Mesdames, Messieurs,
La question de la retraite est une source de préoccupation pour nos concitoyens notamment en raison de la complexité du système actuel et du manque de lisibilité des modes de calcul en vigueur. Egalement car au sein d’un même couple, il se peut que compte tenu de l’âge, de la carrière, éventuellement de l’un des deux qui s’est occupé des enfants issus du couple, il ne soit pas possible, malgré la volonté de chacun, de partir ensemble à la retraite pour aborder une nouvelle vie.
Le dispositif inscrit dans la présente proposition de loi vise ainsi à permettre le transfert de trimestres de retraite, entre personnes composant un couple, dans le cas où l’un des membres de ce couple n’a pas atteint la durée d’assurance nécessaire au départ à taux plein en même temps que son conjoint.
Depuis les réformes paramétriques de 2010 et 2014, les conditions d’obtention d’une retraite à « taux plein » ont été profondément modifiées, en particulier la durée d’assurance requise. Ainsi l’article L. 161‑17‑3 du code de la sécurité sociale dispose qu’il faut :
– 167 trimestres, pour les assurés nés entre le 1er janvier 1958 et le 31 décembre 1960 ;
– 168 trimestres, pour les assurés nés entre le 1er janvier 1961 et le 31 décembre 1963 ;
– 169 trimestres, pour les assurés nés entre le 1er janvier 1964 et le 31 décembre 1966 ;
– 170 trimestres, pour les assurés nés entre le 1er janvier 1967 et le 31 décembre 1969 ;
– 171 trimestres, pour les assurés nés entre le 1er janvier 1970 et le 31 décembre 1972 ;
– 172 trimestres, pour les assurés nés à partir du 1er janvier 1973.
Cette durée d’assurance influe sur le taux retenu pour calculer le montant de la pension au regard du salaire annuel de base dont bénéficiait l’assuré.
Ainsi, l’âge légal de départ en retraite est aujourd’hui fixé à 62 ans et la durée de cotisation pour bénéficier du « taux plein » varie selon l’année de naissance de l’assuré. Par exemple, un assuré né en 1960 et souhaitant partir à la retraite en 2022 devra avoir une durée d’assurance au moins égale à 167 trimestres.
Or la durée d’assurance varie beaucoup d’un assuré à l’autre notamment en fonction de l’âge, des parcours de vie et de carrière.
Au‑delà, il existe de nombreuses situations où un assuré, au moment de partir en retraite, dispose d’un nombre de trimestres supérieur au minimum requis pour atteindre le « taux plein ». Il peut alors, à l’inverse, bénéficier d’une surcote de sa pension de base.
Cette inégalité devant la durée d’assurance se retrouve souvent au sein des couples où il n’est pas rare qu’un des membres soit excédentaire en trimestres quand l’autre est déficitaire. C’est souvent le cas des femmes ayant momentanément arrêté leur activité pour élever leurs enfants.
Toutefois, en l’état actuel du droit, il n’est pas possible de procéder à un transfert de trimestre entre époux ou conjoints. Si un mécanisme de partage existe permettant aux parents de se répartir les trimestres supplémentaires accordés en contrepartie de l’éducation de l’enfant, celui‑ci est particulièrement complexe et peu utilisé.
De nos jours, avec l’évolution de la structure du marché du travail ainsi que des aspirations des actifs, les carrières ne sont plus linéaires et peuvent connaitre des interruptions plus ou moins longues.
Dans ce contexte, il apparaît ainsi cohérent de faciliter, pour les assurés qui le souhaitent, le transfert de leurs trimestres excédentaires à leurs époux ou conjoints afin de permettre à ces derniers de liquider leurs droits à la retraite au taux plein.
Il est proposé de créer ce dispositif à la fois pour le régime général, mais également pour le régime issu du Code des pensions civiles et militaires, pour les agriculteurs ainsi que pour les indépendants.