Dominique PotierComme vous tous, je suis sensible à la situation des agriculteurs qui subissent la sécheresse. Je voudrais qu'elle nous aide à réfléchir à une autre nouvelle publiée la semaine dernière par la FAO – Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture : la progression de la faim dans le monde pour la quatrième année consécutive. Plus de 2 milliards d'individus sont en situation d'insécurité alimentaire, 821 millions sont sous-alimentés.
Cette situation est aggravée par le changement climatique ; tous les experts l'affirment. On peut dès à présent citer le rapport du GIEC – groupe intergouvernemental d'experts sur le changement climatique – qui sera publié officiellement le 8 août, ou l'étude prospective Agrimonde-Terra, élaborée par des scientifiques du Cirad – centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement – et de l'INRA – Institut national de la recherche agronomique.
Toutes les études montrent que le changement climatique va augmenter la difficulté de résolution de l'équation qui réunit 10 milliards d'habitants et des terres arables parfois inondées ou asséchées.
Dans un tel contexte, nous devons nous tourner vers le grand Edgard Pisani, selon qui nous aurons besoin de toutes les agricultures du monde pour nourrir la population : l'agropastoralisme masaï, les jardins flottants du Bangladesh, les oasis de l'Atlas marocain, les terrasses andines et les 5 millions d'hectares de systèmes herbagers exploités par les 85 000 éleveurs allaitants de France ! Nous aurons besoin de toutes les terres et de tous les paysans du monde !
Aussi, au ministre des affaires étrangères, qui propose de réfléchir avec son homologue allemand à un nouveau multilatéralisme innovant, je fais une suggestion : excluez-en les échanges agricoles ! Nous devons désormais éviter de rendre les agricultures prédatrices les unes des autres ; il faut additionner nos ressources, pour tendre vers la paix dans le monde – et lutter à l'échelle internationale pour faire partager cette position ! Il s'agit de défendre la dignité des producteurs et des consommateurs, qu'ils vivent au bout de la rue ou au bout du monde.
C'est pourquoi nous devons refuser aujourd'hui de voter le CETA, qui crée - en particulier les articles 26 et 30 - un déséquilibre susceptible de mener à l'appauvrissement de la planète, alors que nous devons unir nos forces pour sauver la Terre.