Aurélien PradiéMadame la garde des sceaux, elle s'appelle Aîda. Chaque jour ou presque, elle essuie les coups de son compagnon. Ce soir-là est plus sombre. Aîda fuit. Elle appelle le 115, alerte des amis. Elle ne trouve pas de secours. Alors Aîda revient à son domicile. Son bourreau la frappe. Puis la défenestre. Il la jette du deuxième étage. Aîda ne se relèvera que paraplégique. Son bourreau est condamné par la cour d'assises à quinze ans de prison. C'est un criminel.
Très vite, les avocats se tournent vers le fonds de garantie des victimes : 90 000 euros pour une vie brisée. Si peu ! Débute un nouveau calvaire, celui de l'administration. Le fonds ne répond pas. Il perd le dossier, puis vient l'affront : le fonds considère qu'Aîda est en partie coresponsable des coups qu'elle a reçus, parce qu'elle est revenue au domicile. Elle ne serait indemnisée qu'en partie. Ils osent mettre entre guillemets le mot « victime ». Une honte !
Cette décision révoltante a été admise par les cinq représentants des cinq ministres qui siègent au Conseil d'administration du fonds. Qu'avez-vous fait ? Avez-vous demandé des comptes à vos représentants ? Avez-vous démis ceux qui ont fauté ? Avez-vous agi ?
Marlène Schiappa a beaucoup promis. Elle a beaucoup twitté, comme d'habitude. Et après ? Entre le brouhaha médiatique d'une secrétaire d'État et le mutisme d'une garde des sceaux, il reste les victimes, bien seules face à leur drame.
Aîda porte en réalité le prénom de milliers de femmes victimes de violence. C'est l'ensemble de notre système qu'il nous faut revoir, loin des lois cosmétiques ou des opérations de communication.
Il faut réellement mettre en sécurité les victimes, réformer ce fonds de garantie, rendre immédiates les indemnisations, accélérer les procédures. Madame la ministre, qu'attendez-vous pour vous attaquer au fond des choses ?