Henri GuainoMonsieur le Premier ministre, écoutez-moi bien : « J'ai perçu chez deux ou trois ce vilain frémissement des narines qui sentent les boules puantes et qui se régalent à l'idée de renifler les odeurs d'égout », ainsi parlait Georges Pompidou après l'affaire Markovic. À mon tour, j'ai perçu, comme beaucoup d'entre nous, ce vilain frémissement des narines la semaine dernière… et les odeurs d'égout venaient cette fois-ci de l'Élysée , plus précisément du bureau du secrétaire général.
Le secrétaire général de l'Élysée a failli à son devoir. Voilà le fait, simple et vrai.
Il a mis sur la place publique sa version d'une conversation privée. C'est une faute contre l'honneur.
Il a porté contre un ancien Premier ministre, dans le gouvernement duquel il a servi, des accusations d'une extrême gravité, qu'il ne peut étayer par la moindre preuve. C'est une faute contre le droit.
Il a menti, puis il s'est rétracté devant l'évidence du mensonge. C'est une faute contre la morale.
Il a mis le troisième convive, ami de l'un et de l'autre, dans une position intenable. C'est une faute contre l'amitié, et ce n'est pas la moindre.
Sous le couvert de la Présidence de la République, usant de l'autorité que lui confèrent ses hautes fonctions, il s'est livré à une manipulation politique, que dis-je à une machination, visant à discréditer non pas seulement un homme, ce qui est déjà impardonnable, mais l'opposition tout entière. C'est une faute contre la démocratie et la République.
Compte tenu de la place qu'il occupe dans l'État, oui, le seul mot qui convienne est celui de forfaiture. Elle fait naître une terrible suspicion sur les agissements au sommet de l'État !
D'autres manipulations, d'autres machinations de ce genre ont-elles eu lieu dans les palais de la République depuis deux ans et demi ?