CRACK DANS LE NORD-EST PARISIEN
Mme la présidente. La parole est à Mme Sarah Legrain, pour exposer sa question, n° 107, relative au crack dans le nord-est parisien.
Mme Sarah Legrain. Par courrier en date du 18 novembre 2022, j'ai interpellé M. le ministre de la santé et de la prévention au sujet des scènes de consommation de crack à ciel ouvert dans le nord-est parisien, en particulier dans ma circonscription qui s'étend sur une grande partie du 19e arrondissement, dont la porte d'Aubervilliers, la porte de La Villette et la porte de Pantin. Sauf erreur, cette lettre au ministre est restée sans réponse ; je l'interroge donc aujourd'hui solennellement par votre intermédiaire, madame la ministre déléguée, sur sa stratégie face à la crise du crack, avec l'espoir que vous pourrez répondre à sa place. En effet, depuis sa nomination, M. Braun s'en tient au silence radio à ce sujet.
À toutes fins utiles, récapitulons les événements. Le 5 novembre dernier, grâce à la mobilisation des riverains, le campement de Forceval a été démantelé après un an de pourrissement intenable de la situation, qui n'aurait pourtant dû durer que quelques heures, selon M. Darmanin lui-même. Sur plus de 500 personnes évacuées, la préfecture a annoncé en avoir hébergé 71, avec possibilité d'un accompagnement médico-social et administratif. Mais les usagers de drogue continuent d'errer dans le nord-est parisien. Nous assistons partout à des microscènes de consommation à ciel ouvert ; cet état de fait provoque une souffrance indicible chez les consommateurs comme chez les riverains, dont le quotidien vire au cauchemar. En définitive, cette évacuation a donc ressemblé à toutes les précédentes : une dispersion
manu militari sans concertation avec les acteurs locaux, les élus ou les associations de terrain, et surtout sans le moindre espoir de faire cesser l'errance des usagers de drogue, faute de dispositif sanitaire et social adapté.
Le préfet de police de Paris, que j'ai rencontré en octobre, semble convaincu, lui aussi, que les moyens sécuritaires ne sauraient suffire et qu'il est impossible de mettre un terme à des décennies de crise du crack sans déployer stratégiquement des moyens médico-sociaux. Toutefois, il n'a pu faire autrement que de me renvoyer à de futurs arbitrages gouvernementaux dont j'ignore tout. Tout comme les associations et les riverains, je déplore le manque de transparence quant au contenu du futur plan crack annoncé. En tant que députée, je regrette de n'être pas associée aux discussions. J'entends parler d'arbitrages qui restent à effectuer ; est-ce trop demander que de connaître la position du ministre de la santé et de la prévention en la matière ? Faut-il déduire de son silence et de l'omniprésence du ministre de l'intérieur que ce sujet de santé publique ne suscitera jamais qu'une approche répressive et sécuritaire qu'on sait pourtant vouée à l'échec ?
Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre déléguée chargée des personnes handicapées.
Mme Geneviève Darrieussecq, ministre déléguée chargée des personnes handicapées. Le ministre François Braun, qui regrette de ne pouvoir être présent ce matin, m'a priée de vous répondre à sa place. La crise liée à la présence des consommateurs de crack dans le nord-est parisien et les communes environnantes constitue pour le Gouvernement un sujet de préoccupation constant pour la tranquillité des riverains, mais surtout pour la santé publique. Le Gouvernement travaille depuis plusieurs années à la mise en œuvre de solutions concrètes et adaptées aux problématiques multiples que recouvre ce phénomène. Ces dernières années ont été marquées par une mobilisation forte et un travail collectif de tous les acteurs concernés : amplification des interventions auprès des usagers de drogue, mise à l'abri des personnes, renforcement de l'accompagnement médico-social, ou encore amélioration de l'accès aux soins psychiatriques grâce à des équipes dédiées. Même s'il n'a pas mis fin aux errances des usagers ni aux tensions qui en résultent, ce plan représente une première étape.
Le Gouvernement a également manifesté son investissement en faisant évacuer par les forces de l'ordre le site de Forceval. Dans ce contexte, le ministère de la santé et l'ARS (agence régionale de santé) Île-de-France se sont mobilisés pour renforcer le dispositif Assore – accès aux soins, aux droits sociaux, à l'orientation et à la réinsertion ensemble –, qui a bénéficié de financements supplémentaires : ce programme d'hébergement et d'accompagnement social accueille désormais 600 personnes. Il leur offre la possibilité d'une prise en charge addictologique, y compris dans d'autres régions, ce qui permet à des consommateurs volontaires de s'éloigner de leur lieu de consommation.
Face à un sujet si complexe concernant une population très vulnérable et précaire, nous devons proposer des solutions multiples, souples et évolutives. Le plan crack s'est concrétisé par l'instauration d'un continuum de prise en charge médico-sociale intégrant différents dispositifs adaptés à la diversité des profils, de la maraude sociale à l'hébergement médicalisé en passant par les espaces de repos et l'hébergement accompagné. Ce travail ne peut se faire que grâce à l'étroite collaboration entre les ministères concernés, les services de l'État sur le terrain – préfecture de police, préfecture de région, ARS –, mais également la Mildeca – mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives – et les collectivités territoriales. Enfin, il doit s'effectuer en lien avec les professionnels d'accompagnement et de santé, et, bien entendu, en lien constant avec les riverains qui subissent quotidiennement les effets néfastes de cette situation.
Mme la présidente. La parole est à Mme Sarah Legrain.
Mme Sarah Legrain. Malheureusement, vous n'avez pas répondu aux questions centrales que tout le monde se pose, qu'il s'agisse des riverains, des membres d'associations ou des acteurs médico-sociaux : des haltes soins addictions (HSA) seront-elles ouvertes ? Si oui, combien ? Comment seront-elles réparties sur le territoire ? Feront-elles l'objet d'une concertation avec la population ? S'accompagneront-elles de possibilités d'hébergement ? Vous promettez « des solutions multiples, souples et évolutives », mais il nous faut du concret ! Par ailleurs, je réitère ma demande légitime d'être associée en tant que députée aux solutions qui seront mises en œuvre sur le terrain.