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Historique



20 nov. 2025 - 24 nov. 2025 : 231 amendements en Assemblée nationale de la 17ème législature

27 nov. 2025 10:45 : Examen du texte
27 nov. 2025 15:00 : Discussion
27 nov. 2025 21:30 : Discussion
27 nov. 2025 : 🗳️Vote sur la loi (première lecture) : 👍Adopté

28 nov. 2025 : Confiée à Commission (du Sénat) des finances

25 févr. 2026 09:00 : Discussion
25 févr. 2026 : Rejetée par Sénat ( 5ème République )




8 juin 2026 : 31 amendements en Assemblée nationale de la 17ème législature

11 juin 2026 09:00 : Discussion
11 juin 2026 10:00 : Examen du texte
11 juin 2026 15:00 : Discussion
11 juin 2026 : 🗳️Vote sur la loi (deuxième lecture) : 👍Adopté
11 juin 2026 : Confiée à Commission (du Sénat) des finances
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📜Proposition de loi visant à la nationalisation d'arcelormittal france afin de préserver la souveraineté industrielle de la france
Aurélie Trouvé
14 oct. 2025

🖋️Amendements examinés : 100%
4 Adoptés8 Irrecevables
3 Rejetés
3 Non soutenus
2 Tombés
Liste des Amendements
Article 1
🖋️Adopté
Aurélie Trouvé
18 nov. 2025

I. – Après le mot : 

« nationalisée »

supprimer la fin de l’alinéa 1. 

II. – Substituer à l’alinéa 2, les deux alinéas suivants : 

« Il est constitué une commission administrative chargée de déterminer la valeur à laquelle l’État achète la société. Cette valeur ne peut excéder la valeur réelle moyenne de l’ensemble de ses actions entre le 1er octobre 2024 et le 30 septembre 2025. 

« Cette commission est composée d’un représentant de la Cour des comptes, d’un représentant de la Banque de France, du président de la section des finances du Conseil d’État, du président de la chambre commerciale de la Cour de cassation, d’un membre de la commission des transferts et des participations et d’un membre du Conseil économique et social désigné par le président de cette assemblée. »

🖋️Adopté
Julien Gokel
14 nov. 2025
Après l'article premier, insérer l'article suivant:

Les activités concourant à la production et à la mise en forme de l’acier, ainsi que les matériaux et minerais nécessaires à ces activités, revêtent un intérêt particulier pour la souveraineté industrielle de la France. 

🖋️Rejeté
Jean-Philippe Tanguy
15 nov. 2025

I. – Substituer à l’alinéa 1 les deux alinéas suivants : 

« Il est institué, au sein du capital des sociétés ArcelorMittal France et ArcelorMittal Méditerranée, une action spécifique détenue par l’État.

« Cette action spécifique confère au ministre chargé de l’économie, par arrêté dans les conditions fixée par le décret n° 2019‑1071 du 22 octobre 2019, un droit d’opposition aux décisions de chacune de ces sociétés ayant pour effet, direct ou indirect, de porter atteinte aux intérêts essentiels de la Nation en matière d’approvisionnement, d’activité ou d’infrastructures stratégiques dans le secteur sidérurgique. »

II. – En conséquence, à l’alinéa 2, substituer aux mots :

« ces actions est égale à »

les mots : 

« chacune de ces deux actions est égale à 1 % de ».

III. – En conséquence, à l’alinéa 2, substituer aux mots :

« cette société »

les mots :

« ces sociétés ». 

🖋️Non soutenu
Yaël Ménaché
15 nov. 2025

Compléter par l’alinéa suivant :

« La nationalisation d’ArcelorMittal France a pour finalité prioritaire la préservation de la souveraineté industrielle, énergétique et stratégique de la Nation, en particulier pour les secteurs de la défense, du nucléaire, du ferroviaire et de l’automobile. »

🖋️Irrecevable
Frédéric-Pierre Vos
14 nov. 2025

L’alinéa 2 est remplacé par les alinéas suivants :

« Le montant de l’indemnité correspond à la valeur réelle des actions, évaluée par rapport à une situation économique normale, et antérieure à toute menace de dépossession.

Elle est déterminée aux termes d’une expertise contradictoire conduite par un expert désigné par le tribunal de commerce compétent.

Pour l’accomplissement de sa mission, l’expert peut requérir l’assistance de toute personne dont les compétences lui paraissent nécessaires.

