FILIÈRE DE L'IMPRIMERIE
Mme la présidente . La parole est à M. Yannick Favennec-Bécot, pour exposer sa question, no 367, relative à la filière de l'imprimerie.
M. Yannick Favennec-Bécot . La filière de l'imprimerie française traverse une crise profonde et silencieuse, qui fragilise ce secteur essentiel à notre souveraineté industrielle et à la vitalité de nos territoires. Dans mon département, la Mayenne, cette crise est devenue palpable.
Les entreprises du secteur, souvent des PME indépendantes, font face à une accumulation de difficultés : allongement des délais de paiement, qui asphyxie leur trésorerie ; baisse structurelle de la demande, liée à la dématérialisation ; explosion du coût des matières premières, notamment du papier et de l'énergie ; concurrence déloyale venue de l'étranger. À cela s'ajoute une menace croissante : la délocalisation insidieuse de la production imprimée vers d'autres pays européens à bas coût. Allons-nous attendre que le prix Goncourt soit imprimé à l'étranger – non par choix culturel, mais pas résignation économique – pour réagir ? Ce serait un aveu d'échec.
Pourtant, ces entreprises sont des piliers dans nos territoires. En Mayenne, plus de 130 imprimeries sont implantées, parfois depuis plusieurs générations. L'imprimerie Floch, par exemple, imprime régulièrement des prix littéraires. Elle incarne un savoir-faire reconnu et une capacité industrielle de premier plan. Mais l'excellence de ces établissements ne suffit plus à garantir leur pérennité. L'imprimerie Corlet Roto, autre acteur historique de mon territoire, cessera ses activités à la fin du mois de juin, faute d'avoir pu résister à la pression économique.
Ces entreprises représentent des centaines d'emplois directs, une compétence technique précieuse et un tissu économique vivant. Mais aujourd'hui, elles peinent à investir, à se moderniser, à faire leur transition énergétique. Elles se battent seules.
Avec les professionnels et les élus locaux de mon territoire, nous vous demandons l'ouverture d'un dialogue structuré entre les éditeurs et les imprimeurs, sous l'égide du Médiateur des entreprises, afin de mieux réguler les relations commerciales. Nous vous demandons aussi l'instauration de dispositifs ciblés de soutien à l'investissement, assortis d'un accompagnement à la hauteur des enjeux. Le gouvernement va-t-il laisser la filière française de l'imprimerie et des industries graphiques s'éteindre à petit feu ? Quelles mesures concrètes entend-il prendre pour soutenir ce secteur, en particulier dans les départements industriels ruraux tels que la Mayenne ?
Mme la présidente . La parole est à Mme la ministre chargée des comptes publics.
Mme Amélie de Montchalin, ministre chargée des comptes publics . Je fais le lien entre votre question relative à l'imprimerie et une annonce intervenue ce week-end concernant le secteur amont : l'État va entrer au capital, pour 27 millions d'euros, de l'usine de pâte à papier Chapelle Darblay. Cela montre bien qu'il s'engage en faveur de l'ensemble de la filière.
L'imprimerie est une filière essentielle pour la culture de notre pays. Vous avez évoqué les prix littéraires, en particulier le prix Goncourt. Vous insistez sur la nécessité d'accompagner l'investissement des imprimeries sur le territoire national, pour qu'elles puissent moderniser leurs moyens de production, se décarboner et maintenir leur compétitivité, donc leurs emplois.
Sachez que le gouvernement est pleinement engagé dans le soutien à une industrie française forte, résiliente, compétitive et durable. Il a ainsi engagé 54 milliards d'euros dans le cadre du plan France 2030 pour soutenir les filières industrielles. Les imprimeries sont tout à fait éligibles aux appels à projets lancés en ce sens, notamment à ceux qui portent sur la décarbonation. Nous vous invitons donc à les relayer auprès de ces entreprises, à qui ils pourraient se révéler bénéfiques.
De nombreux industriels français de la production de papier ont bénéficié de soutiens massifs. Surtout, les récents progrès dans les négociations entre EDF et les industriels sur les contrats d'approvisionnement en électricité devraient profiter à la filière et, par suite, aux imprimeurs qui en sont les clients et consomment, eux aussi, beaucoup d'électricité.
Vous soulignez en outre l'intérêt d'une saisine du Médiateur des entreprises, compte tenu des difficultés dans les relations commerciales entre éditeurs et imprimeurs. Je vous confirme que le recours au Médiateur peut être utile lorsque les relations commerciales deviennent source de tensions. Dans le cas présent, vos préoccupations concernent les pratiques contractuelles, notamment en matière de délais de paiement et de pression tarifaire. Elles sont légitimes, car des difficultés de cette nature risquent d'affecter la stabilité économique des entreprises en question.
Véronique Louwagie, ministre déléguée chargée du commerce, de l'artisanat, des petites et moyennes entreprises et de l'économie sociale et solidaire, et son cabinet se tiennent à votre disposition et à celle des acteurs afin d'apprécier dans quelles conditions le Médiateur pourrait être saisi. Une telle initiative, si elle était retenue, est susceptible de rétablir un dialogue constructif entre les acteurs concernés et permettrait aussi d'aborder la difficulté d'accès des imprimeurs au secteur bancaire, dont vous avez fait état.
Vous l'avez compris, le gouvernement veillera à créer les conditions nécessaires pour que l'activité des imprimeurs mayennais se poursuive. Comme vous, j'estime regrettable que certains se résignent à ce que nos grandes œuvres littéraires soient imprimées à l'étranger. Il y va de l'avenir de toute la filière du livre, de la production de papier – j'ai évoqué la papeterie Chapelle Darblay – aux librairies – elles ont bénéficié, elles aussi, d'un large soutien depuis la crise du covid-19. Elle doit demeurer une filière d'excellence et de rayonnement.