ACTION DE L'ÉTAT CONCERNANT LA GARE DE TRIAGE DE SOMAIN, LA CENTRALE D'HORNAING ET LE SITE AGC D'ANICHE
Mme la présidente. La parole est à M. Jean-Jacques Candelier, pour exposer sa question, n° 649, relative à l'action de l'État concernant la gare de triage de Somain, la centrale d'Hornaing et le site AGC d'Aniche.
M. Jean-Jacques Candelier. Madame la secrétaire d'État chargée du numérique, les résultats des élections européennes sont significatifs : l'emploi est au cœur des préoccupations, le Gouvernement est en échec et ne parvient pas à endiguer la progression du chômage. L'exécutif et la majorité ciblent le présumé coût du travail avec le Pacte de responsabilité, qui offre 30 milliards d'euros par an aux employeurs. C'est un gâchis terrible que de poursuivre une politique libérale, menée sans succès depuis maintenant trente ans. Le nouveau ministre du travail souhaite passer sous la barre des trois millions de demandeurs d'emploi sans activité d'ici à 2017 : en clair, les dizaines de milliards d'euros de cadeaux fiscaux et fiscaux entraîneraient la création hypothétique de 350 000 emplois seulement.
Il faut changer de politique, changer de cap ! Je pense à tous ces commerces qui ferment, à toutes ces PME en liquidation et, bien entendu, à nos industries qui disparaissent. Il faut tourner le dos à l'austérité dictée par l'Union européenne et les marchés financiers et, comme nous l'avons déjà dit, s'attaquer à la finance. La fiche de paye n'est pas l'ennemi de l'emploi et de la croissance : bien au contraire, c'est dans les hommes qu'il faut investir. L'État doit reprendre le contrôle en planifiant écologiquement les activités, alors que nos industries disparaissent les unes après les autres – hier PSA, aujourd'hui Alstom et, chez moi, dans le Douaisis, la papeterie Stora Enso, la centrale d'Hornaing, la gare de triage de Somain ou encore l'usine Saint-Gobain d'Aniche.
Il faut revoir de fond en comble le système de financement de l'économie, baisser le coût du capital et faire enfin la transition énergétique, avec notamment la fin du « tout routier ». Il faut adopter une législation mettant un coup d'arrêt aux licenciements injustifiés, instaurer un droit de préemption au profit des salariés et réactiver d'urgence la pratique de la nationalisation. J'ai conscience qu'il s'agit de dossiers différents, mais je souhaite obtenir de M. le ministre de l'économie, du redressement productif et du numérique des réponses aussi précises que possible : comment le Gouvernement compte-t-il développer la gare de triage de Somain, qui était l'une des premières de France il y a vingt ans, garantir la reprise d'activité de la centrale d'Hornaing, aujourd'hui fermée, ou encore relancer la production de la verrerie Saint-Gobain d'Aniche – autant de dossiers sur lesquels planent les plus grandes incertitudes ?
Mme la présidente. La parole est à Mme la secrétaire d'État chargée du numérique.
Mme Axelle Lemaire, secrétaire d'État chargée du numérique. Monsieur le député, je ne partage pas votre analyse relative à la politique menée à l'heure actuelle par notre gouvernement. La lutte contre le chômage est la priorité numéro un fixée par le Président de la République et le Premier ministre. De gros efforts ont été engagés, notamment pour la création des emplois d'avenir, et se sont traduits par des résultats très concrets en termes d'embauche des jeunes : le chômage des jeunes a ainsi reculé, ce dont nous pouvons nous réjouir. Une loi sur la formation professionnelle a été votée, témoignant du fait que le Gouvernement est conscient de la nécessité d'utiliser cet outil pour adapter les qualifications des salariés aux besoins des entreprises.
