Ce débat thématique est organisé seulement quelques semaines après la nomination contestée du nouveau gouverneur de la Banque de France. Cette institution ne méritait pas d’être fragilisée par une nomination politique qui a jeté un doute sur son indépendance. Nous n’allons pas refaire les débats qui ont eu lieu en commission des finances, mais je me contenterai de rappeler qu’une majorité de parlementaires s’est exprimée contre sa nomination, sans atteindre la majorité qualifiée requise pour l’empêcher. Heureusement, cette polémique n’a pas affecté l’intégralité du fonctionnement de l’établissement. Il convient de souligner que c’est une institution reconnue, envers laquelle nos concitoyens témoignent une certaine confiance. Je souhaite aborder quelques sujets précis en lien direct avec le bilan de l’action de la Banque de France, le thème de notre débat, spécifiquement sur les services rendus aux particuliers. D’abord, la question majeure de l’inclusion bancaire. Plus de 2 millions de personnes sont d’ores et déjà accompagnées par la Banque de France, selon le rapport annuel qu’elle a publié en 2025. Cependant, de nombreux cas problématiques demeurent, notamment celui des personnes qui éprouvent des difficultés à accéder à un compte bancaire – ce qu’on appelle le droit au compte –, comme les mineurs non accompagnés (MNA). Cette problématique du droit au compte est ancienne et fait l’objet d’échanges au niveau national, car les solutions trouvées localement, insatisfaisantes et chronophages, relèvent d’un bricolage opéré par les conseils départementaux d’inclusion financière. Quelle réponse la Banque de France peut-elle apporter sur ce sujet sensible du droit au compte et une procédure type serait-elle envisageable ? De plus, au titre de sa mission d’éducation financière, notamment à destination des jeunes publics, la Banque de France a sensibilisé 350 000 élèves en 2025 dans le cadre du passeport Educfi. Pouvez-vous nous préciser ce qu’est censé apporter ce dispositif – dont on ne parle pas assez –, l’utilisation qui en est faite et les promesses qui en sont attendues ? Envisage-t-on de le généraliser ? J’en viens au sujet de la sécurité des paiements et de la lutte contre la fraude. La Banque de France est chargée par la loi de veiller à la sécurité de tous les moyens de paiement. Avec l’intensification de la vie numérique, les particuliers et les entreprises sont de plus en plus exposés à des tentatives de fraude et d’escroquerie de toutes sortes – piratage, faux conseiller bancaire, hameçonnage. À ce titre, la Banque de France préside et anime l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement (OSMP), qui mesure la fraude et formule des recommandations. Cela étant, alors que ce sujet n’a jamais été aussi prégnant dans notre société, elle estime que la fraude aux moyens de paiement reste maîtrisée grâce aux outils de sécurisation, à la bonne coopération avec les acteurs des télécommunications et du numérique ainsi qu’à la sensibilisation des utilisateurs. Les efforts portent leurs fruits, mais, de toute évidence, ils ne suffisent pas : il faut faire plus, pour davantage protéger nos concitoyens. Quelles sont les pistes envisagées pour lutter encore plus fortement contre les fraudes, en particulier lors des transactions effectuées en ligne ? Enfin, je souhaite évoquer l’accès à l’argent liquide et l’usage des espèces. J’ai récemment déposé une proposition de loi sur ce sujet lié au quotidien des Français, que la commission des finances a adoptée. Même si le nombre de transactions effectuées en espèces diminue, les Françaises et les Français demeurent très attachés à l’argent liquide. En point de vente, 43 % des paiements se font encore en espèces. L’accès aux espèces constitue un enjeu majeur, que ce soit pour l’achat de biens de première nécessité, le soutien à l’économie locale, l’aide à la maîtrise budgétaire ou encore pour bénéficier d’un système de paiement résilient en cas de crise. Or notre territoire est touché de plein fouet par la désertification bancaire, notamment en milieu rural ou périurbain, perçue comme une étape supplémentaire du recul des services. À cet égard, le maintien d’un réseau dense en distributeurs automatiques de billets (DAB) est jugé vital par nos concitoyens, dans un contexte où près de 10 000 DAB bancaires ont disparu en moins de dix ans – un phénomène qui, nous le savons, va s’accélérer. À ce jour, seules des initiatives privées ont vu le jour. Cela me conforte dans l’idée qu’il faut agir vite, si possible dès maintenant. Pour une fois, nous pourrions nous enorgueillir d’anticiper en agissant sur un problème dès son apparition plutôt que dix ans trop tard, grâce à une idée simple : les banques concourant à la carence bancaire par la fermeture de DAB doivent pouvoir être mises à contribution pour créer un nouveau service universel de la monnaie fiduciaire. Je sais que la Banque de France considère qu’il n’y a ni carence ni besoin d’agir, mais ce n’est pas mon point de vue.
