Frédéric Valletoux,
Ministère auprès de la ministre du travail, de la santé et des solidarités, chargé de la santé et de la prévention •
16 avr. 2024De nombreuses données sont collectées pour la gestion et le suivi de l'aide médicale d'Etat (AME) et font l'objet d'un travail de suivi et d'analyse par l'administration. Les documents budgétaires comportent ainsi des informations détaillées sur les bénéficiaires, l'instruction des demandes, les dépenses engagées et les résultats des différents contrôles menés. Il n'est en revanche pas possible de collecter des données à caractère personnel telles que la pathologie et la nationalité en vue d'identifier des filières de migration du fait de la sensibilité particulière de ces données. Celles-ci ne sont en effet pas nécessaires à la gestion du droit à l'AME et leur collecte serait, par conséquent, contraire au principe de minimisation qui est prévu par le registre général de protection des données (RGPD) qui est au coeur du droit européen de protection des données personnelles. La collecte de la nationalité des demandeurs et bénéficiaires de l'AME d'une part, et de la nature des pathologies prises en charge dans le cadre de l'AME d'autre part, ne serait donc pas conforme aux droits français et européen, d'autant que la nature de la pathologie est une donnée de santé, et fait à ce titre l'objet d'une protection renforcée. L'AME est un dispositif visant à préserver la santé publique. Sa finalité est de délivrer des soins aux personnes irrégulières en situation précaire. Ces dernières années, de nombreuses réformes ont permis de renforcer la politique de suivi et de contrôle des dépenses d'AME afin de lutter contre toute forme de fraude. La lutte contre l'immigration irrégulière, qui relève des actions déployées par le ministère de l'intérieur, fait appel à d'autres outils de politique publique. Par ailleurs, les dépenses d'AME sont financées par le budget de l'Etat et sont donc sans lien avec les dettes publiques et privées des établissements de santé. Toutefois, nous disposons de données en provenance de l'Assurance maladie concernant les créances françaises à l'égard d'autres Etats, c'est-à-dire la dette publique. Ces données sont traitées par le centre national des soins à l'étranger, dont le rapport de 2022 fait état de 804,4 millions € remboursés à ce stade à la France par 43 pays et de 946,1 millions € présentés au remboursement par la France aux organismes étrangers. Ces données couvrent des créances de sécurité sociale, au titre des règlements européens, conventions bilatérales et décrets de coordination, mais ne couvrent pas les dettes laissées par des patients non affiliés, non reliés à l'un de ces trois dispositifs, c'est-à-dire la dette privée, plus complexe à recouvrer.