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💬Discussion issue d'une question
:
💬sécurité des biens et des personnes
26 févr. 2014
Thierry Lazaro
sécurité publiquelutte et préventionvols et cambriolages
Ministère de l'intérieur
la présidente

La parole est à M. Thierry Lazaro, pour exposer sa question, n°  568, relative à la hausse des braquages et des cambriolages.
Thierry Lazaro

Monsieur le ministre, j'appelle votre attention sur la multiplication des braquages violents de petits commerces – les petits commerçants sont tous touchés, aussi bien dans nos villes que dans nos villages – et sur l'explosion des cambriolages. Je vous donne un exemple concret : le 10 décembre dernier, vers vingt et une heures, à Phalempin, commune de 4 700 habitants que j'administre, située au sud de Lille, quatre individus lourdement armés ont fait irruption dans un débit de tabac, pour la deuxième fois en onze mois, pour y faire main basse sur la caisse et sur des cartouches de cigarettes. Pendant que l'un d'entre eux emmenait violemment la propriétaire dans la réserve pour y voler les cigarettes, les autres malfaiteurs aspergeaient gratuitement de gaz lacrymogène le patron et les clients, contraints de s'allonger et craignant tous de recevoir une balle dans la tête.

Non seulement ces commerçants doivent faire face à la concurrence impitoyable, voire scandaleuse, des grandes surfaces, qui compromet leur avenir, mais encore ils doivent aller travailler la peur au ventre, sans être certains de revenir vivants chez eux le soir.

En ce qui concerne les cambriolages, une ville d'une taille comparable à celle de Phalempin est pillée tous les quatre jours et demi, en France. Tout y passe : résidences principales, résidences secondaires, commerçants – par exemple des magasins de vêtements – et artisans – par exemple des salons de coiffure ou des garagistes. Les agriculteurs n'y échappent pas : on leur dérobe leurs outils de travail – pas toujours récents, du reste – pour les revendre en France ou ailleurs. Le 18 décembre dernier, le numéro 3 de la Gendarmerie nationale a déploré devant des parlementaires que 65 % des délinquants soient relâchés. Les gendarmes et les policiers sont démoralisés ; les Français en ont assez de ces agressions, les élus aussi – vous le savez, monsieur le ministre. Le nombre de ces pillages est exponentiel. Nous regrettons que leurs auteurs, lorsqu'ils sont arrêtés, ne soient que peu condamnés.

Je ne mets pas en doute votre volonté de lutter contre cette délinquance particulièrement violente qui altère la vie de nos compatriotes, mais je doute de la volonté du Président de la République d'y remédier. Le projet de loi sur la contrainte pénale que votre collègue, Mme la garde des sceaux, nous concocte pour avril, juste après les élections municipales, ne fera qu'aggraver cette situation apocalyptique, nous le savons tous. À la lumière de ce triste constat, je vous demande, monsieur le ministre, de m'indiquer les mesures concrètes, efficaces et rapides que vous comptez mettre en œuvre pour restaurer la sécurité, et par là même pour rétablir la confiance de nos compatriotes, que nous devons mériter au quotidien.
la présidente

La parole est à M. le ministre de l'intérieur.
Manuel Valls,
ministre de l'intérieur.
Monsieur Lazaro, cela fait cinq ans que les vols à main armée et les cambriolages explosent. Or ce sont toujours les mêmes lois pénales qui s'appliquent : il n'y a pas eu de nouvelle loi dans ce domaine. J'en ai assez que, dans cet hémicycle comme ailleurs, des représentants du peuple mettent en cause la justice. C'est en faisant travailler ensemble la justice et la police que nous arriverons à des résultats.

Je ne méconnais en rien ce qui se passe aujourd'hui en matière de cambriolages et de vols à main armée. Il y a trois semaines, j'ai rencontré les représentants de l'ensemble de la profession des buralistes. Malgré des drames, nous avons constaté une baisse significative des vols à main armée en 2013 pour les bijoutiers et les joailliers, qui arrivent à se protéger. Ce sont les buralistes, ou les petits commerçants, qui en sont de plus en plus les victimes. C'est pourquoi nous avons mis en place, à partir du mois de septembre dernier, dans le cadre d'un plan national contre les cambriolages et les vols à main armée, un certain nombre d'actions. Les premiers résultats de la mobilisation des forces de l'ordre sont encourageants – en tout cas, c'est ainsi que je les vois. La hausse des vols à main armée constatée au premier semestre 2013, comme au cours des années précédentes, est incontestable : leur nombre a augmenté de 6,1 % en zone de police, et de 5,4 % en zone de gendarmerie. Cette hausse a été stoppée. Derrière ces chiffres, il y a évidemment des drames, et des difficultés majeures pour les commerçants.

Pour l'ensemble de l'année 2013, les vols à main armée sont en baisse de 0,3 % en zone de police et de 6 % en zone de gendarmerie. Quant au mois de janvier, on constate une baisse de 19 % des vols à main armée commis au préjudice des commerces. Il ne s'agit pas de crier victoire, car les chiffres restent très élevés depuis des années, vu la fragilité de ces commerces. Nous avons mis en place de nouveaux dispositifs : alerte SMS, désignation de référents pour les commerçants parmi les gendarmes ou les policiers, selon les territoires, organisation avec la profession, avec les chambres de commerce et les chambres de métiers, vidéo-protection et vidéo-surveillance avec les collectivités. Tout cela doit nous inciter à poursuivre.

Plutôt que de polémiquer sur des lois qui ne sont même pas encore appliquées, essayons de travailler ensemble sur ce phénomène de violence qui ne concerne pas que notre pays. Vous le savez bien : la Belgique, l'Allemagne ou les Pays-Bas connaissent exactement les mêmes problèmes que nous. Soyons efficaces : je ne doute pas, vous connaissant, que vous serez sur cette longueur d'onde, au-delà des moulinets et des postures propres aux périodes de campagne électorale.
la présidente

La parole est à M. Thierry Lazaro. Monsieur le député, il vous reste cinquante-sept secondes.
Thierry Lazaro

Monsieur le ministre, je suis d'accord avec vous : il faut travailler ensemble. D'ailleurs, je ne mets pas en doute votre volonté. Simplement, moi aussi j'en ai un peu marre que l'on ne puisse pas s'exprimer sur les défaillances de la justice. En vous exprimant de cette manière, en rappelant que ce problème remonte à bien avant l'alternance, vous êtes peut-être dans votre rôle. Mais je n'en démords pas : plus on laissera un sentiment d'impunité à des petits branquignols qui font la loi un peu partout, et plus ce pays ira à la dérive ! De temps en temps, il faut le dire : ce n'est pas honteux !
Julien Aubert

Très bien !
🚀