Madame la ministre, je me permets de vous faire remarquer que vous avez éludé certaines de mes questions – à moins que vous n’ayez simplement pas eu le temps d’y répondre –, notamment celles portant sur le pass’sport et sur le modèle économique des centres sociaux. J’aimerais aussi revenir sur les dispositifs de reconnaissance du bénévolat, un sujet central qui a fait l’objet de propositions émanant de différentes formations politiques. Certains dispositifs existent déjà, comme le compte d’engagement citoyen ou le congé d’engagement associatif. Nous sommes en train de les évaluer dans le cadre des travaux du comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques. Sans spoiler le rapport que nous publierons dans quelques semaines, on peut dire que ça ne marche pas du tout. C’est même un flop complet : presque personne n’a recours à ces dispositifs, en raison de leur complexité administrative, combinée à la méconnaissance même de leur existence. La question vous a déjà été posée, mais j’aimerais connaître la position du gouvernement sur les différentes initiatives législatives visant à valoriser l’engagement bénévole en l’incluant dans le calcul des droits à la retraite. À ceux qui s’engagent pendant dix, vingt ou trente ans au service des autres, que ce soit comme coach dans un club de foot ou en encadrant des personnes en situation de handicap dans une association du champ médico-social, il importe que la société puisse dire : ce que tu as fait au service de nous toutes et de nous tous, ça compte, ça a du poids et nous le reconnaissons. Notre collègue Viry a très justement comparé cette reconnaissance à celle que nous avons réussi – laborieusement ! – à mettre en place pour les sapeurs-pompiers volontaires. Certes, le volontariat et le bénévolat ne sont pas exactement la même chose, mais nous sommes parvenus à reconnaître la valeur sociale et sociétale de l’engagement volontaire et nous pourrions faire de même pour les bénévoles des associations.
Avant toute chose, merci au groupe Écologiste et social d’avoir permis l’inscription à l’ordre du jour de ce débat : on ne parle pas suffisamment des associations à l’Assemblée nationale. De surcroît, la discussion, je crois, se révèle d’assez bonne tenue, avec des propositions, des réflexions touchant la fiscalité, le FDVA, le bénévolat. De tout cela, le Rassemblement national n’a absolument rien à faire ; dans votre propos, madame Sicard, je n’ai entendu que de la haine, de l’outrance, de la caricature et finalement une profonde méconnaissance de la réalité de la vie associative dans nos territoires. Que vous n’aimiez pas un certain nombre d’associations, c’est votre droit le plus strict ; que vous vouliez les combattre, c’est une possibilité. Reste le caractère liberticide de votre projet : interdire tout ce qui ne pense pas comme vous. C’est très inquiétant ; il est heureux que de nombreuses autres formations politiques soient unanimes pour dénoncer ce que vous venez de dire. Concrètement, je souhaiterais aborder la question de la responsabilité de l’État. Madame la ministre, le budget que vous avez présenté pour la vie associative est, en pourcentage, celui qui a connu la baisse la plus significative : près de 25 % de moins, alors qu’il était déjà très réduit – et je ne parle pas de la suppression de dispositifs comme Colos apprenantes. Clairement, l’État ne prouve guère l’amour qu’il dit porter à nos associations. Dans ce marasme, je concentrerai mon intervention sur les structures d’éducation populaire, en particulier la situation économique des centres sociaux, dont ce débat me fournit l’occasion de rappeler le rôle structurant au sein des territoires, mais aussi les fragilités. Celles-ci tiennent notamment au fait que les centres sociaux sont confrontés à un effet ciseaux entre, d’un côté, l’augmentation de la demande sociale, les conséquences de l’inflation et les revalorisations salariales – bienvenues dans ce secteur en perte d’attractivité – et, de l’autre, la raréfaction de la ressource publique. Dans mon département, la Loire, 30 % des centres sociaux affichaient en 2023 un résultat déficitaire ; en 2026, ce sera le double, avec une perte moyenne annoncée de plus de 30 000 euros. Certains ont fermé, d’autres risquent de devoir le faire. Soucieux d’une bonne gestion, les dirigeants associatifs, qui sont dans leur immense majorité des gens très responsables, ont déjà fait des choix douloureux, courageux, réduisant notamment la voilure d’un certain nombre d’activités – en particulier dans les centres de loisirs, souvent structurellement déficitaires. D’ores et déjà, de très nombreuses structures d’éducation populaire accusent un recul d’activité, des semaines de fermeture et, comme l’a rappelé Boris Tavernier, un véritable plan social à bas bruit. Il y a quelques mois, le groupe d’études « Vie associative, éducation populaire et bénévolat », que j’ai