluoroalkylées, contaminent durablement les nappes, les rivières et se retrouvent dans nos corps. Plusieurs centaines de captages sont déjà touchés en France. Aussi faut-il, sans tarder, interdire…
C’est fort de café d’entendre l’extrême droite nous faire un procès en obscurantisme quand on sait que M. Aliot a participé à des processions à Perpignan pour implorer la pluie ! Passons. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.)
L’argument de la libre administration des collectivités ne me semble pas un argument honnête. Les maires ont la responsabilité de la qualité et de la quantité de l’eau du robinet, mais ils ont besoin d’outils pour avancer en matière de prévention et lutter contre la présence de certaines molécules. Dans le sud de mon département, le Rhône, on les renvoie à leur obligation de prévoir des ouvrages et ce sont les usagers domestiques, qui ne sont pas à l’origine des pollutions problématiques sur le plan sanitaire, qui doivent financer ces installations coûteuses. Les alinéas 3 à 5 de la proposition de loi sont tout à fait respectueux du bon exercice de la libre administration des collectivités et donnent des moyens aux maires pour agir et protéger leur population. J’invite l’Assemblée à rejeter ces amendements. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)