Sarah Legrain Monsieur le premier ministre, après avoir relégué le ministère des droits des femmes au rang de secrétariat d'État, vous vous êtes exprimé hier à l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes. C'est donc à vous que je demanderai des comptes.
Voilà sept ans que #MeToo n'en finit pas de déferler sur notre société. Samedi, nous étions 100 000 dans la rue pour en finir avec la culture du viol et cesser de compter nos mortes. Voilà sept ans que nous n'en finissons pas d'applaudir les Adèle, les Gisèle et toutes nos sœurs qui se lèvent, qui n'ont plus peur ; sept ans qu'Emmanuel Macron fait de nous sa « grande cause » et que nous entendons : « Cause toujours ! »
Une coalition d'associations demande une réponse globale contre les violences sexuelles, comme en Espagne ? Cause toujours, vous improvisez une énième cellule gouvernementale, gribouillez un plan dérisoire, bricolez des annonces contradictoires. Même votre mesure phare, le dépôt de plainte dans les hôpitaux, a dû être rectifiée, faute d'être financée. La Fondation des femmes évalue les besoins à 2,6 milliards d'euros ? Cause toujours, vous imposez 60 milliards d'économies et balayez les 600 millions d'euros adoptés en commission pour financer la lutte contre les violences sexuelles ; faute de compensation de la prime Ségur, les centres d'information sur les droits des femmes annoncent déjà leur fermeture. Le Planning familial réclame une véritable éducation à la sexualité, décisive pour la détection et la prévention des violences ? Cause toujours, vos ministres réactionnaires sont incapables d'appliquer la loi et restent muets face aux pressions de leurs amis. La Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants alerte l'opinion sur l'omniprésence de l'inceste ? Cause toujours, on vire le juge Durand, on glorifie l'autorité paternelle, on explique aux mères isolées qu'on va automatiser la garde partagée. Cinq cents féministes vous enjoignent d'aller dans le sens de l'histoire, de prolonger l'œuvre de Gisèle Halimi et d'inscrire le consentement dans la loi ? Cause toujours, vous êtes soi-disant pour, mais vous rejetez mon texte en commission et empêchez son examen en séance en déposant 1 000 amendements ridicules sur le texte d'abrogation de la retraite à 64 ans.
Monsieur le premier ministre, vous avez déclaré à propos du procès de Mazan qu'« il y aura un avant et un après ». Toutefois, pour que la honte change de camp, faut-il attendre l'après-Barnier ?