Hubert Julien-LaferrièreMonsieur le ministre de l'Europe et des affaires étrangères, pouvons-nous détourner le regard plus longtemps de ce qui se passe aujourd'hui en Chine dans la province du Xinjiang, où 12 millions de Ouïghours, depuis de nombreuses années, subissent persécutions et violences : arrestations massives, tortures, viols, travail forcé, stérilisations forcées ?
Les témoignages sont nombreux et annihilent le doute, si celui-ci était encore possible. Un dossier est sur le bureau de la procureure du Tribunal pénal international. Quant aux travaux du chercheur allemand Adrian Zenz, ils se fondent sur des documents officiels des autorités chinoises. Il y a également le témoignage dans Libération, ce matin, de cette enseignante ouïghoure exilée en Europe, victime de stérilisation forcée : elle relate son expérience dans les camps, bien loin des « centres de formation professionnelle » dont parle Pékin et où les détenus subissent les pires exactions.
N'ayons pas peur des mots : il s'agit bien ici d'une entreprise organisée et institutionnalisée d'éradication d'une population au motif, selon les termes utilisés par le régime lui-même, qu'elle « affaiblit l'identité nationale et l'identification à la race nationale chinoise ». Oui, mes chers collègues, nous sommes devant un crime contre l'humanité.
Notre devoir de parlementaires est également de garantir le respect des conventions internationales. C'est la raison pour laquelle Aurélien Taché, trente parlementaires et moi-même avons écrit au Président de la République : l'impunité du régime chinois dure depuis trop longtemps. Elle n'est plus acceptable. En gardant le silence sur les persécutions qu'endurent chaque jour des femmes, des hommes et des enfants, nous nous rendrions complices de ces exactions.
Monsieur le ministre, comment la France entend-elle agir, avec ses partenaires européens, pour faire cesser immédiatement les persécutions que subit la communauté ouïghoure et pour que celles-ci fassent l'objet de réparations à la hauteur du préjudice subi ?