eu le plaisir de coprésider avec Danielle Simonnet, a consacré un rapport à la reconnaissance de l’utilité des centres sociaux, à la refonte de leur modèle économique, à l’attractivité de leurs métiers et à la défense des libertés associatives. Je regrette que la ministre ne nous ait pas donné son point de vue sur ce travail ; peut-être le fera-t-elle ? En tout cas, des centres sociaux qui ferment, ce sont des actions en moins pour la cohésion sociale, l’émancipation des familles, des jeunes, l’engagement citoyen, ce sont des actions éducatives, sociales et culturelles, au plus près des habitants, qui disparaissent, sans parler des chômeurs supplémentaires. Certes, les principaux financeurs de ces centres sont les collectivités territoriales ; reste que le gouvernement pourrait intervenir un peu plus massivement, que ce soit de manière directe ou par l’intermédiaire des CAF. Il ne faudrait que 70 millions d’euros – beaucoup d’argent public en soi, une goutte d’eau en comparaison des 211 milliards d’aides publiques aux entreprises – pour sauver nos centres sociaux ! Par ailleurs, il y a plus d’un an, le gouvernement décidait sans aucune concertation d’exclure du pass’sport les enfants âgés de 6 à 13 ans, provoquant un tollé dans le monde du sport. La tendance baissière du nombre de licences concernant cette tranche d’âge, la forte mobilisation parlementaire, vous ont sans doute incités à revoir votre copie : lors des débats budgétaires a été annoncé le rétablissement du pass’sport dans sa formule antérieure, le premier ministre en faisant un engagement personnel. Toutefois, à quelques semaines de la prochaine saison sportive, les détails restent flous. Sur le terrain, dans les services déconcentrés de l’État, on a entendu tout et son contraire : retour aux modalités antérieures, prise en charge par les CAF – lesquelles, semble-t-il, n’en veulent pas ou ne sont pas au courant – ou encore adossement à l’allocation de rentrée scolaire. Madame la ministre, pourriez-vous nous préciser comment fonctionnera le pass’sport à partir de septembre ?
Les maisons d’assistantes maternelles offrent une solution équilibrée entre l’accueil individuel d’enfants à domicile et l’accueil collectif en crèche. Ces MAM permettent aussi d’augmenter le nombre de places d’accueil dans un territoire et ainsi de mieux répondre aux besoins des parents. Enfin, ces maisons ont l’avantage de briser l’isolement que les assistantes maternelles éprouvent lorsqu’elles exercent à domicile. Si le nombre de MAM est en hausse, plusieurs difficultés subsistent qui peuvent empêcher leur création ou nuire à leur pérennité. D’abord, les pratiques ne sont pas harmonisées entre les départements : les exigences des services de PMI peuvent varier d’un territoire à l’autre, ce qui n’est pas dans l’intérêt des assistantes maternelles ni des enfants. Ensuite, des problèmes d’organisation interne se posent : l’absence de relation hiérarchique entre les assistantes maternelles peut créer des conflits dans l’organisation du travail. Or les MAM n’ont pas la possibilité de faire intervenir, comme les crèches, des professionnels extérieurs pour dénouer les situations conflictuelles. Par ailleurs, la protection sociale reste peu favorable aux MAM : en cas d’arrêt maladie d’une assistante maternelle, des jours de carence s’appliquent ; la remplacer immédiatement est souvent impossible car une assistante maternelle, pour exercer dans une MAM, doit recevoir un agrément spécifique, lié au lieu d’accueil puisqu’il est délivré par le conseil départemental ; en outre, aucune solution n’est prévue en cas d’absence ou de congé maternité d’une assistante maternelle, ce qui peut conduire à devoir retirer un enfant de la structure. D’autre part, la baisse ou les fluctuations du complément de libre choix du mode de garde, relevées tout à l’heure par M. Bazin, pénalisent prioritairement les MAM car le reste à charge pour les parents est alors plus élevé. Nous gagnerions, puisque vous annoncez une potentielle réforme du dispositif, à aligner le CMG sur le coût réel d’un accueil en MAM selon les régions. Il conviendrait également d’éviter de réduire le CMG en cours d’année, voire de le maintenir à un niveau constant jusqu’à la scolarité de l’enfant. Enfin et surtout se pose la question de l’inégalité fiscale : en effet, une assistante maternelle en MAM paie davantage de charges qu’une assistante maternelle à domicile, sans que ces charges soient déduites du revenu imposable. Ainsi, l’assistante maternelle déclare l’intégralité de ce qu’elle reçoit des parents employeurs sans déduire les charges payées pour le fonctionnement de la MAM, notamment le loyer. Une piste d’évolution consisterait à déduire les charges réelles spécifiques aux MAM du revenu imposable, afin d’assurer l’équité fiscale entre l’exercice à domicile et l’exercice en MAM des assistantes maternelles. Qu’en pensez-vous ?
