Ségolène Royal,
Ministère de l'environnement, de l'énergie et de la mer, chargé des relations internationales sur le climat •
16 mai 2017Le 28 mai 2014, l'arrêté du 17 novembre 2008 fixant les conditions d'achat de l'électricité produite par les installations utilisant l'énergie mécanique du vent, a été annulé par le Conseil d'État au motif que cet arrêté institue une aide d'État et que celle-ci n'a pas été notifiée à la Commission européenne. La décision du Conseil d'État vient clore la procédure initiée par l'association « Vent de Colère » en février 2009. Au cours de cette procédure, le Conseil d'État a notamment saisi d'une question préjudicielle la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE). La question posée à la CJUE était de savoir si le mode de financement du mécanisme devait être regardé comme une intervention de l'État ou une intervention au moyen de ressources d'État, ce qui constitue l'un des quatre critères de qualification d'une aide d'État. Le Conseil d'État a en effet considéré que les trois autres critères étaient remplis. L'annulation du tarif d'achat éolien de 2008 ne donne pas droit à un remboursement de tout ou partie de la contribution au service public de l'électricité (CSPE). En effet, la jurisprudence veut que l'annulation d'une aide d'État n'entraîne l'annulation de l'impôt qui la finance que dans le cas où, il existe un lien d'affectation contraignant entre l'impôt et l'aide, autrement dit lorsque le produit de la taxe influence directement le montant de l'aide. Or en l'espèce, le tribunal administratif de Paris a récemment statué sur le fait que le montant de la CSPE n'a pas d'influence sur le montant de l'aide versée et qu'il n'y a donc pas de lien d'affectation contraignant entre l'impôt et l'aide (TA Paris, 6 juillet 2012, SAS Praxair, no 1105485). Un appel contre cette décision est actuellement pendant devant la cour administrative d'appel de Paris. Le montant de la CSPE n'influence pas directement celui de l'aide qui vient d'être annulée par le Conseil d'État pour deux raisons. D'une part, il convient de rappeler que la CSPE permet la compensation d'un certain nombre de charges de service public aux opérateurs qui les supportent. Elle ne finance pas uniquement les dispositifs de soutien aux énergies renouvelables et à la cogénération, mais également la péréquation tarifaire dans les zones non interconnectées et le tarif de première nécessité. Ainsi, la part des charges liées à l'arrêté faisant l'objet de l'annulation est très limitée. Selon la Commission de régulation de l'énergie, celles-ci représentaient autour de 7,4 % des charges globales en 2013 (5,1 % en 2010 ; 6,9 % en 2011 ; 7,6 % en 2012). De plus, sur cette période, les contributions collectées n'ont jamais permis la couverture intégrale de ces charges, le niveau de la contribution unitaire ayant été fixé en deçà du niveau nécessaire à la couverture intégrale des charges. Il en résulte, pour chacune de ces années, l'apparition d'un déficit de compensation. Ainsi, si l'on déduisait les charges liées à l'arrêté éolien du montant total des charges à couvrir, cela ne se traduirait pas par une diminution de la contribution unitaire.