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📜Proposition de loi visant à garantir un revenu digne aux agriculteurs et à accompagner la transition agricole
Marie Pochon
20 févr. 2024

🖋️Amendements examinés : 100%
20 Adoptés13 Rejetés
6 Irrecevables
4 Non soutenus
2 Tombés
Liste des Amendements
Article 1
🖋️Adopté
David Taupiac
22 mars 2024

Dans la première phrase de l’alinéa 5, substituer aux mots : 

« chaque année »

les mots : 

« tous les quatre mois ».

🖋️Adopté
Marie Pochon
26 mars 2024

À la deuxième phrase de l’alinéa 5, substituer aux mots :

« d’une fois et demie à »

Le mot :

« de ».

🖋️Adopté
Marie Pochon
26 mars 2024

À la deuxième phrase de l’alinéa 5, supprimer le mot :

« interprofessionnel ».

🖋️Adopté
David Taupiac
22 mars 2024

Dans la deuxième phrase de l’alinéa 5, après le mot : 

« bassins »

insérer les mots : 

« , la taille des exploitations ».

🖋️Adopté
Johnny Hajjar
22 mars 2024

Compléter la deuxième phrase de l’alinéa 5 est complété par les mots :

« notamment les contraintes géographiques des territoires marqués par l’éloignement et l’insularité, ainsi que par une dépendance accrue aux importations. »

🖋️Adopté
Marie Pochon
26 mars 2024

Rédiger ainsi la dernière phrase de l’alinéa 5 :

« La conférence publique de filière détermine un prix minimal d’achat des produits agricoles qui ne peut être inférieur aux coûts de production. »

🖋️Adopté
David Taupiac
22 mars 2024

Après l’alinéa 5, insérer les deux alinéas suivants : 

« 3° bis Après le troisième alinéa, il est inséré un alinéa ainsi rédigé : 

« Une nouvelle conférence publique de filière est réunie en cas de présomption de forte hausse ou forte baisse des coûts de production agricoles. Elle détermine un nouveau seuil minimal d’achat des produits agricoles dans les conditions mentionnée au troisième alinéa du présent article. » 

🖋️Adopté
Marie Pochon
26 mars 2024

Au début de l’alinéa 7, substituer aux mots :

« Dans l’hypothèse où »,

Le mot :

« Si ».

🖋️Adopté
Marie Pochon
26 mars 2024

À l’alinéa 7, substituer aux mots :

« niveau minimal de prix d’achat »

Les mots :

« prix minimal d’achat des produits agricoles ».

🖋️Adopté
Marie Pochon
26 mars 2024

À l’alinéa 7, substituer aux mots :

« sur la base duquel ces ministres arrêtent un seuil minimal d’achat »

Les mots :

« permettant aux ministres d’arrêter un prix minimal, qui ne peut être inférieur aux coûts de production ».

🖋️Adopté
Marie Pochon
26 mars 2024

Compléter cet article par l’alinéa suivant :

« La conférence publique de filière ne peut se constituer qu’à la demande d’une majorité de ses membres et sous réserve de l’accord des producteurs qui souhaitent y participer. »

🖋️Adopté
Chantal Jourdan
22 mars 2024

Compléter cet article par l’alinéa suivant : 

« Pour déterminer le seuil minimal d’achat des produits agricoles mentionné au l’alinéa 7, les parties doivent notamment s’appuyer sur les modalités de fixation du prix des systèmes de garantie et des labels de commerce équitable définies à l’article 60 de la loi n° 2005‑882 du 2 août 2005 en faveur des petites et moyennes entreprises. » 

🖋️Adopté
Stéphane Travert
25 mars 2024
Après l'article premier, insérer l'article suivant:

Dans un délai de trois mois à compter de la promulgation de la présente loi, le Gouvernement remet au Parlement un rapport sur les moyens législatifs et réglementaires permettant de mieux prendre en considération les coûts de production dans la formation des prix d’achat aux agriculteurs en vue d’améliorer leurs revenus de façon significative.

