M. le président. La parole est à M. Laurent Marcangeli pour le groupe de l'Union pour un mouvement populaire.
M. Laurent Marcangeli. « Moi, Président de la République, j'essaierai d'avoir de la hauteur de vue pour fixer les grandes orientations, les grandes impulsions, mais en même temps je ne m'occuperai pas de tout… », disait le candidat socialiste à l'occasion du débat télévisé de l'entre-deux-tours de la présidentielle de 2012.
Monsieur le Premier ministre, vendredi dernier, l'ex-candidat devenu Président se trouvait en Corse pour célébrer le soixante-dixième anniversaire de la libération de la Corse. Cet événement lui donnait pleinement l'occasion d'être en phase avec ses engagements, mais, une fois de plus, force est de constater que nous sommes bien loin du compte ! À Ajaccio, celui qui devrait être le Président de tous les Français a profité d'une célébration historique censée rassembler par-delà les clivages partisans pour se comporter comme l'agent électoral d'une municipalité sortante en manque de confiance.
Soutien partial, promesse d'aide de l'État dans des dossiers déjà anciens et attitude partisane étaient au menu du voyage présidentiel. La presse régionale ne s'y est d'ailleurs pas trompée puisqu'elle titrait, le lendemain : « Coup de pouce présidentiel à la majorité municipale ajaccienne ». Quelle atteinte portée à la fonction présidentielle, quel manque de hauteur de vue alors qu'on célébrait la libération du premier département !
Monsieur le Premier ministre, il est peut-être temps d'informer le Président de la République qui n'est plus le premier secrétaire du Parti socialiste ! Il est peut-être temps de lui dire que notre pays gronde et qu'il attend du chef de l'État qu'il soit à la hauteur des enjeux ! Il est peut-être temps de lui rappeler que la voix de la France a été affaiblie sur le terrain diplomatique à l'occasion du débat syrien et qu'il devrait s'occuper de restaurer notre image plutôt que de penser aux municipales à Ajaccio ou ailleurs !
Pouvez-vous, par ailleurs, assurer les Ajacciens que les promesses du Président ne demeureront pas lettre morte suite à l'alternance issue des urnes lors des élections du mois de mars prochain ? Dois-je vous rappeler que votre majorité perd toutes les élections partielles depuis un an et, qu'une fois sur deux, elle n'est même pas qualifiée au second tour ? Comme le dit l'adage, la foudre ne tombe jamais deux fois au même endroit !
M. le président. La parole est à M. le Premier ministre.
M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre. Monsieur le député, je ne sais pas si vous attendiez une réponse de ma part. Peut-être cherchiez-vous plutôt à faire votre publicité, puisqu'il semble que vous soyez candidat à une élection municipale.
Plusieurs députés UMP . On va gagner ! On va gagner !
M. le président. Je vous en prie !
M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre . Mon premier réflexe était de ne pas vous répondre. Mais, voyez-vous, vous avez mis en cause le chef de l'État devant la représentation nationale, et je ne l'accepte pas ! Si vous étiez digne de votre fonction, vous auriez salué le geste de rassemblement du Président de la République, qui est venu saluer la libération de la Corse , premier territoire libéré par les forces alliées et, d'abord, par les forces françaises avec le soutien des Marocains.
Le prince héritier du Maroc était du reste présent. Ce que vous n'avez pas compris, c'est que les Corses, de toute sensibilité politique, se sont rassemblés avec ferveur et fierté parce que la Corse a été le premier territoire de liberté après la Seconde Guerre mondiale. C'est ce que vous auriez dû rappeler ! J'espère que les Corses, lors de l'élection municipale à laquelle vous vous présenterez, n'oublieront pas que vous n'avez pas été digne, ce jour, du mandat qui vous a été confié !