Sarah LegrainMonsieur le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, le 7 janvier dernier, Lucas, 13 ans, mettait fin à ses jours. Nous nous demanderons toujours si ce drame aurait pu être évité… Combien de souffrances, combien de violences homophobes, sexistes, sexuelles qui frappent quotidiennement des jeunes pourraient être évitées ?
J'ai lu votre plan de lutte contre le harcèlement à l'école… J'y vois d'énigmatiques cours d'empathie, mais pas une ligne sur l'éducation à la vie affective et sexuelle, et dans votre budget non plus. En plus, impossible de discuter des moyens affectés, pour cause de 49.3 ! Or les rapports officiels, les chefs d'établissement, les infirmières scolaires, les représentants de parents et d'élèves donnent l'alerte : la loi de 2001 n'est pas respectée. Seuls 15 % à 20 % des élèves ont droit aux trois séances obligatoires par an.
Hier, au Sénat, un collectif inédit composé d'une dizaine d'organisations et fédérations présentait son livre blanc pour une véritable éducation à la sexualité, comportant des contenus harmonisés, adaptés à chaque âge et associant les parents… Monsieur le ministre, vous n'étiez pas là. Deux jours plus tôt, le Sénat accueillait le colloque des Parents vigilants, cette officine zemmouriste qui, sous le slogan « Protégeons nos enfants », répand des fake news et cible l'école républicaine… Monsieur le ministre, vous n'avez rien dit.
Pourtant, l'éducation à la vie affective et sexuelle protège nos enfants. Elle les protège des violences et cyberviolences en hausse, en leur parlant droit à l'intimité, respect du consentement, réciprocité et égalité, valeurs qui ne règnent pas toujours dans leur environnement ou sur leurs écrans. Elle les protège des grossesses non désirées ainsi que des infections sexuellement transmissibles, infections sur lesquelles l'information a régressé. Comme enseignante, j'en ai vu des jeunes gens libérés de leurs interrogations, de leurs complexes, de leurs préjugés grâce à ces espaces de dialogue créés par les associations, sur un terrain où parents et professeurs se sentent souvent démunis.
Oui, l'éducation à la vie affective et sexuelle protège. Or elle est menacée par votre inaction politique, menacée par les agissements de l'extrême droite. Monsieur le ministre, de quoi avez-vous peur ? Comptez-vous faire respecter la loi et, dans ce cas, que comptez-vous faire des quarante-six recommandations de ce livre blanc ?