🖋️Non soutenu
Grégoire de Fournas
22 mars 2024

Après le mot :« ministres », rédiger ainsi la fin de l’alinéa 7 :

« établissent une estimation des coûts de production en agriculture et leur évolution pour l’année à venir »

🖋️Rejeté
Lionel Tivoli
20 mars 2024

Compléter cet article par les deux alinéas suivants : 

« 5° Le quatrième alinéa est complété par les mots : 

« après consultation du conseil d’administration et des conseils spécialisés de l’Établissement national des produits de l’agriculture et de la mer. »

🖋️Rejeté
Chantal Jourdan
22 mars 2024

Compléter cet article par l’alinéa suivant :

« Pour déterminer le seuil minimal d’achat des produits agricoles mentionné au précédent alinéa, les parties doivent recourir à la convention interprofessionnelle alimentaire territoriale telle que définie par la loi n° 2018 938 du 30 octobre 2018 pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous. »

🖋️Non soutenu
Grégoire de Fournas
22 mars 2024

Compléter cet article par l’alinéa suivant :

« Les dispositions de l’article L. 442‑7 du code du commerce s’appliquent pour toute production produite sur le sol français ».

🖋️Non soutenu
Grégoire de Fournas
22 mars 2024
Après l'article premier, insérer l'article suivant:

La première phrase de l’article L. 442‑7 du code du commerce est ainsi rédigée :

« Engage la responsabilité de son auteur et l’oblige à réparer le préjudice causé le fait pour un acheteur de produits agricoles ou de denrées alimentaires d’acheter à son fournisseur à un prix de cession abusivement bas ».

🖋️Non soutenu
Grégoire de Fournas
22 mars 2024
Après l'article premier, insérer l'article suivant:

La deuxième phrase de l’article L. 442‑7 du code du commerce est ainsi rédigée : 

« Pour caractériser un prix de cession abusivement bas, il est fait la moyenne entre les indicateurs de coûts de production mentionnés à l’article L. 631‑27‑1 et les coûts de productions du producteur, à laquelle il est rajouté une marge de 10 % ».

🖋️Irrecevable
Katiana Levavasseur
22 mars 2024
Après l'article premier, insérer l'article suivant:

I – Le A de l’article 278-0 bis du code général des impôts est complété par un 4° ainsi rédigé :

4° Les produits et matériaux biosourcés destinés à des fins non alimentaires

II – La perte de recettes pour l’État est compensée à due concurrence par la création d’une taxe additionnelle à la taxe visée à l’article 235 ter ZD du code général des impôts

🖋️Irrecevable
Katiana Levavasseur
22 mars 2024
Après l'article premier, insérer l'article suivant:

I. – Au premier alinéa de l’article L. 312‑53 du code des impositions sur les biens et services, après le mot : « routiers », sont insérés les mots : « , agricoles et forestiers ».

II. – La charge pour l’État est compensée à due concurrence par la création d’une taxe additionnelle à la taxe visée à l’article 235 ter ZD du code général des impôts.

🖋️Irrecevable
Sébastien Jumel
22 mars 2024
Après l'article premier, insérer l'article suivant:

I. – L’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires, mentionné à l’article L. 682‑1 du code rural et de la pêche maritime publie mensuellement un indicateur des prix à la commercialisation des produits agricoles et denrées alimentaires produits en France et de leurs produits similaires ou substituables importés, à l’échelle de chaque filière.

II. – Au titre de la souveraineté alimentaire, énoncé à l’article L1 du code rural et de la pêche maritime, et afin de garantir un seuil de rémunération digne pour les agriculteurs, lorsqu’il est constaté pour une filière, que l’indicateur mentionné au I. du présent article fait apparaître un prix des produits importés anormalement bas par rapport au niveau de prix des produits de production nationale substituables ou similaires, les ministres chargés de l’agriculture et de l’économie instituent des droits à l’importation pour une durée ne pouvant excéder une année sur les produits agricoles et denrées alimentaire ciblés, pour ramener le prix du produit tiers au niveau de celui du marché national.

