Alain BruneelMonsieur le ministre des solidarités et de la santé, les soignants ont eu de l'espoir au début de la crise du covid-19, lorsque le Président de la République a déclaré que la santé n'a pas de prix, et qu'il souhaitait décliner un grand plan massif d'investissement pour l'hôpital. Les soignants étaient alors des « héros » selon les termes du Président de la République, des « génies » selon vos propres mots, monsieur le ministre.
Entretemps est né le Ségur de la santé, énième consultation avec les soignants. Puis est arrivé le 14 juillet, avec son décorum joliment posé pour les professionnels qui étaient en première ligne, dont les soignants : le défilé, le Grand Palais, la place de la Concorde, les médailles et une Marseillaise entonnée à l'unisson.
Le même jour, à Paris et ailleurs en France, des milliers de soignants ont manifesté pour exprimer leur déception face aux accords du Ségur. Car aujourd'hui, force est de constater que le Ségur n'a pas fière allure et rime avec demi-mesures. On pourrait aussi dire « deux poids, deux Ségur » car il n'est pas à la hauteur des attentes exprimées par une majorité des soignants.
Si les augmentations de salaires vont certes améliorer l'ordinaire, les calculs sont vite faits : les 183 euros prévus permettent juste de rattraper la perte de pouvoir d'achat accumulée depuis 2010 du fait du blocage des salaires dans la fonction publique. Je rappellerai que ces augmentations ont été arrachées de haute lutte, de mobilisations en mobilisations, par les soignants dans la rue depuis de nombreux mois.
Les personnels hospitaliers ne sont pas des marchands de tapis, ils demandent 300 euros par mois : ce n'est pas de l'aumône mais une revalorisation légitime. Ils revendiquent l'arrêt des plans de retour à l'équilibre financier, la réouverture de lits pour les patients et demandent à être plus nombreux pour ne pas être épuisés au travail. Monsieur le ministre, ces revendications n'ont toujours pas trouvé de réponse.