Mathilde PanotMadame la Première ministre, vous céderez.
Vous céderez car vous ne tenez qu'à neuf voix. Vous céderez car deux Français sur trois souhaitent votre départ. Vous céderez car passer en force contre le peuple, les syndicats, le Parlement, relève d'une folie. Vous céderez car le risque d'un débordement de colère est déjà trop grand. Vous céderez car la police seule ne parviendra pas à faire régner l'ordre. Vous céderez car un caprice du Président ne mérite pas de menacer la paix civile d'un pays. Vous céderez car votre réforme des retraites relève d'un choix politique et qu'il est possible d'en faire un tout autre. Vous céderez car, au fond, vous enlisez le pays dans une crise de régime inutile. Vous céderez car nous serons nombreux, jeudi, pour la censure populaire et toujours plus nombreux encore. Vous céderez car la dignité des gens n'a pas de prix. Oui, vous céderez, car il n'y aura pas de retour à la normale possible sans céder.
Vous céderez. Mais alors, qu'est-ce que vous laisserez ? Vous céderez mais vous aurez abîmé comme rarement la parole politique ; instrumentalisé la Constitution à des fins autoritaires ; dévoyé comme jamais la démocratie parlementaire, confondue avec une roulette russe, quand ce n'est pas avec un jeu de pile ou face ; bafoué la démocratie sociale en traitant les syndicats comme des figurants ; attaqué le droit de grève et de manifestation à coups de réquisitions et de répression ; fait honte à la France à l'international. Vous céderez. Et, au moment où vous céderez, il sera déjà trop tard car, de votre pouvoir, il ne restera que des débris.
Madame la Première ministre, un peu de courage ! Il ne reste à Emmanuel Macron plus beaucoup d'options : retrait du texte ou retour devant le peuple. Combien de temps le Président de la République va-t-il encore nous faire perdre avant de céder ?