III. – Pour l’application du II, le fait générateur se produit et le droit d’importation devient exigible pour biens originaires ou en provenance d’un État lors de leurs commercialisation sur le territoire national. 

IV. – La base d’imposition est constituée par la moyenne des trois derniers mois des prix hors taxes sur la valeur ajoutée des produits importés ciblés au II, selon la méthode définie par arrêté conjoint des ministres de l’économie et de l’agriculture. Le prix d’intervention à retenir pour calculer les droits est celui du mois d’application du droit à l’importation.

V. – Les droits à l’importation sont les droits à l’importation fixés conformément aux dispositions du présent article sont applicables jusqu’à ce qu’une nouvelle fixation entre en vigueur.

VI. – Un décret pris en Conseil d’État fixe les modalités d’application du présent article.

🖋️Rejeté
Christine Engrand
21 mars 2024
Après l'article premier, insérer l'article suivant:

L’Établissement national des produits de l’agriculture et de la mer mentionné à l’article L. 621‑1 du code rural et de la pêche maritime remet chaque année au Parlement un rapport évaluant le respect de la législation relatives aux négociations commerciales entre un producteur et ses clients.

🖋️Irrecevable
Chantal Jourdan
22 mars 2024
Après l'article premier, insérer l'article suivant:

Dans un délai de trois mois à compter de la promulgation de la présente loi, le Gouvernement remet au Parlement un rapport relatif à la structuration des organisations de producteurs et sur les moyens à mettre en œuvre pour les développer dans le cadre du plan stratégique national entré en vigueur depuis le 1er janvier 2023.

🖋️Irrecevable
Chantal Jourdan
22 mars 2024
Après l'article premier, insérer l'article suivant:

Dans la perspective d’une révision du plan stratégique national (PSN), le Gouvernement remet, au plus tard le 1er juillet 2024, un rapport au Parlement relatif à la mise en place d’aides contracycliques à l’échelle nationale. Ce rapport détermine la possibilité de mettre en place un tel système d’aides au regard de la politique agricole intégrée au niveau européen et son articulation avec la dernière version de la politique agricole commune (PAC) votée pour la période 2023‑2027. Ce rapport analyse filière par filière l’effet des aides contracycliques en matière de protection des prix pour les agriculteurs et évalue, dans le cadre d’une analyse coût/bénéfice, l’intérêt économique d’un tel dispositif. 

🖋️Tombé
Sébastien Jumel
22 mars 2024

Dans la première phrase de l’alinéa 5, après le mot :

« année »,

insérer les mots : 

« , avec l’appui de l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires, » .


Article 2
🖋️Adopté
Chantal Jourdan
22 mars 2024

À l’alinéa 1, substituer aux mots : 

« à la transition agroécologique des exploitations agricoles ».

les mots : 

« au maintien et à la transition des pratiques agroécologiques des exploitations agricoles ».

🖋️Adopté
Marie Pochon
26 mars 2024

À l’alinéa 2, substituer aux mots :

« vise à »

Les mots :

« permet de ».

🖋️Adopté
Marie Pochon
26 mars 2024

À l’alinéa 2, après le mot :

« exploitations »

Insérer le mot :

« agricoles ».

🖋️Adopté
Marie Pochon
26 mars 2024

À l’alinéa 2, substituer aux mots :

« concourent à tendre vers »

Les mots :

« ont pour objet de mettre en place ».

