Boris Tavernier Un tiers des étudiants doit s'y résoudre. Avez-vous déjà fait la queue à une distribution alimentaire ? Un étudiant sur cinq y a déjà eu recours. Avez-vous déjà dû mentir pour louer un appartement ? Avez-vous déjà commencé le mois avec 50 euros en banque ? Avez-vous déjà renoncé à chauffer votre logement ? Près d'un étudiant sur quatre y est contraint : c'est le chauffage ou le porte-monnaie. Ici, nulle sobriété heureuse, nulle conviction écologique. On parle d'avoir froid en hiver. On parle crûment de pauvreté.
Savez-vous ce que signifie la privation, qu'elle soit matérielle, culturelle ou sociale ? C'est se priver de recevoir des amis à dîner ou de se rendre à un anniversaire par crainte de ne pas pouvoir l'assumer financièrement.
Car oui, ce qu'on appelle pudiquement précarité étudiante, c'est de la pauvreté. Or la pauvreté, c'est de la violence – sur les corps, sur les esprits, sur la vie.
Vous me répondrez certainement : « Crous à 1 euro » ou « logements étudiants ». Très bien mais alors allez-y franco ! Étendez l'accès aux repas à 1 euro. Faites en sorte que ce soit bon. Construisez massivement des logements étudiants, salubres et accessibles.
Une fois qu'on a dit cela, quid des autres jeunesses : ouvrière, employée, privée d'emploi, rurale, autant de populations qui ne fréquentent pas les Crous ? Les jeunesses sont différentes mais ont un point commun : la précarité, aussi bien en matière d'emploi que d'accès au logement de finances.
Au fond, que vous ayez vécu ou non ces précarités n'est pas la question. Ces violences sont le quotidien de millions de jeunes en France. Dès lors, il nous faut une véritable politique universelle à destination des jeunes ; oui, une politique qui ne fasse pas d'eux la variable d'ajustement de la société.
Alors je vous le demande : que proposez-vous à la jeunesse de ce pays ?