Mesdames, Messieurs,
La santé nutritionnelle des enfants est l’un des enjeux sanitaires majeurs du XXIᵉ siècle. L’explosion de la consommation de produits ultra‑transformés, riches en sucres ajoutés, en additifs et en procédés industriels complexes, constitue aujourd’hui la principale source d’exposition des plus jeunes à des risques graves et précoces de surpoids, d’obésité, de diabète et de maladies métaboliques.
Selon l’Organisation mondiale de la santé, plus de 17 % des enfants français sont en surpoids, près de 6 % souffrent d’obésité, et ces chiffres progressent plus rapidement dans les milieux populaires, démontrant l’ampleur des inégalités sociales de santé. Cette situation n’est pas le simple fruit d’habitudes individuelles : elle résulte d’un environnement alimentaire saturé de produits ultra‑transformés, d’un marketing omniprésent et d’une absence de régulation suffisante face à la puissance de l’industrie agroalimentaire.
Cette proposition de loi met fin à un modèle qui rend les enfants captifs d’un système d’incitation permanente à consommer des produits de faible qualité nutritionnelle. Elle repose sur un principe clair : protéger les mineurs, non en leur imposant des injonctions individuelles, mais en transformant l’environnement qui façonne leur alimentation quotidienne.
Elle s’articule ainsi autour de trois priorités.
1. Définir clairement les aliments ultra‑transformés
L’article 1er introduit, dans le code de la santé publique, une définition opérationnelle des aliments ultra‑transformés, fondée sur la classification scientifique internationale NOVA. Deux conditions alternatives sont retenues pour identifier ces produits : le recours à des procédés de transformation spécifiques, qui seront définis par arrêté conformément à l’état des connaissances scientifiques, et la présence d’ingrédients constituant des marqueurs fiables, qui seront également listés par décret pris après avis du Haut conseil de la santé publique. Cette clarification est indispensable : pour réguler efficacement, il faut d’abord nommer et délimiter ce que l’on entend contrôler. Cette définition permettra, pour la première fois, d’appuyer des mesures publiques sur un référentiel reconnu par la recherche en nutrition.
2. Encadrer strictement la publicité et le marketing pour protéger les enfants
Les enfants sont aujourd’hui la cible de stratégies publicitaires particulièrement agressives, omniprésentes sur les chaînes de télévision, les plateformes vidéo, les réseaux sociaux, les jeux en ligne ou encore les événements sportifs. Leur imaginaire est ainsi continuellement exposé à des produits riches en sucre, graisse et additifs : les addictions qui naissent à cet âge risquent de perdurer tout au long de la vie.
L’article 1er met fin à cette logique en interdisant la publicité sur les aliments ultra‑transformés lorsque ceux‑ci visent spécifiquement les enfants. Cette mesure rompt avec l’autorégulation inefficace qui prévaut depuis vingt ans. Elle protège réellement les enfants en empêchant que les espaces culturels, numériques ou sportifs qui leur sont destinés deviennent des vecteurs de promotion d’aliments néfastes pour leur santé. Les aliments sains, nécessaires aux besoins des enfants dans le cadre d’une alimentation équilibrée, pourront continuer leurs activités promotionnelles.
L’article prévoit également d’interdire sur les emballages de ces produits malsains les éléments graphiques attractifs, tels que les personnages de dessins animés, les animaux humanisés. Ces techniques marketing, très utilisées pour les céréales sucrées, biscuits, confiseries ou boissons, jouent sur la vulnérabilité cognitive des enfants et créent un attachement émotionnel artificiel au produit. Leur suppression constitue un levier majeur de réduction de la demande induite.
Elle engage également la responsabilité des annonceurs, fabricants et agences, dont les pratiques contribueront désormais à un environnement protecteur plutôt qu’addictif.
3. Interdire les sucres ajoutés dans les préparations destinées aux nourrissons
L’article 2 pose une avancée sanitaire majeure : l’interdiction pure et simple des sucres ajoutés dans les préparations pour nourrissons.
Aucun argument scientifique ne justifie la présence de sucres ajoutés dans ces produits. Au contraire, ils favorisent dès le plus jeune âge une appétence excessive pour le goût sucré, augmentent le risque de surpoids ultérieur et contreviennent aux recommandations de l’ensemble des autorités sanitaires françaises et internationales.
L’interdiction, accompagnée d’un contrôle renforcé, place l’intérêt de l’enfant avant les intérêts commerciaux.
En l’absence d’un cadre normatif robuste, les inégalités alimentaires s’aggravent, puisque les produits ultra transformés sont massivement commercialisés dans les quartiers populaires et les foyers les plus précaires. Là où la publicité est la plus présente, là où les choix alimentaires sont les plus contraints, là aussi se concentrent les risques les plus importants.
Cette proposition de loi constitue une réponse ambitieuse et cohérente à cette situation. Elle protège concrètement les mineurs, responsabilise les acteurs économiques et inscrit la prévention nutritionnelle dans une politique publique structurante.
Il ne s’agit pas de culpabiliser les familles : il s’agit de lever les obstacles qui rendent aujourd’hui presque impossible une alimentation saine dans un environnement saturé d’incitations contraires.
En créant les conditions d’une véritable génération sans excès de sucre et moins dépendante aux produits ultra‑transformés, cette loi ouvre la voie à une société où la santé publique prime sur les intérêts commerciaux. Elle s’inscrit dans la continuité des grandes avancées sanitaires : lutte contre le tabac, régulation de l’alcool, protection des consommateurs. Elle affirme un principe simple : la santé des enfants n’est pas négociable.