Christian Baptiste En tant que rapporteur spécial du budget des outre-mer, j'ai pris la mesure de l'ampleur des coupes annoncées. Ces réductions, qui s'élèvent à 400 millions en autorisations d'engagement et 250 millions en crédits de paiement par rapport à 2024, sont bien plus que des ajustements budgétaires. Elles représentent une rupture avec l'idée même de solidarité et avec la promesse républicaine de protection et de justice pour tous. Ces chiffres, que l'on nous présente comme des solutions d'économie, sont en réalité des armes silencieuses qui frappent nos enfants, nos malades, nos familles, nos plus vulnérables. C'est à vous, monsieur le premier ministre, qu'il appartient de décider si ces armes feront des victimes – si elles tueront des projets, des vies, des espoirs.
Comment, dans un pays qui se revendique solidaire, accepter que près de 60 % des élèves ne soient pas accueillis dans des bâtiments aux normes sismiques ? Le plan séisme Antilles, censé garantir leur sécurité, est aujourd'hui réduit à peau de chagrin. Et ce n'est pas tout : la réduction de l'aide au fret, qui affecte l'accès aux biens de première nécessité, brisera davantage les épaules de nos populations qui luttent contre la vie chère, l'isolement géographique et l'inégalité. En coupant ces aides vitales, vous condamnez des milliers de familles à souffrir encore plus.
J'ai fait mon travail : j'ai interpellé votre ministre des outre-mer et celui du budget et des comptes publics, j'ai défendu des amendements et j'ai mené un dialogue. Mais aujourd'hui, la décision vous appartient. Vous êtes celui qui, en dernier ressort, devra choisir entre la solidarité que vous prônez ou l'indifférence qui tue. Vous êtes celui qui pourra, d'un simple geste, décider si l'outre-mer restera une promesse de la République ou deviendra une terre abandonnée, sacrifiée sur l'autel de la comptabilité. Ma question est donc simple : défendrez-vous l'humain en rétablissant les crédits de la mission outre-mer ou céderez-vous…