Roger VicotMonsieur le ministre de la santé, selon une étude de Santé publique France publiée hier, la hausse du nombre de personnes souffrant de troubles dépressifs est sans précédent depuis 2017. Cette hausse, plus qu'inquiétante, est particulièrement forte chez les jeunes adultes : la part des étudiants déprimés a doublé en dix ans, pour atteindre plus de 20 %. Elle l'est aussi chez les adolescents : les passages aux urgences des 11-17 ans pour des troubles dépressifs ou suicidaires ont augmenté de 58 %. Les raisons de cette tendance sont parfaitement connues : l'isolement dû aux confinements, les angoisses engendrées par la crise climatique, la précarité croissante, la guerre, etc.
Le budget global consacré à la santé mentale avoisine 110 milliards ; la part consacrée à la pédopsychiatrie s'élève à 1,5 milliard. Un chiffre marginal, bien loin des immenses besoins nécessaires pour faire face à la situation. Les délais d'attente, qui peuvent aller jusqu'à deux ans, sont tout simplement inacceptables pour de jeunes enfants ou des adolescents souffrant de graves troubles du développement.
Un exemple : l'un des centres de l'établissement public de santé mentale de la métropole lilloise a vu sept pédopsychiatres quitter leurs fonctions ces derniers mois. Sept, c'est-à-dire tous ! La direction refuse de les remplacer, sous prétexte que ce serait « contre-productif ».
Chez tout adulte souffrant de troubles mentaux, les premiers symptômes se sont développés avant l'âge de 14 ans. C'est dire l'importance d'une politique qui puisse véritablement anticiper ces phénomènes, pour que nous n'ayons pas à les subir collectivement. C'est dire l'importance, et surtout l'extrême urgence, d'adapter les moyens dérisoires aux besoins immenses. Monsieur le ministre, qu'envisagez-vous à court terme pour faire face à cette situation ?