Cette indemnité, son montant et ses modalités de versement sont fixés au plus tard à la date de la dépossession. Elle produit intérêt, jusqu’à la date de son versement, au taux du marché applicable aux créances de même nature.

Sauf accord entre les parties, l’expert, après évaluation des perspectives financières de la société concernée, applique la méthode suivante :

1° Si la société est en mesure de poursuivre ses activités de façon rentable, l’indemnité est calculée sur la base de l’actualisation des flux de trésorerie futurs ;

2° Si la société n’est pas en situation de poursuivre ses activités de façon rentable, l’indemnité est déterminée en fonction du prix de liquidation des actifs ».

🖋️Irrecevable
Frédéric-Pierre Vos
14 nov. 2025
Après l'article premier, insérer l'article suivant:

« Avant un an à compter du transfert de propriété des actions de la société ArcelorMittal France à l’État, il est procédé à la cession gratuite, au profit de l’ensemble des membres du personnel salarié de ladite société, de 5 pourcents des titres représentant son capital social. 

Les modalités de répartition, d’attribution et de gestion de ces titres sont fixées par décret en Conseil d’État ».

🖋️Irrecevable
Frédéric-Pierre Vos
14 nov. 2025
Après l'article premier, insérer l'article suivant:

"I.- Les contrats en cours, conclus avant la nationalisation d’ArcelorMittal France et portant sur les infrastructures, systèmes ou prestations nécessaires à la poursuite de ses activités industrielles, logistiques ou administratives la liant aux autres entités du groupe, sont maintenus de plein droit pour une durée maximale de deux ans après le transfert de propriété, sauf décision contraire de l’administrateur ou du président de la société.

Ce maintien s’applique nonobstant toute clause de résiliation ou de déchéance fondée sur la nationalisation ou sur un changement de contrôle, et sans préjudice du droit des parties de demander une adaptation des conditions économiques du contrat.

II.- Dans les cas où l’obligation établie au I ne serait pas applicable et qu’une entité du groupe ArcelorMittal, établie en France ou à l’étranger, refuse ou interrompt la fourniture d’infrastructures, de services ou de systèmes nécessaires à la continuité de l’activité industrielle, il est conclu un contrat de services de transition, pour une durée maximale de deux ans, avec ladite entité ou tout autre prestataire compétent.

Ce contrat précise :

1° Les services maintenus à titre transitoire, notamment les systèmes d’information, les plateformes logistiques et d’achat, les services comptables et les solutions de cybersécurité ;

2° Les conditions d’accès et de facturation de ces services, établies à des conditions équitables, raisonnables et non discriminatoires ;

3° Les modalités de transfert progressif des compétences, données et infrastructures vers la société nationalisée ;

4° Les garanties de confidentialité, d’intégrité et de disponibilité des données industrielles pendant la période transitoire.

III.- Faute, pour les entités du groupe ArcelorMittal concernées, de vouloir maintenir le contrat ou conclure de bonne foi, dans un délai et à des conditions raisonnables, le Gouvernement est autorisé à :

1° Suspendre tout paiement d’indemnité au titre de la dépossession, tant que les obligations de coopération ne sont pas remplies ;

2° Ordonner, dans les conditions prévues par la présente loi, la délivrance de licences obligatoires pour motif d’intérêt public ;

3° Prendre toute mesure conservatoire sur les avoirs, créances ou participations détenus en France par les entités concernées, conformément au droit international public et aux traités applicables."

🖋️Non soutenu
Pascal Jenft
15 nov. 2025
Après l'article premier, insérer l'article suivant:

Les marchés publics en lien avec la sidérurgie contractent en priorité avec les sociétés françaises ou, en second lieu, celles faisant partie de l’Union Européenne.

Les modalités d’application du présent article sont définies par décret en Conseil d’État.


Article 2
🖋️Adopté
Aurélie Trouvé
18 nov. 2025

Rédiger ainsi cet article :

« La société mentionnée au premier alinéa de l’article 1er de la présente loi est administrée selon les dispositions prévues par l’ordonnance n° 2014‑948 du 20 août 2014 relative à la gouvernance et aux opérations sur le capital des sociétés à participation publique. »

🖋️Irrecevable
Lisette Pollet
14 nov. 2025

A l'alinéa 5,

Réécrire ainsi le IV :

« IV.- Les membres du conseil d’administration et de l’assemblée générale les représentants ainsi que les mandataires sociaux de la société ArcelorMittal France sont nommés par décret.

