Manuel Valls, ministre de l'intérieur. Monsieur le député, cher Ibrahim Aboubacar, vous avez raison d'insister sur ce qui s'est passé le 1er janvier dernier, à savoir la profanation de la mosquée de Labattoir. Une tête de porc a en effet été déposée devant la mosquée de cette commune. Par la voix du préfet, Jacques Witkowski, l'État a immédiatement condamné cet acte et s'est joint à l'émotion de la population mahoraise, toutes confessions confondues.
J'ai entendu l'émotion des Mahorais. J'ai été saisi par les élus de Mayotte – je pense particulièrement à votre collègue sénateur Thani Mohamed Solihi. Comme vous l'avez rappelé, une délégation comprenant notamment le porte-parole des cadis de Mayotte a été reçue par mon cabinet ; j'ai pu m'entretenir avec elle quelques instants. Je leur ai dit que, dans quelques semaines, à l'occasion d'un déplacement à Mayotte, j'aurai l'occasion de me rendre dans cette mosquée pour marquer l'indignation de la République. Vous me donnez l'occasion de réaffirmer ici de la manière la plus solennelle que le Gouvernement condamne toutes les atteintes aux lieux de cultes, qu'elles soient symboliques ou matérielles.
Le gendarme maritime impliqué a été muté immédiatement et a fait l'objet d'une sanction administrative très lourde de la part du ministère de la défense qui est son autorité d'emploi. Cette sanction disciplinaire est bien sûr tout à fait indépendante des sanctions pénales qui pourront être prononcées à l'issue de l'audience, laquelle est prévue – vous l'avez rappelé – le 26 février. Laissons la justice de notre pays travailler sereinement. Cela dit, je ne doute pas de la nécessité de condamner de tels actes avec la plus grande fermeté.
Monsieur le député, l'État entend les Mahorais. Lorsqu'on s'en prend aux fidèles d'un culte, lorsqu'on s'en prend à leur dignité, lorsqu'on s'en prend à une église, un temple, une mosquée ou une synagogue, on s'en prend à la République. Cela est vrai à Mayotte comme sur tout le territoire national. Mais, permettez-moi de le souligner, c'est peut-être encore plus vrai à Mayotte, tant y est forte la volonté de dialogue, d'apaisement et de concorde, qui constitue d'ailleurs la réalité de l'islam sur ce territoire qui fait partie intégrante de la République. Soyez assuré de l'engagement du Gouvernement à combattre tous ces faits. Nous nous tenons aux côtés des Mahorais heurtés et meurtris par ce geste.