George Pau-Langevin,
Ministère des outre-mer •
31 mai 2016Le risque d'attaques mortelles de requins est encore malheureusement présent à La Réunion. C'est pour cette raison que le principe de l'interdiction de la baignade et des activités nautiques reste la base de la règlementation aujourd'hui applicable au risque requin, conformément à la décision du juge des référés du Conseil d'Etat du 13 août 2013 (Ministre de l'intérieur c. Commune de Saint-Leu, n° 370902), dont les principaux termes sont rappelés ci-dessous : « […] à court terme, seules les mesures d'interdiction de baignade et d'activités nautiques, dans des zones où un dispositif efficace de surveillance et d'alerte n'a pas été mis en place, sont susceptibles de supprimer le risque d'attaques […] ». C'est le sens de l'article 1er de l'arrêté no 170 du Préfet de La Réunion du 12 février 2016 portant réglementation de la baignade et de certaines activités nautiques dans la bande des 300 mètres à partir du littoral du département de La Réunion, qui est rédigé de la manière suivante : « Dans la bande des 300 mètres du littoral du département de La Réunion, où s'exerce le pouvoir de police spécial du maire, conformément à l'article L.2213-23 du code général des collectivités territoriales, les activités suivantes : - la baignade (y compris lorsqu'elle s'effectue à l'aide d'un équipement de type palmes, masque et tuba) - les activités nautiques utilisant la force motrice des vagues (surf, bodyboard, bodysurf, longboard, paddleboard)sont interdites sauf dans les espaces définis à l'article 2. Tout contrevenant s'expose aux poursuites et peines prévues par les articles 131-13 et R 610-5 du Code pénal. » La décision d'ouvrir la possibilité aux maires d'autoriser la baignade et les activités nautiques a été prise après une étroite concertation entre les partenaires locaux et entre les ministères impliqués dans le plan gouvernemental pour la prévention du risque requin à La Réunion. Cette décision a été rendue possible par la nette amélioration de la politique de prévention du risque requin depuis la mise en place du plan gouvernemental en 2013, à plus d'un titre. Sur le plan de la connaissance tout d'abord, le programme « Connaissances de l'écologie et de l'habitat de deux espèces de requins côtiers sur la côte Ouest de La Réunion » (CHARC), coordonné par l'IRD, a remis en décembre 2014 des conclusions permettant de mieux appréhender le comportement des requins tigre et bouledogue. Cet effort de connaissance se poursuit : l'État finance entièrement les 184 000 euros dédié au programme « Ecologie des requins côtiers à La Réunion » (ECORECO-RUN) coordonné par l'Université de La Réunion, de juillet 2015 à décembre 2016. Le soutien sera maintenu jusqu'en 2020, conformément aux engagements pris à La Réunion le 24 avril 2015. S'agissant des moyens employés ensuite, deux rapports sur l'évaluation de l'efficacité du dispositif « vigies-requin » ont été rendus en août et septembre 2014, qui s'appuient très largement sur les travaux menés dans le cadre du programme CHARC. Ces travaux ont permis la mise en place d'un dispositif « vigies-requin renforcé », entré en phase opérationnelle fin avril 2015. Ce dispositif a permis la relance des entraînements de la filière de surf de haut niveau (« pôle espoir »), dans des conditions de surveillance satisfaisantes. Il est actuellement déployé sur quatre sites de la commune de Saint-Paul. En parallèle, le programme de captures ciblées de requins « Cap Requins 2 » se poursuit, là aussi avec le soutien financier de l'État et des collectivités locales réunionnaises. Ce programme est intégré dans la stratégie générale de réduction du risque visant à la limitation de l'interaction homme-requin par une diminution de la fréquentation des zones d'activités nautiques par les espèces potentiellement dangereuses. Les premiers filets de protection sont opérationnels sur les sites de Boucan Canot et des Roches Noires, dans la commune de Saint-Paul, depuis le début de l'année 2016, grâce à la mobilisation des fonds européens et aux efforts financiers conjugués de l'État, du conseil régional et de la commune de Saint-Paul. Concernant la coordination de la politique de prévention du risque requin, l'association pour le centre de ressources et d'appui sur le risque requin, a tenu son assemblée générale constitutive le 6 avril 2016, sous la présidence du Préfet de La Réunion. Le centre de ressources et d'appui viendra épauler les collectivités et les associations pour développer, expérimenter et mettre en œuvre les solutions techniques les plus adaptées au contexte de chaque commune réunionnaise intéressée. Les maires pourront ainsi décider en meilleure connaissance de cause de la reprise, sur la base de conditions évaluées par le centre de ressources et d'appui, de certaines activités nautiques. Le cadre juridique de la police spéciale de la baignade et des activités nautiques, régi par les articles L. 2212-2, L. 2212-3 et L. 2213-23 du code général des collectivités territoriales, et le régime de responsabilité de la puissance publique qui en découle, fixé par une jurisprudence administrative abondante, apparaît donc tout-à-fait adapté à la règlementation édictée par le Préfet de La Réunion. Par ailleurs, les maires disposent désormais d'une structure, d'outils et de retours d'expérience solides s'ils souhaitent ouvrir leur bande littorale à certaines activités nautiques.