Manuel Valls, Premier ministre. …mais on aurait pu penser que votre question avait pour objet d'appeler la vigilance nécessaire sur des dangers qui existent en termes d'endoctrinement et de propagande, liés au djihadisme ou à l'islam radical. Le Gouvernement, la représentation parlementaire, à travers les travaux, les réponses et, surtout, l'action, y répondent tous les jours. Nous devons bien sûr être vigilants, ce qui amène régulièrement le Gouvernement à dissoudre des associations, à alerter sur les dangers du salafisme et à expulser des imams étrangers radicaux.
Mais, monsieur le député, il faut être cohérent. Quand on veut lutter contre le terrorisme, contre le djihadisme, contre l'islamisme radical, on va jusqu'au bout et, contrairement à ce que vous avez fait, on vote la loi sur le renseignement. S'il s'agit, en revanche, monsieur le député, de trouver un nouveau prétexte pour mettre en cause la liberté de culte et, tout simplement, la liberté dans notre pays, alors vous nous trouverez pour vous barrer la route.
Je vous rappelle – vous devriez le savoir – que le principe de laïcité signifie, comme l'énonce en son article 1er la loi du 9 décembre 1905, que « la République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public. » C'est cela qui fonde, précisément, la loi de la République.
Vous avez énoncé des contre-vérités. Au fond, cela doit être une chance pour la France – mais c'est un débat que nous avons dans le pays – de compter sur plusieurs millions de compatriotes ou de concitoyens de confession et de culture musulmanes. En quoi cela serait-il un défi, un problème ? C'est sans doute un défi pour l'islam, mais pas pour la France et pour l'Europe, qui accueillent d'ailleurs des musulmans depuis de très nombreuses années, depuis des siècles même – il suffit de regarder l'histoire de l'Espagne, celle de l'ex-Yougoslavie ou notre propre histoire, depuis des décennies. Mais si vous voulez ce débat – et je peux sentir parfois de la gêne dans d'autres rangs –, eh bien il faut l'avoir.
Chacun, quelle que soit sa croyance ou son absence de croyance, doit respecter les lois de la République, mais chacun, dans notre pays, a le droit de croire et d'exercer son culte à partir du moment où il respecte les lois de la République.