Emmanuel Blairy Je souhaite aborder la question de l'égalité dans nos territoires, notamment s'agissant des personnes en situation de handicap ou du moins présentant certains troubles, trop souvent privées de structures et de dispositifs essentiels à leurs besoins, particulièrement en milieu rural. Tout le monde connaît nos brillants athlètes paralympiques que sont Aurélie Aubert, Léa Ferney ou encore Alexandre Léauté, mais trop peu ont la chance de connaître Estelle ou Romain.
Estelle habite Estrée-Wamin, dans ma circonscription. C'est une jeune femme brillante, pétillante, de 25 ans qui aspire à une seule chose : se rendre utile aux autres. Mais elle est contrainte, chaque jour, de faire une heure de route pour rejoindre un centre spécialisé. Là-bas, faute de structures différenciées et adaptées, elle se retrouve à partager des activités avec des personnes bien plus âgées qu'elle. Cela peut certes être intéressant, mais Estelle voudrait partager encore plus et avec tous, peu importe l'âge ou la catégorie sociale. Faute de structures adaptées pour l'accompagner dans ses projets, elle voit sa vie de femme prise dans un étau social qui ne lui donne aucune perspective. Elle confie régulièrement son désir d'entreprendre, une ambition légitime et qui n'est pourtant pas réalisable.
Et que dire de Romain ? Il a 12 ans, habite Ostreville et fait face à des difficultés d'accès pour les personnes à mobilité réduite. Chaque année, ses parents organisent des événements autour de leur association Un pour tous, tous pour Romain, afin d'acheter des matériels spécifiques très peu remboursés. Cette association tente de financer des équipements adaptés aux familles, ce qui révèle l'insuffisance du soutien institutionnel. Comme toutes les autres, celle-ci mérite, ici, d'être saluée.
À Écourt-Saint-Quentin, le cas de Jules est loin d'être isolé. Jules a 11 ans. Il est actuellement exclu de tout cadre éducatif, cela depuis juin 2024, malgré ses capacités.
Ces exemples illustrent les graves défaillances de notre système quand il s'agit d'intégrer les enfants aux besoins spécifiques. Ils mettent en lumière trois problèmes majeurs : le manque cruel de lieu spécialisé en milieu rural, qui prive les jeunes en situation de handicap d'un accompagnement de proximité ; l'absence de dispositif valorisant et adapté ; la difficile intégration des enfants ayant des troubles du comportement et exclus faute de solution adéquate ou de places disponibles.
Dès lors, quels moyens concrets le gouvernement compte-t-il allouer pour répondre à cette triple injustice et pour garantir un accès équitable aux structures spécialisées et à des dispositifs de remboursement efficaces pour les matériels indispensables à l'autonomie des personnes handicapées ? Nous ne pouvons pas continuer à laisser ces personnes sur le bas-côté, en marge de la société. Elles sont dans le silence et je porte leur voix aujourd'hui.