Jean-Marc Ayrault, Premier ministre. Monsieur le député, je m'entretenais au téléphone avec le député Bernard Reynès à l'égard duquel vous venez d'exprimer la solidarité de la représentation nationale : il va de soi que tout le Gouvernement s'y associe, ainsi qu'à la solidarité manifestée à l'égard des autres personnes touchées.
Les propos que me tenait M. Reynès vont dans le sens de votre préoccupation : il y a une forme de libération de la parole. Dans son département et autour de sa commune de Châteaurenard, il évoquait la montée d'un climat de haine. Je l'interrogeais sur le coupable présumé de cette agression qui aurait pu lui coûter la vie : il ne savait naturellement pas si l'intéressé a une quelconque appartenance politique, mais il m'a dit – et cela doit tous nous faire réfléchir – que dans le climat de haine qu'il sent monter, n'importe quelle personne quelque peu fragile pourrait, comme cela s'est déjà passé en d'autres occasions au cours de notre histoire, être tentée de commettre un acte qui porte atteinte à la vie d'une Française ou d'un Français.
Cela, ce n'est pas la France ! Ce n'est pas la République ! Vous avez raison, c'est contre cela qu'il faut lutter ! Le Gouvernement a engagé un certain nombre d'actions contre le racisme et l'antisémitisme. S'il n'y a pas forcément une augmentation massive du nombre des actes, la libération de la parole, elle, est très importante.
Notre action commence par la formation des fonctionnaires, avec le programme que nous avons lancé dès 2012, mais aussi par l'école : avec le ministre de l'éducation nationale, Vincent Peillon, nous avons aussi lancé plusieurs programmes en ce sens. Mais notre action passe aussi par la lutte contre tous les propos racistes et antisémites qui sont proférés sur internet, pour laquelle le Gouvernement s'est donné les moyens nécessaires. Elle passe également par des procédures de justice : des mesures ont été prises par la garde des sceaux, Christiane Taubira, qui permettront désormais de porter plainte plus facilement et d'engager des procédures judiciaires pour ne rien laisser passer.
Au-delà, je voudrais dire devant la représentation nationale que nous devons appeler à un sursaut républicain. Je me félicite qu'à Angers comme à Nantes, des manifestations citoyennes aient été organisées le 11 novembre pour dire non aux propos racistes qui ont été tenus à l'égard de Mme Christiane Taubira , comme ce fut notamment le cas à Angers où, dans un climat de haine, une jeune fille totalement inconsciente et accompagnée d'adultes, qui plus est, a brandi une banane devant la garde des sceaux ! Je vous demande de réagir, mesdames et messieurs les députés, et de ne rien laisser passer !