Outre les administrateurs représentants l’Etat, le conseil d’administration comprendra au moins deux représentants des salariés et deux administrateurs indépendants, choisis en raison de leur compétence et de leur expérience reconnues dans la gestion opérationnelle d’entreprises industrielles privées.

Le président du conseil d’administration est nommé parmi les membres du conseil d'administration par décret en Conseil des ministres après audition publique devant les commissions compétentes de l’Assemblée nationale et du Sénat, dans les conditions prévues à l’article 13 de la Constitution.

Sa nomination intervient sur la base d’une fiche de mission arrêtée par le ministre chargé de l’industrie, fixant les objectifs industriels, sociaux et financiers de la société ».

🖋️Rejeté
Lisette Pollet
14 nov. 2025
Après l'article 2, insérer l'article suivant:

Dans un délai maximal de six mois suivant la clôture du cinquième exercice comptable postérieur au transfert de propriété des actions d’ArcelorMittal France à l’État, puis tous les cinq ans, le Gouvernement remet au Parlement un rapport d’évaluation sur la situation économique, sociale et financière de la société ArcelorMittal France, ainsi que sur la pertinence du maintien du contrôle de l’État.

Ce rapport évalue notamment l’opportunité d’une éventuelle réouverture du capital à des participations privées, dans des conditions juridiques, économiques et financières assurant que l’opération de nationalisation aura, dans l’ensemble, présenté un bilan positif pour les finances publiques.

Il est établi sur la base d’un audit réalisé par la Cour des comptes.

Le rapport comme l’audit sont transmis simultanément aux commissions permanentes compétentes de l’Assemblée nationale et du Sénat.

🖋️Non soutenu
Yaël Ménaché
15 nov. 2025
Après l'article 2, insérer l'article suivant:

Dans un délai d’un an à compter de la promulgation de la présente loi, le Gouvernement remet au Parlement un rapport sur la gestion publique d’ArcelorMittal France.

🖋️Rejeté
Jean-Philippe Tanguy
15 nov. 2025
Après l'article 2, insérer l'article suivant:

Dans un délai de six mois à compter de la promulgation de la présente loi, le Gouvernement remet au Parlement un rapport relatif à la nationalisation par l’État de sites industriels appartenant à des filières étrangères.

Ce rapport détaille le cadre juridique applicable, les obstacles identifiés et les pistes d’évolution possibles pour sécuriser juridiquement toute opération future de reprise publique d’actifs industriels stratégiques détenus par des acteurs étrangers dont les décisions menacent, directement ou indirectement, nos intérêts industriels vitaux.

🖋️Irrecevable
Julien Gokel
14 nov. 2025
Après l'article 2, insérer l'article suivant:

I. – Toute subvention ou aide publiques, prêt exceptionnel ou abandon de créance de l’État au bénéfice des entreprises, dont le montant dépasse un seuil fixé par décret, donne lieu en contrepartie au nantissement d’actions ou de parts sociales de la société bénéficiaire à concurrence de la valeur de ces concours au bénéfice de l’État dans les conditions définies au présent article.

II. – Le nantissement est mis en œuvre en garantie du respect d’obligations assignées par l’État à la société bénéficiaire et traduites au sein d’une convention d’engagement dont la durée d’application est comprise entre trois et dix ans selon la nature et le montant des concours apportés à la société bénéficiaire. Toute convention d’engagement contient un pacte commissoire.

Ces obligations peuvent être de toute nature afin d’assurer la viabilité économique, la compétitivité et la poursuite de l’activité de la société ainsi que pour concourir à la transition écologique et à la préservation de l’emploi et des compétences. Elles sont définies de manière précise, mesurable et non équivoque. La convention peut également interdire certaines opérations capitalistiques.

La convention, valant acte de nantissement, est notifiée au greffe du tribunal de commerce pour publication au registre des sûretés mobilières et autres opérations connexes.

À l’expiration de la convention et sous réserve des dispositions du III, il est procédé à la radiation du nantissement dans les mêmes conditions.

III. – En cas de violation d’une ou plusieurs des obligations contenues dans la convention prévue au II, l’État notifie le greffe du tribunal de commerce du transfert de la propriété des actions ou parts sociales à son bénéfice, en application du pacte commissoire. Par dérogation à l’article 2348 du code civil, aucune indemnité n’est due au constituant en cas d’appréciation de la valeur des actions ou parts sociales nanties lorsqu’elle excède le montant des concours perçus.