Cela étant, l'investissement public ne suffit pas dans le contexte actuel de restriction budgétaire : il faut désormais dynamiser la croissance des entreprises privées qui, seules, sont à même de créer de l'emploi. C'est pourquoi le Gouvernement axe sa politique sur la croissance des entreprises, afin que celle-ci se déploie au service de la création d'emplois dans notre pays.
Après vous avoir apporté ces précisions sur la politique nationale du Gouvernement en matière d'emploi, j'en viens aux dossiers qui vous préoccupent sur le plan local, monsieur le député. M. Arnaud Montebourg, qui ne peut être présent ce matin, m'a chargée de vous transmettre les réponses qui suivent.
En ce qui concerne l'entreprise AGC Aniche, si une demande de chômage partiel a été formulée en 2013, le dispositif n'a pas été utilisé. Concernant Hornaing, les contextes économique et réglementaire ont conduit à remettre en cause la filière charbon de manière définitive. Compte tenu de ce contexte, la remise en conformité des installations du groupe EON, dont fait partie la centrale d'Hornaing, n'était plus soutenable économiquement. Un projet de réorganisation des activités du groupe prévoyait en conséquence l'arrêt de la centrale le 31 mars 2013. Le ministre s'est néanmoins engagé à maintenir le fonctionnement de ses sites jusqu'en 2015. Sur Hornaing, il n'y aurait pas de licenciements économiques, seulement des départs volontaires. Une convention de revitalisation pour la création de 86 emplois a été signée entre l'industriel et l'État.
Quant à la gare de triage de Somain, qui était encore en 2004 la quatrième de France par sa capacité en wagons expédiés, elle a subi des réductions de trafic très importantes et des suppressions de postes. Depuis cinq ans, les effectifs seraient passés de 600 cheminots à 200. La baisse d'activité du site est liée à deux phénomènes : d'une part, l'abandon du wagon isolé par la SNCF ; d'autre part, la faiblesse de l'activité fret en France. La gare est toujours maintenue et reste un équipement tout à fait exceptionnel. Fin 2013, une étude sur l'avenir du site et la redynamisation du bassin a été lancée. Début 2014, les cabinets Samarcande et Transversales ont été sélectionnés pour explorer les possibilités de redynamisation du site. Les résultats de l'étude, qui devaient initialement être connus pour juillet 2014, seront vraisemblablement disponibles pour septembre 2014. Cette importante étude devra permettre de dresser un diagnostic et de proposer des scénarii de mise en œuvre.
Enfin, concernant Saint-Gobain Glass Aniche, le marché du verre, aujourd'hui en surcapacité, ne permet pas la reprise d'activité et Saint-Gobain est dans l'obligation de supporter pour une année supplémentaire cette très forte sous-activité. Néanmoins, le rôle du site d'Aniche est confirmé dans sa pérennité par rapport à d'autres pays voisins où la fermeture est envisagée. Le prix de revient du site apparaît plus compétitif. L'entreprise poursuit ses investissements en 2014 à hauteur de 5 millions d'euros, 14 millions d'euros ayant déjà été investis en 2012-2013. Le montant total des investissements prévus atteint 26,6 millions d'euros. Sans être alarmante, la situation mérite une attention soutenue. Soyez assuré que le ministère de l'économie suit ces dossiers de très près, de même que la commissaire au redressement productif de votre région et la DIRECCTE.
Mme la présidente. La parole est à M. Jean-Jacques Candelier.
M. Jean-Jacques Candelier. Je vous ai écoutée avec beaucoup d'attention, madame la secrétaire d'État, et je vous remercie pour votre réponse. Cependant, vous ne me donnez pas entièrement satisfaction. Vous connaissez ma circonscription du Douaisis, puisque vous avez forcément réalisé des analyses portant sur ce secteur ; vous savez donc que le taux de chômage y dépasse les 25 %. La gare de triage va fermer, la verrerie Saint-Gobain est très menacée et la centrale d'Hornaing est arrêtée. La situation est préoccupante et je resterai très vigilant, au côté des élus locaux et des organisations syndicales.