🖋️Adopté
David Taupiac
22 mars 2024

Après l’alinéa 2, insérer l’alinéa suivant : 

« Une part des moyens du Fonds mentionné au premier alinéa du présent article est utilisé pour des actions de soutien aux exploitations ayant un mode de production biologique au sens de l’article L. 641‑13 du code rural et de la pêche maritime. »

🖋️Adopté
Marie Pochon
26 mars 2024

Rédiger ainsi l’alinéa 3 :

« L’aide financière apportée aux exploitations agricoles est dégressive en fonction de la taille de l’exploitation. Les conditions de son octroi sont précisées par décret en Conseil d’État. »

🖋️Rejeté
Grégoire de Fournas
22 mars 2024

Compléter l’alinéa 2 par les mots : 

« et à développer les capacités de production pour satisfaire la souveraineté alimentaire française ».

🖋️Rejeté
Chantal Jourdan
22 mars 2024

Compléter cet article par l’alinéa suivant :

« Sous l’autorité des ministres chargés de l’agriculture et de l’environnement, il est créé un « Fonds innovation – agroalimentaire » qui vise à stimuler la recherche de solutions pour la valorisation des cultures de diversification. »

🖋️Tombé
Johnny Hajjar
22 mars 2024

Compléter l’alinéa 3 par la phrase suivante : 

« Dans les collectivités relevant de l’article 73 de la Constitution et dans les collectivités d’outre-mer de Saint-Martin, de Saint-Pierre-et-Miquelon et de Wallis-et-Futuna des seuils spécifiques sont définis par voie réglementaire. »


Article 3
🖋️Adopté
Marie Pochon
26 mars 2024

Après le mot :

« agroalimentaire, »

Insérer les mots :

« du secteur de la distribution ».

🖋️Rejeté
Hélène Laporte
20 mars 2024

Après la première occurrence du mot :

« par »,

rédiger ainsi la fin de cet article : 

« la création d’une taxe additionnelle à la taxe visée à l’article 235 ter ZD du Code général des impôts ».

🖋️Rejeté
Hélène Laporte
20 mars 2024

Après la première occurrence du mot :

« par »,

rédiger ainsi la fin de cet article : 

« une taxe prélevée sur tout produit agroalimentaire produit hors de l’Union européenne et entrant sur le territoire français en vu d’être distribué sur son marché intérieur ».

🖋️Rejeté
Grégoire de Fournas
22 mars 2024

Compléter cet article par les mots : 

« et une contribution additionnelle de 10 % sur les ressources des associations environnementales ayant été condamnées pour dégradation d’exploitations agricoles ».

🖋️Irrecevable
Sébastien Jumel
22 mars 2024
Après l'article 3, insérer l'article suivant:

Dans un délai de six mois à compter de la promulgation de la présente loi, le Gouvernement remet au Parlement un rapport sur les impacts d’une expérimentation de la « Sécurité sociale de l’alimentation » sur le revenu agricole. Le rapport précise les pistes de conventionnements des produits alimentaires et leurs impacts en matière de construction des prix d'achat des produits agricoles.

🖋️Rejeté
Grégoire de Fournas
22 mars 2024
Après l'article 3, insérer l'article suivant:

Dans un délai de six mois à compter de la promulgation de la présente loi, le Gouvernement remet au Parlement un rapport permettant d’évaluer l’application du dispositif prévu par le code du commerce L.442‑7 sur l’interdiction pour un premier acheteur d’acheter des produits agricoles à un producteur à un prix dit « abusivement bas ».

🖋️Rejeté
Grégoire de Fournas
22 mars 2024
Après l'article 3, insérer l'article suivant:

Dans un délai de six mois à compter de la promulgation de la présente loi, le Gouvernement remet au Parlement un rapport permettant d’évaluer les effets du relèvement du seuil de revente à perte de 10 % et son ruissellement sur le revenu des agriculteurs depuis sa mise en place prévue par la loi du 2 octobre 2018 pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et une alimentation saine et durable.

🖋️Rejeté
Grégoire de Fournas
22 mars 2024
Après l'article 3, insérer l'article suivant:

Dans un délai de six mois à compter de la promulgation de la présente loi, le Gouvernement remet au Parlement un rapport permettant d’établir un état des lieux sur l’obligation de publication des indicateurs de coûts de production et des indicateurs de marché de référence par les interprofessions.

