Christiane Taubira, garde des sceaux, ministre de la justice. Monsieur le député, l'Assemblée nationale a en effet beaucoup travaillé pour trouver des solutions claires et juridiquement solides répondant à la volonté politique et éthique de supprimer le mot race, tout d'abord dans la Constitution, ensuite dans l'ensemble de la législation : c'est ce qui a été fait sur la base de la proposition de loi du groupe auquel vous appartenez et qui a été discutée ici le 16 mai 2013. Je représentais le Gouvernement lors de ce débat et me rappelle la très grande qualité des interventions sur l'ensemble des bancs de l'Assemblée, le sujet ayant été particulièrement travaillé par vous.
C'est ainsi que cinquante-neuf dispositions législatives ont déjà été modifiées grâce à cette proposition de loi. Le mot « race » n'a pas été simplement supprimé : toutes ses occurrences ont été remplacées soit par le mot « raciste » soit par des périphrases comprenant le mot « raciste », car notre souci était d'éviter de créer un vide juridique et de réduire par là même la protection des victimes de propos et d'actes racistes.
Ce combat est symbolique au sens où il donne de la force aux valeurs sur lesquelles repose l'ordre juridique français, qui prend lui-même appui sur l'idéal républicain. Or cet idéal, qui est fondé sur la nation civique et l'ambition d'égalité, condamne profondément les distinctions qui reposent sur les prétendues origines raciales. Nous devons non seulement travailler aux sanctions mais également veiller, dans notre législation, dans nos politiques publiques et dans la sensibilité de la population, à transformer les mentalités.
Le Gouvernement est disposé à agir auprès du Sénat pour que ce texte revienne en discussion.