Depuis plusieurs semaines, des locataires de différents bailleurs sociaux de ma circonscription se mobilisent pour dénoncer des rappels de charges excessifs. Les régularisations imposées du jour au lendemain par certains bailleurs, en l’occurrence Alliade Habitat – pour ne pas le nommer – sont de vrais coups de massue pour des locataires qui ont déjà du mal à faire face aux dépenses du quotidien. Ces rappels de charges pour l’année 2023, justifiés par la crise énergétique d’alors, causée par la guerre en Ukraine, atteignent les montants inimaginables de plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d’euros, pour des consommations identiques à celles de l’année précédente. Pour certains locataires de T2 à Saint-Étienne, la hausse des prix du chauffage et de l’eau chaude dépasse ainsi les 130 %. Il est évident que ces locataires ne pourront pas s’acquitter de telles sommes, malgré la mise en place d’échéanciers – ce qui, à terme, risque d’engendrer des expulsions et une vague massive d’impayés. Hélas, il ne s’agit pas simplement d’une situation locale : d’autres collectifs de locataires se sont mobilisés à Lyon ou en région parisienne. Je rappelle que bien souvent, quel que soit leur statut, les bailleurs sociaux brillent par leur manque de transparence pour justifier en détail l’ampleur de ces rappels et que la croissance forcée de la taille des parcs, en éloignant les lieux de décision, a dégradé la relation entre les locataires et les bailleurs. Monsieur le ministre, mes questions seront simples. En 2022, le groupe Action logement avait instauré un fonds Énergie. Celui-ci pourrait-il être réactivé et, si oui, dans quelles conditions ? Le gouvernement pourrait d’autre part s’engager en faveur du blocage des coûts de l’énergie pour les organismes HLM afin de prévenir les conséquences de la fluctuation des tarifs sur les résidents. Comment comptez-vous agir sur ce point ? La loi est en outre censée imposer l’individualisation des frais de chauffage et d’eau chaude sanitaire. Selon l’Agence de la transition écologique (Ademe), dans les faits, peu de copropriétés et encore moins d’immeubles sociaux auraient instauré cette individualisation. Comment le justifiez-vous ? Enfin, comment comptez-vous, à très court terme, accompagner les locataires concernés par ces rappels de charges excessifs ? Et surtout, comment agir pour accompagner les bailleurs et prévenir les rappels de charges pour les années 2024 et 2025 – puisque, vu la situation actuelle et la tension sur les coûts de l’énergie, ce problème risque malheureusement de se reproduire dans les années à venir ?
Je salue la sagesse de la rapporteure, et le retrait de son amendement visant à rétablir l’article 2. Nous ne sommes pas naïfs – c’est une manière d’obtenir un vote très large ici, sachant que cet article pourra être rétabli au Sénat –, mais j’espère qu’au terme de la navette parlementaire, nous trouverons un compromis. Nous aimerions vraiment pouvoir adopter définitivement ce texte, à condition que l’article 2 ne revienne pas de façon pernicieuse. En l’état, nous sommes très favorables à la proposition de loi.
Il s’agit de mentionner, parmi les associations susceptibles d’intervenir dans le cadre de l’éducation à l’alimentation, celles qui luttent contre la précarité alimentaire et celles qui dispensent des cours de cuisine solidaire. Même si de nombreux acteurs peuvent être labellisés et agréés, les sujets concernant la précarité alimentaire nous semblent suffisamment importants pour être gravés dans le marbre de la loi.