🖋️Rejeté
Grégoire de Fournas
22 mars 2024
Après l'article 3, insérer la division et l'intitulé suivants:

Dans un délai de six mois à compter de la promulgation de la présente loi, le Gouvernement remet au Parlement un rapport pour évaluer l’impact conjoint sur la rémunération des agriculteurs de la fixation d’un prix minimal d’achat et de la suppression de la taxe sur la valeur ajoutée sur un panier de cent produits de première nécessité.

🖋️Rejeté
Grégoire de Fournas
22 mars 2024
Après l'article 3, insérer la division et l'intitulé suivants:

Dans un délai de six mois à compter de la promulgation de la présente loi, le Gouvernement remet au Parlement un rapport pour évaluer l’impact des importations sur le prix d’achat des matières premières agricoles aux producteurs français.

Exposé des motifs • ⏱️Lecture 6min.

Mesdames, Messieurs,

La récente mobilisation des agriculteurs a mis en exergue les difficultés et le mal‑être subis depuis des années par les professions agricoles. Partout en France, pendant plusieurs semaines, le monde agricole a exprimé son ras‑le‑bol d’un modèle à bout de souffle. Au cœur des revendications, celle de voir son travail rémunéré à sa juste valeur, alors que 18 % des agriculteurs vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté.

L’expression de cette crise profonde témoigne d’un tel niveau de colère qu’il est de la responsabilité du législateur d’adopter des mesures structurelles pour y répondre, et ainsi protéger notre agriculture, celles et ceux qui la font, et notre souveraineté alimentaire, aujourd’hui et demain.

La problématique de la faiblesse des revenus agricoles n’est pas nouvelle. D’après le Conseil général de l’alimentation, l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER), en 30 ans, le revenu net de la branche agricole (RNBA) a baissé de près de 40 % en France en euros constants, les éleveurs et éleveuses disposant du revenu moyen le plus bas du pays. Ainsi, pour nombre d’entre eux, le travail ne rémunère plus. 

En cause, le modèle actuel de fixation des prix, qui fragilise considérablement les revenus agricoles en les soumettant à de fortes variations conjoncturelles. En effet, ces derniers sont affectés à la fois par la volatilité des marchés des produits agricoles et des intrants, par l’irrégularité de la production dans un contexte d’aléas climatiques et sanitaires grandissants ainsi que par les inégalités dans l’octroi des aides publiques. Ces dernières décennies, les revenus agricoles ont été négativement affectés par la baisse des prix à la production (‑22 % depuis 1990) ainsi que par la baisse continue des différentes aides publiques depuis 2003. Ainsi, si une minorité d’agriculteurs bénéficie de l’industrialisation et de la libéralisation à outrance de l’agriculture, la majorité d’entre eux la subit.

Alors que les revenus agricoles se fragilisent, les coûts de production et les niveaux d’endettement, eux, continuent de croître du fait de la hausse des charges qui pèsent sur les exploitants. En 30 ans, le poste « énergie et lubrifiant » a augmenté de 30 %, le poste « entretien du matériel » de 36 % et le poste « services de travaux agricoles » de 75 %. Les conséquences de plus en plus fortes des aléas climatiques viennent alourdir cette charge tant par le coût des pertes de récoltes que par celui des assurances, devenues indispensables. 

Le mal‑être au sein de la profession agricole est alarmant. Il est alimenté par la pression économique, les contraintes administratives, l’endettement croissant, la surcharge de travail ou encore l’augmentation de la fréquence des aléas climatiques. Selon les statistiques de la Mutualité Sociale Agricole, les assurés agricoles ont un risque de décès par suicide 43 % plus élevé que la population générale. Alors qu’en 10 ans, 100 000 fermes françaises ont disparu et que 50 % des agriculteurs seront en âge de partir à la retraite dans les dix prochaines années, le renouvellement des générations agricoles est vital. Il implique de renforcer l’attractivité des métiers agricoles et cela passe en premier lieu par une rémunération digne.

