François RuffinMa question s'adresse au ministre de la faïencerie.
Mercredi dernier, le pays l'apprenait : pour leur palais, Brigitte et Emmanuel Macron vont acheter « 900 assiettes de présentation et 300 assiettes à pain, correspondant à l'idée du changement porté par la présidence ».
Je m'en félicite, même si j'ignore, pour ma part, à quoi ressemblent des assiettes à pain et des assiettes de présentation. Ce ne sont pas, à coup sûr, de vulgaires écuelles : il en coûterait, en effet, plus de 500 000 euros.
Des démagogues s'en sont émus. De mon côté, je le dis tout net : un demi-million, cela n'est rien. Peu importe le prix, pourvu que nos majestés de l'Élysée se restaurent en toute dignité.
Le même jour, le chef de l'État pestait : « On y met un pognon de dingue ! » Il ne songeait pas à sa vaisselle, ni aux 93 milliards de bénéfices du CAC 40, ni aux 47 milliards versés aux actionnaires. Il évoquait les aides aux mères célibataires et aux accidentés de l'emploi.
C'est vrai, les pauvres coûtent trop cher ! Leurs prestations sont un gouffre pour la nation. À nous d'aider le Président dans sa pédagogie, pour que les Français comprennent ce principe Macron-économique : quand on donne aux pauvres, c'est du gâchis ; quand on donne aux riches, c'est de l'investissement.
De ce côté, depuis un an, vous avez énormément investi. Votre gouvernement a supprimé l'impôt sur la fortune, diminué la taxe sur les dividendes, et en finira bientôt avec l'exit tax.
Mais c'est pour le bien de la France. Et je suis confiant : le peuple est bon, le peuple est généreux. Après la hausse de la contribution sociale généralisée – CSG –, après la baisse des allocations logement, après la suppression des contrats aidés, le peuple est encore prêt à quelques sacrifices.
Alors, monsieur le ministre, quelles nouvelles mesures comptez-vous prendre pour que tous nos amis fortunés puissent changer leur faïencerie ?