J’entends ce que vous dites, monsieur le ministre, mais la confiance n’exclut pas le contrôle. Jusqu’à preuve du contraire, le principe de ce texte ne repose pas sur le choix de territoires pilotes par l’éducation nationale, mais sur le volontariat d’un certain nombre d’établissements scolaires. Or nous n’avons aucune garantie sur le fait que des établissements situés dans des cités éducatives ou dans des zones d’éducation prioritaire seront bien volontaires et candidats. Rien ne garantit donc que vous pourrez sélectionner des établissements en REP ou REP+. C’est pourquoi il nous semble important de rappeler, précisément dans le cadre de la loi, que l’expérimentation ne saurait oublier l’éducation prioritaire.
Je présenterai également l’amendement no 27, qui n’apporte qu’une légère modification par rapport aux deux autres. Ces amendements visent à garantir que l’expérimentation concernera également des établissements situés, pour le no 25, en zone d’éducation prioritaire et, pour le no 27, dans des cités éducatives. On sait que l’éducation prioritaire est aussi le reflet d’un certain nombre de difficultés sociales et que ce sont dans ces territoires et au sein de ces familles que la précarité alimentaire et les difficultés d’éducation à l’alimentation sont les plus prégnantes et les plus massives. L’expérimentation doit donc ne laisser aucun territoire de côté, notamment les zones d’éducation prioritaire et les cités éducatives.
Cette proposition de loi nous permet d’aborder une préoccupation quotidienne de nos concitoyens, un sujet dont les parents d’élèves se saisissent régulièrement et qui renvoie à de nombreux enjeux culturels et de santé publique, qui ont été évoqués par la rapporteure dans l’exposé des motifs et que nous partageons pleinement. Le groupe Socialistes et apparentés considère que l’école peut et doit jouer un rôle déterminant dans l’éducation à l’alimentation, du fait de la place centrale qu’elle occupe au sein de notre société et dans la vie quotidienne de tous les élèves. Nous portons donc un regard plutôt favorable sur l’expérimentation proposée, même si nous devons veiller, monsieur le ministre, à ne pas trop charger la barque de l’école – si vous me passez l’expression –, sans lui donner les moyens correspondants, dans le contexte budgétaire que nous connaissons. Toutefois, nous ne pouvons que regretter de devoir passer par la loi pour rendre effective une disposition – l’éducation à l’alimentation – déjà présente dans le code de l’éducation. Il y a même un relatif paradoxe à vouloir rendre effectif un enseignement censé être déjà obligatoire pour tous les élèves par l’expérimentation d’un enseignement obligatoire, mais seulement pour quelques-uns et sur la base du volontariat. En commission, nous avons soutenu sur le fond l’article 1er, qui est au cœur du projet, et l’article 3, qui vise à le formaliser dans le code de l’éducation. En revanche, nous avons fait adopter un amendement visant à supprimer l’article 2, que nous jugeons particulièrement problématique et dont Mme la rapporteure défendra le rétablissement. C’est pour nous inacceptable, car l’ouverture aux acteurs privés du fonds d’action pour l’éducation à l’alimentation comporte des risques indéniables. Nous considérons que l’école doit rester un sanctuaire hermétique aux appétits privés et aux logiques purement commerciales ; estimer qu’il faudra nécessairement des fonds privés ou des dons de particuliers pour financer nos cours d’éducation à l’alimentation ou, pire encore, la rénovation de nos cantines, s’apparente à nos yeux à une démission de la puissance publique. Pour rénover les cantines scolaires, il suffit que l’État donne enfin les moyens nécessaires aux collectivités locales : ni plus, ni moins. Nous ne pouvons pas prendre le risque de voir l’éducation à l’alimentation financée par de grands groupes agro-industriels, de voir une cantine rénovée par Coca-Cola ou McDonald’s, ou, plus largement, de voir ruisseler pernicieusement les fonds de l’agro-industrie dans les classes de nos enfants. Si des entreprises veulent contribuer – et c’est bien légitime – aux politiques publiques de santé, elles peuvent le faire par l’impôt, dont elles feraient mieux de payer leur juste part plutôt que de chercher à le contourner. Nous ne pouvons pas non plus envisager que les cours de cuisine soient financés par des fonds privés idéologisés issus de puissants argentiers, quels qu’ils soient ; je le précise parce que vous souhaitez aussi ouvrir votre fonds aux dons de particuliers. Une éducation à l’alimentation pour tous nos enfants, oui ; mais sans ouvrir les portes de nos écoles aux géants de l’agroalimentaire et de la grande distribution. Le groupe socialiste soutiendra le texte si les grands équilibres qui résultent de l’examen en commission sont respectés à l’issue de nos débats, mais ne pourrait, pour toutes les raisons que je viens d’évoquer, voter favorablement si l’article 2 venait à être rétabli. Je conclurai en m’adressant en particulier à Mme la rapporteure ainsi qu’à nos collègues du bloc central et des Républicains. Vous vous apprêtez à soutenir des amendements relatifs à la place des filières agricoles et de la production agricole françaises dans le dispositif. Nous y sommes favorables, mais j’appelle votre attention sur l’immense paradoxe qu’il y aurait à voter aujourd’hui, assez consensuellement, un texte visant à promouvoir l’éducation à une alimentation saine et de qualité, et à voter comme un seul homme, d’ici quelques semaines – par exemple dans le cadre d’une loi d’urgence agricole –, des mesures autorisant des régressions environnementales telles que la réintroduction de produits phytosanitaires ou de pesticides dont le danger pour la santé de nos enfants est largement documenté.