La fragilité des revenus des agriculteurs est d’autant plus injustifiée que les bénéfices enregistrés par les autres maillons de la chaîne sont de plus en plus indécents. Entre le quatrième trimestre 2021 et le deuxième trimestre 2023, le taux de marge des entreprises de l’industrie agroalimentaire a augmenté de 71 %, passant de 28 % à 48,5 %. En un an, les profits du secteur sont passés de 3,1 milliards à 7 milliards d’euros. C’est totalement incompréhensible. Alors qu’au bout de la chaîne, les Français peinent à accéder à une alimentation saine, et qu’en amont les producteurs sont essorés, les multinationales de l’industrie agroalimentaire et les géants de la distribution se remplissent les poches.

Les lois dites « EGalim » avaient pour objectif de rééquilibrer le partage de la valeur, mais force est de constater que dans la pratique, elles n’ont pas permis de suffisamment protéger le revenu agricole, témoignant de l’incapacité répétée des gouvernements successifs à répondre à cet enjeu pourtant central. 

Face à cette problématique structurelle, nous devons changer de paradigme en faisant du revenu agricole, non plus une variable d’ajustement mais la dimension centrale de la fixation du prix. Le marché doit cesser d’imposer sa loi. Il est temps d’assumer notre rôle de législateur en imposant des prix rémunérateurs.

Comment imaginer une souveraineté agricole et alimentaire sans la garantie d’un revenu décent pour les producteurs ? Sans s’attaquer à notre dépendance aux engrais russes ou au soja brésilien ? Sans adapter nos systèmes de production aux aléas climatiques de plus en plus fréquents ? Pour produire, demain, une alimentation accessible et saine, il est impératif de protéger les agriculteurs engagés dans la transition par une meilleure régulation du marché. Les pratiques agroécologiques limitent l’usage des intrants, réduisent notre vulnérabilité face aux aléas climatiques, améliorent la santé des agrosystèmes, améliorent la rentabilité et l’attractivité des exploitations. Ce cap doit impérativement aller de pair avec la protection des agriculteurs français de la concurrence déloyale en s’opposant aux accords de libre‑échange qui mettent nos produits agricoles en concurrence avec des produits étrangers qui ne respectent pas nos normes. Il faut en finir avec l’injonction contradictoire du toujours mieux et du toujours moins cher. 

Aujourd’hui, les coûts et risques liés aux changements de pratiques demeurent encore trop supportés par les seuls agriculteurs alors que les bénéfices de la transition profitent à la société toute entière. Financer la transition suppose de mettre à contribution l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur et en particulier ceux qui en tirent le plus de profits. 

Par ailleurs, les soutiens publics doivent être répartis plus équitablement afin de ne pas concentrer les aides sur une minorité d’exploitations comme c’est le cas dans la distribution actuelle des aides françaises de la Politique agricole commune (PAC) avec 54 % des aides profitant à 20 % des exploitations. Nous soutenons donc le rééquilibrage des aides publiques afin que chaque exploitation puisse bénéficier de l’accompagnement à la transition et que les soutiens publics ne soient pas captés par une minorité.

Nous le savons, cette proposition de loi ne répondra pas à toutes les difficultés rencontrées par le monde agricole. Renouvellement des générations, partage de la terre, refonte de la politique commerciale, augmentation des retraites, réforme de la PAC, simplification administrative… les dossiers sur lesquels nous devrons collectivement avancer sont nombreux. En responsabilité, et humblement, nous proposons, avec cette courte proposition de loi, d’esquisser une réponse concrète et structurelle au problème urgent du revenu, condition à la résolution de tous les autres.

L’article 1er vise à protéger le revenu des agriculteurs en fixant un prix minimal d’achat des produits agricoles qui tienne compte des coûts de production dans chaque filière, de la rémunération des agriculteurs et de la diversité des bassins et systèmes de production.