IV. – Les actions transférées à l’État en application du III lui confèrent un droit de vote double de celui conféré aux autres actions, eu égard à la quotité de capital social qu’elles représentent. En cas d’augmentation du capital par incorporation de réserves, bénéfices ou primes d’émission, le droit de vote double est conféré, dès leur émission, aux actions nominatives attribuées gratuitement à l’État à raison des actions anciennes pour lesquelles il bénéficie de ce droit en application du présent IV.

V. – Les dispositions du présent article sont précisées par décret en Conseil d’État.

🖋️Irrecevable
Frédéric-Pierre Vos
14 nov. 2025
Après l'article 2, insérer l'article suivant:

« I. – Postérieurement à la nationalisation d’ArcelorMittal France, la cession directe ou indirecte de tout bien ou droit de la société nationalisée est subordonnée à la rentabilité économique et financière de l’opération pour les finances publiques.

Cela inclut la cession, directe ou indirecte, de titres représentatifs du capital ainsi que toute émission de titres nouveaux, souscrits par une personne de droit privé.

En cas d’augmentation de capital ouverte à des personnes privées, il est prévu une prime d’émission au bénéfice de l’État ou de l’entité publique détentrice des titres.

Il ne peut être dérogé à ces conditions, que si :

1° la cession constitue l’unique moyen pour la puissance publique d’éviter des pertes plus importantes encore ;

2° la cession est faite en faveur de l'ensemble des membres du personnel salarié.

En tout état de cause, la cession ou l’émission ne peut intervenir qu’après avis conforme de la Cour des comptes, qui se prononce par une décision motivée sur le respect des conditions fixées aux alinéas précédents.

Cet avis est rendu dans un délai d’un mois à compter de la saisine ; le silence gardé à l’expiration de ce délai vaut refus.

II. – Toute cession ou émission réalisée en méconnaissance du présent article est nulle de nullité absolue.

III. – Un décret en Conseil d’État précise les modalités de saisine et d’instruction devant la Cour des comptes, ainsi que les conditions d’évaluation des titres et de fixation de la prime d’émission. »

🖋️Irrecevable
Yaël Ménaché
15 nov. 2025
Après l'article 2, insérer l'article suivant:

La société ArcelorMittal France nationalisée ne peut céder aucun actif stratégique ni conclure de partenariat impliquant un contrôle, direct ou indirect, par une entreprise située hors de l’Union européenne ou par un État tiers susceptible de porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation.

🖋️Tombé
Jean-Philippe Tanguy
15 nov. 2025

I. – À l’alinéa 1er, substituer aux mots :

« de la société ArcelorMittal France »

les mots :

« des sociétés ArcelorMittal France et ArcelorMittal Méditerranée ».

II. – En conséquence, à l’alinéa 2, substituer aux mots :

« à la société ArcelorMittal France nationalisée »

les mots :

« aux sociétés ArcelorMittal France et ArcelorMittal Méditerranée nationalisées ».

III. – En conséquence, à l’alinéa 3, substituer aux mots :

« la société ArcelorMittal France nationalisée »

les mots :

« les sociétés ArcelorMittal France et ArcelorMittal Méditerranée nationalisées ».

IV. – En conséquence, à la première phrase de l’alinéa 5, substituer aux mots :

« de la société ArcelorMittal France nationalisée »

les mots :

« des sociétés ArcelorMittal France et ArcelorMittal Méditerranée nationalisées ».

V. – En conséquence, à la seconde phrase de l’alinéa 5, substituer aux mots :

« de la société nationalisée »

les mots :

« des sociétés nationalisées ».

🖋️Tombé
Yaël Ménaché
15 nov. 2025

À la première phrase de l'alinéa 5, après les mots :

« administrateurs de l’État »

insérer les mots :

« en majorité qualifiée, afin de garantir la sauvegarde des intérêts stratégiques nationaux ».


Article 3
🖋️Adopté
Aurélie Trouvé
18 nov. 2025

Supprimer l’alinéa 2. 

🖋️Irrecevable
Lisette Pollet
14 nov. 2025

Réécrire ainsi l’article 3 :

 
« I. – La charge pour l’État est compensée à due concurrence par une majoration du produit de la taxe sur les transactions financières prévue à l’article 235 ter ZD du code général des impôts.


II. – La charge pour l'Etat est compensée, à due concurrence, par le produit d’une taxe sur les rachats d’actions de sociétés cotées, dont la création et les modalités seront fixées par la plus prochaine loi de finances ».

Exposé des motifs • ⏱️Lecture 5min.

