Manuel Valls, ministre de l'intérieur. Monsieur le député, cher Avi Assouly, le Gouvernement ne faiblira pas, mais il faudra du temps pour régler les problèmes dont souffre Marseille, car cette ville a été abandonnée à son sort pendant trop d'années, et notamment les quartiers que vous évoquiez.
Nous avons pris nos responsabilités et le Gouvernement a doté Marseille de moyens à la hauteur des enjeux : un préfet de police de plein exercice, un renfort de deux cent trente policiers et gendarmes déjà déployés sur le terrain, qui seront bientôt rejoints, le Premier ministre l'a annoncé il y a quelques jours, par quatre-vingts policiers supplémentaires, trois unités de forces mobiles en sécurisation, et 2,2 millions d'euros de crédits en matière de prévention de la délinquance. Vous avez par ailleurs évoqué la création de deux zones de sécurité prioritaires dans les quartiers nord et les quartiers sud, ce qui ne signifie pas un abandon du centre-ville : ces deux ZSP couvrent la moitié de la ville en termes d'habitants.
Mais le plus important, c'est notre stratégie de sécurité renouvelée, l'approche globale qui a été mise en place dans ces quartiers. Elle conjugue, vous l'avez dit, dans un effort de coordination sans précédent, les actions en matière de répression, de dissuasion, d'amélioration du cadre de vie et d'action sociale. Tous les services de police travaillent ensemble et avec méthode, cité par cité, sur des objectifs bien précis. La lutte contre les stupéfiants est bien sûr l'objectif numéro 1, car on ne pourra pas ramener durablement l'ordre républicain dans les quartiers de Marseille sans démanteler les trafics.
Cet engagement s'est déjà traduit par des résultats que je crois incontestables. Depuis le début de l'année, pour la ville de Marseille, les atteintes à l'intégrité physique reculent de 13,2 %, les atteintes aux biens de 8,3 %, les vols avec violence de 21,1 % et les cambriolages de 4,2 %. Par ailleurs, vingt-quatre cités, sur une quarantaine, ont déjà été traitées dans le cadre de l'approche globale, 1 914 personnes ont été interpellées, 394 épaves retirées et 229 armes saisies. Vous voyez que je suis d'une précision diabolique !
Monsieur le député, vous l'avez souligné, l'une des forces des dispositifs déployés dans les ZSP réside dans leur adaptabilité. L'action menée par les services de police est évaluée et adaptée au gré de l'évolution de la situation sur le terrain. Par exemple, les cités qui ont déjà bénéficié de l'approche globale peuvent faire l'objet d'opérations ponctuelles de redéploiement de forces en sécurisation, si des signes de réimplantation des trafics apparaissent, ce qui, malheureusement, est souvent le cas. De même, la nouvelle stratégie d'intervention de la police judiciaire, dont l'action est dorénavant ancrée au cœur des quartiers, et ce doit être le cas partout dans le pays, se traduit par le renforcement progressif de ses groupes d'enquête criminelle, chargés d'élucider les affaires de règlements de comptes, et de ses capacités en termes de recueil et d'analyse du renseignement opérationnel.
Je rappelle en outre que le préfet Lambert, ancien préfet de la Seine-Saint-Denis, est chargé d'une évaluation globale sur les zones de sécurité prioritaire. Il a évidemment examiné la situation à Marseille et m'en rendra compte, ce qui me permettra d'adapter et d'améliorer nos dispositifs.
Enfin, et vous le savez, ces dispositifs n'ont de sens que si les villes s'engagent pleinement, notamment en matière de vidéoprotection et de police municipale.