Elisabeth PochonMa question s'adresse, elle aussi, à M. le ministre de l'intérieur. Elle aussi a pour objet la banlieue, sur laquelle est braquée une certaine actualité, celle de nombreuses villes dans lesquelles des voyous saccagent des voitures, des magasins et des équipements publics, et beaucoup moins celle de l'engagement spontané des jeunes et des habitants pour nettoyer et réparer les dégâts. Campagne présidentielle oblige, l'occasion est trop belle pour les Républicains de se saisir de ces violences urbaines, et seulement de cela, pour faire diversion à l'exposition médiatique de leur candidat. Quant au Front national, ces comportements, que nous réprouvons tous et qui sont ceux de quelques-uns, nourrissent son terreau habituel et lui permettent d'appeler à la vindicte contre les habitants de ces quartiers, en faisant un amalgame entre tous ceux qui y vivent.
L'affaire Théo n'est pas un fait divers. Elle en dit long sur la vie de toute une population de nos banlieues. Ce Théo, victime du comportement de policiers en totale contradiction avec les règles du droit et de la déontologie, représente aussi une jeunesse et une origine sociale exposées à des risques qui n'existent pas ailleurs sur notre territoire. L'enquête du Défenseur des droits révèle que la fréquence importante des contrôles alimente un sentiment de discrimination chez les jeunes. Près de 40 % des 18-24 ans indiquent avoir été contrôlés au cours des cinq dernières années ; parmi eux, les jeunes perçus comme noirs ou maghrébins sont particulièrement concernés. Comment cela pourrait-il ne pas susciter parfois un sentiment de défiance envers l'institution policière ?
Nous devons regarder les habitants qui vivent dans des conditions difficiles, mais qui gardent confiance dans la République. La République, c'est un grand acte de confiance, disait Jaurès – et il est de notre devoir de la faire vivre entre nos concitoyens et nos institutions.
Les manifestations actuelles d'expression d'un malaise ressenti sont légitimes. Cette parole ne doit pas être réprimée sous prétexte d'un amalgame entre cette banlieue, souvent silencieuse, digne et humble, et des voyous qui s'en prennent aux biens publics et privés. C'est à ceux qui veulent construire qu'il faut envoyer des signes.
Si c'est aujourd'hui la fête de l'amour, monsieur le ministre, la banlieue et sa jeunesse veulent être invitées à sa table !