Jean-Marc Ayrault,
Ministère des affaires étrangères et du développement international •
2 mai 2017La persistance de fortes tensions, voire de combats, entre les différentes communautés qui coexistent dans le sud de la Libye suscite à juste titre l'inquiétude. Cette instabilité sécuritaire a des conséquences majeures pour la Libye, la région et la Méditerranée dans son ensemble. C'est en effet dans ce contexte très volatile que prospèrent le terrorisme et les trafics, dont les trafics d'êtres humains, dont on mesure en Méditerranée les effets tragiques. Face à cette situation, qui résulte de l'absence de consensus politique en Libye, la France, avec ses partenaires de l'Union européenne, du Conseil de sécurité et de la région, s'emploie sans relâche à trouver le moyen de parvenir à une solution politique dont le sud du pays doit être bénéficiaire autant que les autres régions libyennes. L'héritage des décennies Kadhafi a été catastrophique pour l'ensemble de la Libye, mais plus encore pour ces régions méridionales dont les populations ont été à la fois exploitées et abandonnées à elles-mêmes. Toute solution politique en Libye passe aussi par la reconnaissance des droits de ces communautés, ainsi que par leur insertion dans le tissu social national. Dans le sud comme ailleurs dans le pays, la réconciliation inter-libyenne nécessite la reprise du dialogue politique qui avait abouti à l'accord de Skhirat en décembre 2015. En effet, le recours à la force exacerbe les tensions et fait le jeu des mouvements terroristes et des trafiquants. La France condamne le recours à la force et appelle les protagonistes à la désescalade pour ne pas amplifier la fragilisation de la sous-région. Elle passe également ces messages aux pays voisins, dont l'influence sur certaines parties libyennes est fondamentale. La démission de Moussa Koni, représentant de la communauté touarègue, membre du Conseil présidentiel jusqu'en janvier 2017, a marqué l'urgence d'une prise en compte directe des besoins des communautés du sud de la Libye. La diplomatie française mobilise sans relâche l'ensemble des partenaires, en particulier dans la région, en lien avec le Secrétaire général des Nations unies et son représentant spécial pour la Libye, pour pousser les différentes parties libyennes à trouver un consensus politique qui doit inclure les populations du sud.