L’article 2 vise à soutenir financièrement les agriculteurs dans la transition par la création d’un fonds dédié à la transition agroécologique. Nous préconisons qu’il soit abondé par une hausse de la taxation sur les bénéfices des industries agroalimentaires et phytosanitaires afin qu’une part des importants bénéfices réalisés par ces industries soient transférée des actionnaires aux travailleurs de la terre. Les concours de ce fonds seront dédiés au financement de solutions permettant de favoriser la transition agroécologique des exploitations agricoles, et en particulier à travers la mise en place de systèmes économes et autonomes. Enfin, l’aide apportée sera dégressive en fonction de la taille de l’exploitation afin d’assurer une répartition équitable des moyens de ce fonds et d’éviter l’accaparement des aides par une poignée de grands propriétaires. 

L’article 3 porte sur le gage de la proposition de loi. Il crée une contribution additionnelle, équivalente à dix pour cent des bénéfices générés par les industries de l’agroalimentaire, des produits phytosanitaires et des engrais de synthèse, sorte de dividende écologique qui permettra de soutenir l’effort de transition entrepris par les agriculteurs.

Article 1

L’article L. 631‑27‑1 du code rural et de la pêche maritime est ainsi modifié :

1° À la fin du premier alinéa, les mots : « de l’Établissement national des produits de l’agriculture et de la mer mentionné à l’article L. 621‑1 » sont remplacés par les mots : « du médiateur des relations commerciales agricoles mentionné à l’article L. 631‑27 » ;

2° À la fin du deuxième alinéa, les mots : « et de la restauration hors domicile » sont remplacés par les mots : « , de la restauration hors domicile et des associations de défense des consommateurs » ;

3° La seconde phrase du troisième alinéa est remplacée par trois phrases ainsi rédigées :

« Au regard de cette situation et de ces perspectives, elle propose chaque année une estimation des coûts de production agricoles au sein de chaque filière ainsi qu’une estimation de leur évolution pour l’année à venir. Ces coûts incluent la rémunération des agriculteurs à hauteur d’une fois et demie à deux fois le salaire minimum interprofessionnel de croissance et prennent en compte à la fois la diversité des bassins et des systèmes de production. Sur la base des coûts de production ainsi évalués, la conférence publique de filière arrête un seuil minimal d’achat des produits agricoles. » ;

4° Après le troisième alinéa, il est inséré un alinéa ainsi rédigé :

« Dans l’hypothèse où la conférence publique de filière ne parvient pas à déterminer un niveau minimal de prix d’achat, le médiateur des relations commerciales agricoles remet au ministre chargé de l’économie et au ministre chargé de l’agriculture un compte rendu de la négociation interprofessionnelle sur la base duquel ces ministres arrêtent un seuil minimal de prix d’achat de tout ou partie des produits agricoles concernés. » 

Article 2

Sous l’autorité des ministres chargés de l’agriculture et de l’environnement, il est créé un « Fonds dédié à la transition agroécologique des exploitations agricoles ».

Ce fonds vise à financer les pratiques favorisant la transition agroécologique des exploitations, en priorité celles qui concourent à tendre vers des systèmes économes et autonomes, à réduire l’utilisation d’intrants chimiques et à renforcer les infrastructures agroécologiques.

L’aide ainsi apportée aux exploitations agricoles, dont les conditions d’octroi sont précisées par décret en Conseil d’État, est dégressive en fonction de la taille de l’exploitation.

Article 3

La charge pour l’État est compensée à due concurrence par une contribution additionnelle de dix pour cent sur les bénéfices générés par les industries de l’agroalimentaire, des produits phytosanitaires et des engrais de synthèse parmi les sociétés redevables de l’impôt sur les sociétés qui réalisent un chiffre d’affaires annuel supérieur à 50 000 000 d’euros.

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