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la présidente

La parole est à M. Alexis Corbière.
Alexis Corbière

Monsieur le ministre de l'éducation nationale, jeudi 4 mai, le Président de la République a annoncé un profond bouleversement de l'enseignement professionnel.

Avec emphase, il a déclaré « ce n'est pas simplement une réforme, c'est une cause nationale. » Certes, l'enseignement professionnel, qui accueille un tiers des lycéens, le mériterait. Mais votre projet n'est pas une cause, c'est une casse nationale !

Si nous vous laissons faire, vous allez briser la spécificité de notre enseignement professionnel qui, malgré des difficultés, mérite beaucoup plus.
Charles Sitzenstuhl

Quel mépris de classe ! Quel mépris pour la filière professionnelle !
Alexis Corbière

Vos annonces sidèrent par les dégâts qu'elles vont causer ; elles illustrent surtout une méconnaissance totale de la réalité. Dans de nombreux médias, vous avez annoncé qu'il s'agissait de rapprocher le lycée professionnel du monde de l'entreprise. Mais c'est déjà le cas !

Tous les diplômes de l'enseignement professionnel – tous, sans exception – doivent avoir été validés au sein de commissions où siègent les organisations patronales des branches professionnelles. C'est aussi le cas pour la carte des formations. Pourquoi faire croire le contraire ? Dans quel but ?

Alors que tous les élèves de terminale ont déjà huit semaines de stage, vous proposez d'en ajouter 50 %, sans la moindre justification pédagogique. Votre modèle semble être celui de l'apprentissage contre la formation publique. Pourtant, quand trois élèves sur quatre sous statut scolaire arrivent au baccalauréat, ce n'est le cas que deux apprentis sur cinq…
Danielle Simonnet

Exactement !
Alexis Corbière

Vous annoncez de fumeux bureaux des entreprises dans les lycées professionnels. En vérité, ils ne serviront qu'à répondre aux besoins immédiats et à courte vue du patronat !

Vous proposez une rémunération supplémentaire aux enseignants, mais, vous recyclez le slogan éculé de Sarkozy – travailler plus pour gagner plus. J'ignorais d'ailleurs que vous étiez d'accord avec lui – je vous ai connu à une autre époque…

Vous annoncez une gratification pour les élèves. Nous y sommes favorables, mais pas avec de l'argent public ! En résumé, nous ne vous laisserons pas faire dans les lycées professionnels ce que vous avez fait pour les retraites ! Retirez votre réforme !
la présidente

La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l'enseignement et de la formation professionnels.
Carole Grandjean,
ministre déléguée chargée de l'enseignement et de la formation professionnels.
« L'enseignement professionnel doit d'abord être crédible dans les entreprises pour déboucher sur des emplois. »
Sébastien Chenu

Pas comme le Gouvernement !
Carole Grandjean,
ministre déléguée .
Il ne s'agit pas d'une citation de la majorité, mais de Jean-Luc Mélenchon, alors ministre de l'enseignement professionnel, en 2000.

Ce qu'il n'a pas fait, nous allons le faire. Notre ambition est claire : faire de la voie professionnelle une voie qui insère, une voie de choix, une voie d'excellence. Pour cela, nous allons rapprocher l'école de l'entreprise et nous l'assumons.
Erwan Balanant

Arrêtez de couper la parole aux femmes !
Carole Grandjean,
ministre déléguée .
La voie professionnelle doit être professionnalisante. Elle doit ouvrir des possibilités.
la présidente

S'il vous plaît, mes chers collègues, un peu de silence.
Carole Grandjean,
ministre déléguée .
En réalité, nous allons réparer cette méconnaissance des entreprises et développer le réseau professionnel des jeunes, dont la faiblesse est un obstacle majeur dans l'accès au premier emploi. Nous allons mettre les moyens qu'il faudra pour accompagner les élèves : gratification des périodes de formation en milieu professionnel et augmentation du nombre de semaines de stage, avec un montant de gratification allant de 600 à 1 200 euros pour certains élèves en terminale.
Jean-François Coulomme

Sur le budget de l'éducation !
Carole Grandjean,
ministre déléguée .
Cette mesure, mesdames et messieurs les députés de La France insoumise, M. Mélenchon l'a proposée lorsqu'il était ministre. S'il avait mis autant de fougue au sujet des lycées professionnels qu'il en déploie dans les vaines polémiques, nous aurions peut-être avancé ! Emmanuel Macron l'avait annoncé et, lui, il le fait.
Clémence Guetté

Laissez-nous faire !
Carole Grandjean,
ministre déléguée .
Non, nous ne renonçons pas à la scolarisation des jeunes pour autant. Au contraire, nous allons corriger les fragilités des élèves au lycée professionnel. Les matières fondamentales seront donc renforcées dès la rentrée 2023, puis à la rentrée 2024, grâce notamment à des groupes à effectifs réduits, permettant de mieux accompagner les élèves en mathématiques et français.

Vous le voyez, nous ne nous satisfaisons pas du statu quo qui conduit nos jeunes à l'échec. Nous défendons une réforme ambitieuse et le Gouvernement investit plus d'un milliard d'euros supplémentaires par an. Notre objectif est clair : zéro décrochage, 100 % d'insertion !
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