La France, ainsi que les autres pays membres de l'Union européenne, sont de longue date opposés à la chasse commerciale à la baleine et sont également défavorables à la chasse scientifique, estimant que les méthodes létales ne sont plus nécessaires à la science pour étudier les cétacés. Le Japon a annoncé le 26 décembre dernier son retrait de la Commission baleinière internationale (CBI), à compter du 30 juin 2019. La France regrette ce retrait, mais il reflète et résulte également la volonté affichée d'une majorité des Etats membres la Commission de ne pas rouvrir la chasse commerciale (quotas fixés à zéro en 1982, souvent appelés "moratoire sur la chasse commerciale"), y compris pour les stocks qui ne seraient pas compromis par une chasse durable. En effet, c'est parce qu'il a fait le constat qu'il ne parviendrait pas à rassembler la majorité des des Etats votants nécessaire pour faire évoluer les quotas et qu'il estimait que la Commission ne respectait plus son mandat initial (gestion durable de la chasse) que le Japon a décidé de s'en retirer. En se retirant de la CBI, le Japon se libère des obligations de déclaration de ses captures et de transparence sur ses pratiques de chasse, ce qui peut être considéré comme une menace supplémentaire sur les populations de baleines en général. Le Japon se redonne la possibilité de pratiquer une chasse dans sa ZEE mais renonce de facto à la possibilité de chasser sous permis scientifique en haute mer (Antarctique et Pacifique), zone qui relève du mandat de la CBI. La France et l'Union européenne seront bien entendu extrêmement attentives au choix des espèces et aux quotas fixés par le Japon pour cette chasse dans les eaux nationales. Elles seront également attentives à ce que le Japon applique le même degré de rigueur dans la gestion et les méthodes de chasse (instruments, temps de mise à mort, etc) que celui exigé de la Norvège et l'Islande, pays avec lesquels l'UE a également signé des accords de libre-échange, tout comme avec les Etats-Unis ou le Canada, pays pratiquant la chasse baleinière autochtone. Par ailleurs, il convient de rappeler que le comité scientifique de la CBI est chargé de la surveillance de l'état de l'ensemble des stocks de cétacés à travers le monde, avec une priorité donnée aux stocks faisant l'objet d'une chasse. En effet, la CBI est devenue au cours des décennies bien plus qu'une organisation de gestion des chasses baleinières. C'est un formidable instrument d'évaluation scientifique de l'état de conservation de tous les cétacés dans le monde entier, pas uniquement ceux dont elle a la charge d'assurer la gestion des chasses. Son comité scientifique est unanimement reconnu pour son efficacité et la crédibilité de ses travaux sur les pollutions, collisions, captures accidentelles, dérangements, réchauffement climatique, avec le risque de disparition des espèces et populations en danger d'extinction. Le comité de conservation, institué en 2003, collabore étroitement avec le comité scientifique pour répondre aux menaces pesant sur les baleines et leurs habitats, mais se concentre quant à lui sur les aspects de gestion. Le retrait japonais doit être l'occasion pour les pays restants de reconsidérer les contours et les missions de l'organisation pour les mettre davantage en accord avec les priorités de conservation des cétacés, portant sur les pressions autres que la chasse : pollutions, collisions, captures accidentelles, dérangements, réchauffement climatique…