Monsieur le rapporteur, cher Jean-Victor Castor, vous avez raison. Vous avez raison sur plusieurs points, mais il nous reste un désaccord. Vous avez évidemment raison lorsque vous dénoncez la situation sociale tragique de la Guyane. Un taux de chômage de 17 %, des prix supérieurs de 14 % à ceux de l’Hexagone, un taux de pauvreté de 53 % : tout cela est bien réel, insupportable, inacceptable, et souligne l’urgence d’agir. Vous avez aussi raison lorsque vous expliquez que cette situation ne tombe pas du ciel, mais qu’elle est le fruit pourri de décennies d’abandon de ceux qui ont gouverné jusque-là ; je signale que mon mouvement, La France insoumise, n’en fait pas partie. Vous avez encore raison lorsque vous soulignez la survivance d’une forme de colonialisme dans cet abandon du pouvoir hexagonal à l’égard des territoires dits d’outre-mer. C’est pour toutes ces raisons que vous pourrez compter, en 2027, sur Jean-Luc Mélenchon pour, d’une part, lutter activement et sans attendre contre la pauvreté, par le renforcement du blocage des prix, par l’indexation des salaires sur l’inflation, par l’augmentation du smic et des prestations sociales, par le développement des services publics et des infrastructures ; pour, d’autre part, discuter sans tabou de l’autonomie des territoires ultramarins, quand les populations concernées la souhaiteront et au rythme qu’elles auront choisi, avec un principe de non-régression sociale et environnementale vis-à-vis du reste de la République. C’est sur ce dernier point que nous sommes en désaccord avec votre proposition de loi. Nous croyons sincèrement que vous ne faites pas partie des climatosceptiques, mais force est de constater que c’est le cas des groupes qui soutiennent votre texte visant à relancer la recherche, l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures. Le Rassemblement national veut même en autoriser l’exploitation partout en France, et pas seulement dans les territoires ultramarins. C’est pour eux que nous allons le redire : notre planète Terre est engagée dans un processus de changement climatique, lequel est provoqué par les émissions de gaz à effet de serre générées par les activités humaines, à commencer par l’utilisation massive des énergies fossiles. Ce changement climatique a des conséquences dramatiques qui vont s’accentuer et qui mènent déjà des gens à perdre leur maison, leur territoire, leurs proches. Monsieur le rapporteur, vous connaissez les projections pour la Guyane dans le cas où la tendance ne s’inverserait pas : érosion du trait de côte, risque de submersion marine, risque de mouvements de terrain, feux de forêt, augmentation des maladies vectorielles, etc. Bref, il faut impérativement sortir des énergies fossiles le plus tôt possible. Cela commence par éviter d’ouvrir de nouveaux puits de pétrole. Je précise que nous nous opposons aussi aux demandes de prolongation des concessions ou de nouvelles exploitations dans l’Hexagone ; je me suis moi-même opposé à l’ouverture de nouvelles exploitations dans mon département de Seine-et-Marne. Nous n’avons pas pour habitude de prendre pour argent comptant ce que dit Patrick Pouyanné, le PDG de TotalEnergies. Toutefois, quand la multinationale explique qu’elle a déjà effectué plusieurs forages, en investissant plusieurs millions d’euros, et qu’elle a conclu à l’absence de gisements commercialisables au large de la Guyane, nous avons tendance à penser qu’elle n’a aucun intérêt à mentir pour renoncer volontairement à des profits. Elle ne se prive pas d’ouvrir de nouveaux puits ailleurs dans le monde. D’ailleurs, comme le montre l’exemple du Guyana ou celui du Suriname, les profits faramineux des compagnies pétrolières ne ruissellent pas jusque sur les habitants. Au Guyana, près de la moitié de la population vit toujours avec moins de 5,50 dollars par jour. Comme le dit Matthieu Auzanneau, auteur du livre : « L’irruption du pétrole bouleverse plus souvent les sociétés qu’elle ne les fait évoluer harmonieusement. » Pour conclure, nous partageons l’avis de Fabien Gay : « Imaginer que nous apporterons l’égalité républicaine en confiant les clés du camion à telle ou telle entreprise, souvent étrangère, relève du mirage. Aucune entreprise ne raffinera du pétrole en Guyane dans dix, quinze ou vingt ans. Et, de toute manière, c’est aujourd’hui – pas dans quinze ans ! – qu’il faut agir en faveur du développement social et écologique, afin de répondre à la soif d’égalité républicaine qui s’exprime partout, y compris dans les territoires ultramarins. » Nous n’avons pas déposé d’amendement de suppression de l’article 1er pour ne pas empêcher le débat, mais nous voterons contre cette proposition de loi.
Je ne reviendrai pas sur les bons arguments avancés en faveur d’une diminution de la consommation de plastique – le mot n’est pas excessif, puisqu’il finit dans nos corps. En revanche, je voudrais signaler que j’ai déposé le 17 octobre 2023 une proposition de loi visant au rehaussement des objectifs de réemploi des emballages et à la généralisation de la consigne du verre. Le verre est tout de même assez génial : vous rincez le bocal ou la bouteille vide, vous le remplissez à nouveau de la même chose, c’est reparti pour un tour ! Le problème tient à l’absence de standardisation ; si chaque marque produit ses propres formes de bouteilles et bocaux, ceux-ci, pour être reconditionnés, doivent parfois traverser la France. Nous attendons que le gouvernement y travaille, donne une impulsion, or vous promouvez au contraire la consigne des emballages en plastique, ce qui n’a rien à voir ! Il ne s’agit plus de rincer, mais de faire fondre dans un four, et le processus demande un apport de matière ; autrement dit, il faut du pétrole supplémentaire pour recycler une bouteille en plastique. C’est aller à contre-sens. Pendant ce temps, les entreprises de consigne du verre mettent la clé sous la porte parce qu’il n’y a pas de marché, faute, je le répète, d’impulsion politique. Faites quelque chose en vue de favoriser la consigne du verre !