Benjamin LucasPourtant, monsieur le Premier ministre de l'éducation nationale, c'est seul que vous avez acté par décret, le 16 mars dernier, l'installation de groupes de niveau en français et en mathématiques au collège.
C'est seul que vous bouleversez brutalement la nature de notre système éducatif, sans même lui donner les moyens suffisants. C'est seul que vous mettez fin au collège unique.
C'est seul que vous abandonnez l'objectif d'apprendre ensemble avec l'hétérogénéité comme principe d'émulation et de coopération pédagogique. C'est seul que vous refusez d'appréhender les inégalités de naissance pour mieux les combattre et faire société ensemble, au profit d'une vision intrinsèquement inégalitaire qui présente les élèves les plus en difficulté comme des freins à la réussite de ceux qui ont plus de facilités. C'est seul que vous accentuez le séparatisme scolaire et l'assignation à résidence sociale des enfants issus des classes populaires.
C'est seul, et contre tous !
Contre les chercheurs, les comparaisons internationales et les études, qui montrent que l'homogénéité n'est pas vertueuse en matière d'éducation. Contre l'ensemble des organisations professionnelles des personnels de l'éducation nationale. Contre le Conseil supérieur de l'éducation, unanime pour rejeter la réforme qui ne dit pas son nom. Contre les enseignants, mobilisés aujourd'hui dans tout le pays et à qui je veux rendre hommage. Et contre le Parlement, qui n'est pas même appelé à discuter de ce bouleversement majeur.
Monsieur le Premier ministre, en démocratie, on n'a jamais raison seul contre tous. Puisque vous affirmez que l'éducation relève du domaine régalien, saisissez le Parlement d'une loi de programmation, comme cela a été le cas pour la sécurité, la justice ou la défense, et permettez que les représentants de la nation puissent faire entendre la voix d'une République attachée à son école et à son principe d'égalité !