Estelle YoussouffaMa question s'adresse à Mme la Première ministre, car c'est l'action de son gouvernement que je veux questionner. Demain matin, madame, Mayotte sera dans la rue pour hurler de soif, pour vous rappeler que nous survivons à peine sans eau et que l'accès à l'eau potable est un droit, que vous devez nous garantir. Nous n'avons l'eau courante que quelques heures tous les deux ou trois jours, une eau que l'agence régionale de santé s'obstine à déclarer potable, mais qu'il faut faire bouillir avant de la consommer ; une eau puante, marron, mais potable ! L'ARS de Mayotte n'a-t-elle donc rien appris des scandales sanitaires passés ?
Le pack d'eau se vend entre 5 et 12 euros à Mayotte, et une famille de quatre personnes a besoin au minimum de six bouteilles par jour, soit un budget d'environ 300 euros par mois. Alors que votre gouvernement distribue des chèques carburant, quand mettrez-vous en place un chèque eau ? Quand effacerez-vous les factures d'eau que les Mahorais reçoivent parce que l'air fait tourner les compteurs ? Le Gouvernement a distribué 600 000 bouteilles d'eau pour les plus vulnérables. Je vous en remercie, mais quid du reste de la population ? Sans eau, tous les Mahorais ne sont-ils pas vulnérables ? Parlons du risque de typhoïde et de choléra dans notre île, qui compte de nombreux bidonvilles. La crise sanitaire est imminente, alors que notre seul hôpital s'effondre – une centaine de soignants manquent à l'appel dans le plus grand désert médical de France. Nos écoles et lycées ferment faute d'eau dans les robinets, ou à cause de la violence qui a repris, l'opération Wuambushu étant suspendue. Quid de la scolarité de nos enfants ?
Pourquoi ne profitez-vous pas de la sécheresse pour nettoyer les rivières et les retenues collinaires, pour clôturer nos réservoirs d'eau ? Pourquoi n'avez-vous pas commandé des citernes pour équiper tous les foyers mahorais ? Combien de temps Mayotte peut-elle tenir dans l'état actuel des coupures et des réserves d'eau ? Mayotte est en train de basculer en enfer ; le préfet est dépassé. Ma question sera donc la suivante : votre gouvernement a-t-il démissionné à Mayotte ? Sommes-nous, nous, Mahorais, sortis de la République ? Quand votre action sera-t-elle à la hauteur de celle-ci – et de la crise ?