Annick GirardinMonsieur le ministre délégué chargé des transports, de la mer et de la pêche, le comité interministériel de la mer du 3 décembre a permis au Gouvernement d'avancer sur des dossiers importants, comme la piraterie, le transport pétrolier, la recherche marine ou encore les dispositions à venir sur les espaces maritimes. La mobilisation des milieux économiques aux dernières Assises de l'économie maritime de Montpellier, que le Premier ministre a ouvertes avec force, a été tout aussi importante. Pourtant, en dépit de votre investissement et la mobilisation de vos équipes, on ne parle de cet atout immense que sont l'économie maritime et ses perspectives considérables de développement pour la France qu'en cas d'événement social, d'événement spécial ou de crise.
Il y a aujourd'hui un manque de suivi, un manque de constance dans l'appréhension du fait maritime. Vous avez évoqué, voici quelques mois, des « causes orphelines » : le démantèlement des navires, les énergies marines, la lutte contre les pollutions marines, l'inventaire de nos ressources maritimes notamment en eaux froides… ces politiques pour lesquelles la dimension interministérielle est tellement lourde qu'elle manque souvent d'incarnation, ce qui me permet de paraphraser Henry Kissinger : « La mer…Give me a name and a phone number ! »
À mon sens deux écueils structurels freinent notre ambition. Premier écueil : des territoires qui manquent d'adhésion à une vision stratégique nationale. Parlementaire ultramarine pourtant très soucieuse de préserver les spécificités de mon territoire, je ne comprends pourtant pas cette résistance. Une collectivité, quelle qu'elle soit, peut et doit défendre ses intérêts, mais pas au mépris d'une ambition nationale ! Ce sont nos 564 ports que nous défendons, notre École nationale supérieure maritime, notre flotte de commerce…Ces querelles de chapelle ne nous aident pas.
Le second écueil, monsieur le ministre, au-delà de la difficulté de l'« interministérialité », est le défaut d'une administration de la mer qui puisse rassembler le monde maritime sans corporatisme et sans crise de confiance. Vous avez annoncé une délégation à la mer. Sera-t-elle en mesure de rassembler les territoires et d'aider le ministère dont vous êtes chargé à émerger ?