Dans ce débat, je porte modestement la voix de ceux que l’on a trop peu entendus lors de l’examen de la loi Duplomb : les apiculteurs. Lorsqu’il s’est agi de tenter de réintroduire l’acétamipride, le plus connu des insecticides tueurs d’abeilles, personne ne leur a donné la parole, personne n’a pris la peine de les auditionner. Dans le monde agricole français, la filière apicole doit avoir droit de cité comme toutes les autres, car elle non plus n’est pas épargnée par les difficultés. Les défenseurs de Duplomb mettent en avant la souveraineté alimentaire, la nécessité de produire en France des noisettes, des pommes, des cerises, de la betterave. Soit. Mais de telles considérations ne vaudraient-elles pas pour le miel et les autres produits de la ruche, alors que la France est très loin d’être autosuffisante en la matière, ses importations représentant près du double de sa production nationale ? Si nous sommes des défenseurs de l’agriculture, l’idée de défendre telle ou telle filière au détriment direct d’une autre, tout aussi importante par son poids économique, ne présente pas la moindre rationalité à nos yeux. Les 60 000 apiculteurs français ont été choqués d’apprendre que les défenseurs du texte considéraient la survie des pollinisateurs comme une « contrainte à lever » – pour reprendre le titre de la proposition de loi. Non, la préservation des pollinisateurs n’est pas une contrainte mais bien une nécessité, et ce pour l’ensemble du monde agricole. Concernant l’acétamipride – que certains appellent déjà le chlordécone de l’Hexagone –, la persistance de la molécule dans les sols, sa forte mobilité dans l’eau, sa dispersion environnementale à très grande échelle et l’exposition chronique qu’elles impliquent pour les insectes, les oiseaux et les populations humaines sont largement documentées. Il pleut de l’acétamipride au Japon, mais M. Duplomb et le gouvernement ne voient aucun problème à le réautoriser en France. Ma question est simple, madame la ministre : alors que le sénateur Duplomb a annoncé vouloir amender la future loi d’urgence agricole pour en faire le cheval de Troie de ses délires monomaniaques, quelle serait la position du gouvernement sur d’éventuels amendements – émanant de lui ou d’autres – visant à autoriser de nouveau des néonicotinoïdes, qu’il s’agisse de l’acétamipride ou du flupyradifurone ?
Cette demande de rapport est la dernière d’une série de dix-sept : puisque toutes les autres ont été rejetées, je vous invite à adopter au moins celle-là ! Il s’agit de chiffrer, pour mieux le valoriser, l’apport contributif de l’ensemble des volontaires qui travailleront avant, pendant et après les Jeux olympiques, qu’il s’agisse des bénévoles, notamment du parcours de la flamme, des secouristes de la protection civile ou d’acteurs du mouvement sportif. La richesse qu’ils créent est inestimable et ne peut être comparée à celle créée par n’importe quel partenaire premium. On a beaucoup parlé de publicité et d’argent. Il faut aussi montrer l’apport concret et effectif des bénévoles, trop souvent invisibilisés.
J’entends vos réponses ; seulement, dans sa rédaction actuelle, l’article mentionne « les communes limitrophes ou situées à proximité de ces sites ». Je le répète, quelle est donc la définition géographique, en mètres ou en kilomètres, de la proximité ? Pour un habitant des États-Unis, moi qui habite Saint-Étienne, je me trouve à proximité des sites olympiques ! La notion ne renvoie à aucune réalité juridique ; il serait nécessaire de la préciser.