François RochebloineMonsieur le Premier ministre, « à Alep, ce que l'humanité fait de pire est devenu la norme » : telle est la réaction d'un survivant du massacre de Srebrenica aux atrocités commises à Alep. Cet homme a connu l'horreur, les pires abominations qu'un être humain puisse commettre : c'était il y a seulement vingt et un ans. L'Union européenne, impuissante à l'époque, s'était promis de ne plus jamais laisser faire ça. Et pourtant, qu'avons-nous vu à Alep ? Quatre années durant, cette ville a été tenue, entièrement ou en partie, par les opposants à Bachar Al-Assad. C'était, pour certains, une ville « rebelle » ; nous préférons dire que c'est une ville que nous avons soutenue, dans laquelle notre engagement en faveur de l'opposition avait suscité de nombreux espoirs. Car, oui, Alep a d'abord été une ville qui s'élevait contre la répression de la dictature de Bachar Al-Assad.
Quatre longues semaines ! C'est le temps, bien trop long, qu'il aura fallu pour trouver un accord en vue d'évacuer les civils, victimes des bombardements et des exactions des combattants. Et la France, tout comme l'Union européenne, n'aura pas été, malheureusement, de grand secours. Certes, hier, la France a demandé la réunion en urgence du Conseil de sécurité de l'ONU. Mais l'ONU n'a rien fait d'autre que prendre acte d'une solution d'évacuation parrainée par la Russie et la Turquie, aujourd'hui suspendue, et qui ne peut malheureusement, monsieur le Premier ministre, se concrétiser.
Que faire pour que la voix de la France et celle de l'Europe soient nouveau entendues sur des sujets aussi fondamentaux ? Lorsque la dignité humaine est attaquée, lorsque les populations civiles sont directement ciblées, pourquoi, monsieur le Premier ministre, sommes-nous restés, sinon silencieux, tout du moins impuissants ?