Mesdames, Messieurs,

L’industrie sidérurgique française connaît une nouvelle crise historique. Le groupe ArcelorMittal, premier producteur d’acier mondial, acteur clé de la sidérurgie française, emploie aujourd’hui environ 15 400 salarié.es en France, sur une quarantaine de sites dont les hauts‑fourneaux stratégiques de Dunkerque et Fos‑sur‑Mer.

Depuis plusieurs années, ArcelorMittal s’est placé dans une logique de désengagement progressif du territoire français, marquée par :

– la fermeture de plusieurs sites (Reims, Denain), la mise à l’arrêt durable d’un des deux hauts fourneaux à Fos‑sur‑Mer,

– la suppression d’un millier d’emplois sur un an, dont de nombreux emplois dans la maintenance,

– la délocalisation des fonctions support vers l’Inde ou la Pologne,

– le gel des investissements industriels en France malgré des aides publiques massives (notamment un contrat proposé d’un montant de 850 millions d’euros dédié à la décarbonation de Dunkerque, la direction d’ArcelorMittal reconnaissant elle‑même que l’avenir de sa production en France est compromis sans décarbonation),

– et une stratégie d’optimisation fiscale agressive, qui lui permet d’éviter de payer l’impôt sur les sociétés en France ces dernières années.

Cette situation met en péril plus de 15 000 emplois directs, mais également des dizaines de milliers d’autres de façon indirecte. Au‑delà des chiffres, ce sont autant de personnes et de familles menacées de plonger dans la pauvreté, et de bassins de vies, souvent déjà en grande difficulté, qui sont menacés d’être sinistrés. Elle met également en péril la souveraineté industrielle de la France. Les sites français d’ArcelorMittal sont aujourd’hui stratégiques pour de nombreux secteurs industriels clés :

– l’automobile (notamment via les aciers galvanisés produits à Dunkerque),

– la construction navale et nucléaire (grâce aux aciers spéciaux du Creusot et de la Loire),

– la fabrication de pipelines, de transformateurs et de structures métalliques lourdes,

– l’industrie défensive, aérospatiale et ferroviaire,

– ainsi que les infrastructures de transport et énergétiques (via les produits plats et laminés à chaud de Fos‑sur‑Mer).

Sans cette production d’acier en France, de nombreuses filières stratégiques seraient contraintes de se tourner vers des fournisseurs à l’étranger, au risque de ruptures d’approvisionnement, d’explosion des coûts, de dépendance accrue et de la perte irréversible de compétences industrielles indispensables à la bifurcation écologique dans laquelle nous devons engager notre pays de toute urgence. Il n’y a pas de planification écologique possible sans production d’acier en France et sans l’outil industriel et les salarié.es d’ArcelorMittal. 

En outre, les organisations représentatives du personnel ont établi que le groupe a délibérément laissé se dégrader ses outils de production en France, avec des incidents de sécurité et des répercussions sanitaires majeures sur plusieurs sites, mettant en danger la vie des salarié.es et des riverains.

Pourtant le groupe ArcelorMittal se porte bien : sur les trois derniers exercices, il a reversé à ses actionnaires plus de 10 milliards d’euros en dividendes et rachats d’action.

En parallèle, ArcelorMittal poursuit ses investissements massifs au Brésil, en Inde et aux États‑Unis, et prépare la délocalisation de sa production moins carbonée (fours à arc électriques, par exemple) hors d’Europe.

Enfin, les aides publiques versées ces dernières années (financement de l’activité partielle de longue durée, crédit impôt recherche, exonérations de cotisations patronales et sociales, aides à l’apprentissage, à la décarbonation…) sont estimées à 298 millions d’euros rien que sur l’année 2023, sans contrepartie sociale ou industrielle.

L’entrée en vigueur du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières le 1er janvier 2026 et la fin progressive des quotas gratuits programmée jusqu’en 2034 vont enchérir les coûts de production des aciéristes européens qui n’auront pas décarboné leurs usines, menaçant la viabilité de la production à horizon 2030.

Il apparaît que, hors de la nationalisation, aucune autre voie légale ou politique ne permet aujourd’hui de garantir la préservation de l’emploi, la continuité de la production, la sécurité des installations, le maintien de compétences stratégiques sur le territoire et la mise en œuvre de la planification écologique.

