Jean-Félix AcquavivaMonsieur le ministre de l'intérieur, les incendies ravagent nos forêts, non plus seulement en été, mais aussi en hiver, en plein mois de février. Pour ces dernières semaines, le bilan est très lourd. Plus de 6 000 hectares, en tout, sont partis en fumée en Corse, dans le Nebbiu, le Cap Corse et surtout à Bavedda – comme le disait mon collègue Paul-André Colombani, la semaine dernière, les aiguilles de Bavedda sont un peu notre cathédrale Notre-Dame à nous.
Ces incendies hivernaux ne sont pas les premiers ; 2 000 hectares ont été ravagés durant l'hiver 2018. La Corse et les régions méditerranéennes deviennent des brasiers ; l'urgence est extrême.
Ce n'est plus un phénomène exceptionnel, à cause du dérèglement climatique et de ses conséquences, du dépeuplement de nos villages, mais aussi de l'indivision, qui freine toute politique de prévention efficace.
Je rends hommage, une fois de plus, aux sapeurs-pompiers des services départements d'incendie et de secours – SDIS – de Corse-du-Sud et de Haute-Corse, aux sapeurs-forestiers, à la sécurité civile, et aux renforts venus du continent, qui ont risqué leur vie, en opérant dans des conditions difficiles avec des vents violents dépassant 150 kilomètres à l'heure.
Pour le Midi et la Corse, il faut opérer des modifications législatives pour massifier les plans locaux de prévention incendies et adapter la qualité et la localisation des moyens de lutte aériens, au plus près du terrain. Or nous venons d'apprendre que l'avion Tracker sera retiré du service cette année. Ne pouvons-nous pas renforcer les moyens aériens par des hélicoptères bombardier d'eau de grosse capacité, y compris de location, au vu de la fréquence des épisodes d'incendies ? Ne faut-il pas bâtir, dès à présent, une force méditerranéenne dans le cadre d'une coopération plus étroite avec des régions comme la Sardaigne ?
Sur le plan de la prévention, j'ai défendu avec les députés de mon groupe, Libertés et territoires, lors de l'examen du projet de loi relatif à l'engagement dans la vie locale et à la proximité de l'action publique, un amendement crucial visant à massifier les plans de prévention autour des villages, et à renforcer les obligations légales de débroussaillement pour les biens indivis et sans maître.
Adopté à l'unanimité dans cette assemblée, avec le soutien du rapporteur, il a été refusé en CMP pour des raisons politiques obscures. Il est impératif de le réintroduire dans le cadre de la loi dite 3D – décentralisation, déconcentration et différenciation. Monsieur le ministre, il est urgent de prendre la mesure de cette nouvelle donne climatique. Les acteurs en Corse y sont prêts, êtes-vous prêt à les accompagner ?