Michel Barnier, Premier ministre . Je vous remercie beaucoup pour votre question. Comme vous venez de le dire, ce sujet est si grave qu'il est bien normal que vous, qui êtes engagée personnellement et professionnellement en la matière, puissiez travailler avec plusieurs de vos collègues – j'en connais certains –, au-delà des différences, voire des divergences politiques. On observe d'ailleurs la même détermination et la même disponibilité au Sénat.
Avec la ministre de la santé et de l'accès aux soins, ainsi qu'avec l'ensemble du Gouvernement, nous aurons besoin de vous pour mener à bien notre action.
La situation de la santé mentale se traduit par des chiffres mais, derrière ces chiffres, il y a des hommes et des femmes atteints de troubles psychiques, notamment un très grand nombre de jeunes. On compte, parmi ces derniers, 9 000 suicides par an – je ne suis même pas sûr que les données soient parfaitement exactes. Un Français sur cinq connaît des problèmes de santé mentale à un moment ou à un autre de sa vie – nous le savons tous.
Je pourrais aussi évoquer les chiffres de l'assurance maladie, dont les crédits consacrés à ce domaine ont été beaucoup augmentés depuis cinq ans, ou encore l'action menée par le précédent gouvernement, avec M. Attal et M. Valletoux – vous l'avez rappelé –, pour faciliter l'accès des jeunes à un psychiatre ou à un psychologue.
Tant de problèmes se posent en matière de santé mentale, qu'il s'agisse de la prévention, de la rupture du parcours de soins ou encore de l'accueil en urgence des jeunes à l'hôpital. Si j'en parle ainsi, c'est parce que j'y ai été confronté dans ma famille. Des familles sont désespérées parce qu'elles ne parviennent pas à trouver un lieu d'accueil d'urgence, y compris pour des malades adultes.
Je sais, comme vous, que des solutions existent. Elles passent par l'éducation, par le sport, par l'insertion par le travail. Sans vouloir en faire une affaire familiale, je tiens à dire que j'ai eu une mère – j'espère que, là où elle est, elle m'écoute – qui a consacré trente-cinq ans de sa vie à l'Unafam, l'Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques. Elle a créé des foyers – l'un, à Aix-les-Bains, porte d'ailleurs son nom. Je pourrais aussi citer un établissement et service d'aide par le travail dans La Chartreuse, où j'ai vu des jeunes malades retrouver une fierté et un sentiment d'utilité, se sentir valorisés en fabriquant du fromage.
Cette cause me touche au plus profond de moi. C'est pourquoi j'ai proposé que la santé mentale soit élevée au rang de grande cause nationale, pas seulement pour 2025 mais pour la période à venir.