Les gouvernements kazakh et britannique ont opéré ces dernières années un tel processus, soit de nationalisation de leur industrie sidérurgique, soit de mise sous tutelle. Une nationalisation en France ne serait pas nouvelle puisqu’elle a eu lieu de 1982 à 1995 (nationalisation des entreprises Usinor et Sacilor, avant la privatisation de 1995 qui a finalement donné naissance à Arcelor en 2001, rachetée par Mittal en 2006).

Les instruments de régulation classiques (aides à l’investissement, encadrement des licenciements) se sont révélés inopérants. La volonté de protéger l’acier français de la concurrence déloyale des équivalents produits à moindre coût n’est pas suffisamment forte pour déboucher sur des résultats rapides. En outre l’entreprise a d’ores et déjà engagé le mouvement de fermeture d’installations dédiées à la recherche et le développement (R&D) et aux fonctions support. Elle organise dès maintenant l’importation de son propre acier produit dans des pays tiers.

La nationalisation est donc une mesure nécessaire, proportionnée et conforme au droit, au regard de l’intérêt général impératif lié à la souveraineté industrielle du pays.

La nationalisation temporaire d’ArcelorMittal France apparaît comme la seule voie raisonnable pour :

– garantir l’avenir de la filière sidérurgique française,

– préserver des dizaines de milliers d’emplois,

– assurer la transition écologique des hauts‑fourneaux (notamment via la technologie DRI – Direct reduced iron ou fer de réduction directe, une forme de fer réduit produit sans passer par le processus traditionnel de fusion du minerai de fer dans un haut‑fourneau),

– empêcher une fuite des compétences et des savoir‑faire,

– restaurer une gouvernance transparente, sociale et industrielle de l’entreprise,

– éviter que les subventions publiques soient dévoyées au profit des actionnaires.

Des investissements importants dans la production seront certes nécessaires, mais les bénéfices actuels du groupe en France (1,2 milliard d’euros sur les trois dernières années sans pour autant verser d’impôt sur les sociétés à la France) conduisent à penser que la majeure partie de ceux‑ci pourront être autofinancés, d’autant plus en cessant l’évacuation des bénéfices au Luxembourg et pour les actionnaires actuels d’Arcelor Mittal.

L’article 1er prévoit la nationalisation d’ArcelorMittal France. L’article 2 prévoit le régime juridique applicable à la société nationalisée, en l’occurrence le droit commercial, le maintien des contrats de travail des personnels d’ArcelorMittal France et la gouvernance de la société nationalisée. L’article 3 prévoit le gage de cette proposition de loi.

Article 1

La société ArcelorMittal France est nationalisée par le transfert à l’État en toute propriété des actions représentant son capital à la date du paiement par l’État de leur valeur aux détenteurs de ces actions.

La valeur de ces actions est égale à la moyenne des premiers cours côtés de cette société sur la bourse de Paris du 1er octobre 2024 au 30 septembre 2025.

Les modalités d’application du présent article sont définies par décret en Conseil d’État.

Article 2

I. – Les contrats de travail des personnels de la société ArcelorMittal France à la date mentionnée au premier alinéa de l’article 1er de la présente loi sont maintenus.

II. – Les dispositions du code de commerce relatives aux sociétés anonymes demeurent applicables à la société ArcelorMittal France nationalisée pour autant qu'elles sont compatibles avec la présente loi.

III. – Jusqu'à la réunion du nouveau conseil d'administration désigné sans délai conformément au IV du présent article, un administrateur général est nommé dans la société ArcelorMittal France nationalisée par décret en conseil des ministres. Il assure l'administration et la direction générale de la société et dispose des pouvoirs les plus étendus pour agir en toute circonstance au nom de la société. Les membres du conseil d’administration restent en fonction jusqu'à la nomination, dans les plus brefs délais, de l'administrateur général.

Les organes représentatifs des salariés restent en fonction et exercent la plénitude de leurs droits jusqu'à leur renouvellement.

IV. – L’assemblée générale et le conseil d’administration de la société ArcelorMittal France nationalisée sont composés d’administrateurs de l’État nommés par décret et de représentants des salariés. Le président du conseil d’administration de la société nationalisée est nommé parmi les membres du conseil d’administration et après avis de celui-ci, par décret en conseil des ministres.

Article 3

I. – La charge pour l’État est compensée à due concurrence par la création d’une taxe additionnelle à l’accise sur les tabacs prévue au chapitre IV du titre Ier du livre III du code des impositions sur les biens et services.

II. – La charge pour l’État est compensée à due concurrence par le relèvement du taux de l’impôt sur les sociétés.

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