Frank GilettiMa question s'adresse au ministre des armées.
Lancé en 2017 par la France et par l'Allemagne, puis rejoint par l'Espagne, voilà maintenant un an que le programme Scaf – système de combat aérien du futur – est au point mort. Nous semblons perdre de vue le fait qu'au-delà d'une nécessaire convergence de doctrines, une coopération a bien pour premier objectif de servir les armées et non de répondre à l'idée d'une Europe de la défense fantasmée par un président de la République qui est bien le seul à en rêver ! En outre, vous devriez savoir qu'une coopération ne peut fonctionner que lorsqu'on a identifié un maître d'œuvre compétent. Or, à ce stade, le désaccord demeure entre Dassault et la filiale allemande d'Airbus quant au partage des tâches sur la furtivité et les commandes de vol.
À l'heure où la guerre frappe de nouveau le sol européen, je crois nécessaire de rappeler que l'on ne fait la guerre correctement qu'avec les matériels que l'on a conçus soi-même et que coopérer, c'est d'abord garantir son indépendance. C'est pourquoi le Rassemblement national s'oppose fermement à ce projet chimérique qui remet en cause notre souveraineté ! En tant que rapporteur pour avis du budget de l'armée de l'air et de l'espace, je suis particulièrement préoccupé par cette question, d'autant plus que vous avez affirmé très récemment que le Scaf était un projet prioritaire qu'on était assuré de voir aboutir. Or en juin dernier, dans un rapport consacré aux programmes d'armement, le ministère allemand de la défense évoquait la possibilité d'abandonner le programme si aucun compromis n'était trouvé. Cette divergence de discours me semble pour le moins révélatrice de nos désaccords doctrinaux.
Monsieur le ministre, dans un tel contexte géopolitique, cet enlisement n'est-il pas révélateur de la nécessité pour la France de s'affirmer en tant que puissance autonome par le développement d'une politique diplomatique et militaire ? N'est-ce pas un argument suffisant pour qu'enfin soient donnés à notre base industrielle et technologique de défense – BITD – les moyens de fournir à notre armée un avion de combat aérien du futur qui nous soit propre ? La France devra-t-elle encore se soumettre, cette fois-ci militairement, aux exigences d'un voisin trop orgueilleux ou bien, comme le propose le Rassemblement national, réaffirmer sa souveraineté en quittant définitivement le programme Scaf ?