Édouard Philippe, Premier ministre. Avant de vous répondre, permettez-moi de m'associer à l'hommage rendu par le président de l'Assemblée nationale et dans la première partie de votre question, après le décès de votre collègue Claude Goasguen ; je partage votre souci de célébrer son parcours, son action et sa personnalité – vous qui le connaissiez comme moi, monsieur le président Abad, reconnaissez-le : quelle personnalité ! Elle était truculente, cultivée, fine, et en même temps parfois brutale, animée par une liberté intellectuelle et une liberté de ton, qui, je pense, n'ont jamais été prises en défaut. Dévoué à ce qu'il croyait juste et au combat politique qu'il entendait mener, il a impressionné, à juste titre, tous ceux qui l'ont croisé ; il a été à l'origine de vocations, nationales ou locales. Vous avez utilisé le mot « panache » : je le reprendrais bien volontiers, car il en avait, du panache. Un homme comme lui, qui aimait la bonne chère, la culture, le débat passionné, la confrontation des idées et l'indépendance d'esprit, celle qui parfois s'exprime crânement – parce qu'il en faisait preuve, même quand il savait que tel n'était pas forcément son intérêt –, composait d'une certaine façon le portrait d'un personnage incroyablement français, pourvu de qualités éminentes, peut-être aussi de défauts, qu'il reconnaissait volontiers lui-même d'ailleurs, mais un personnage sympathique. J'observe que sur tous les bancs de cette Assemblée, y compris parmi ceux qui ne partageaient en rien ses choix politiques, beaucoup lui ont rendu hommage, reconnaissant chez lui quelqu'un qui s'était engagé et qui défendait ses idées. Au fond, dans cet hémicycle, quelles que soient les opinions politiques des uns et des autres, le plus bel hommage qu'on puisse rendre consiste probablement à dire : voilà quelqu'un qui s'est tenu debout et qui a défendu ses idées. Je veux donc m'associer à vos propos, monsieur le président Abad.
Dans la deuxième partie de votre question, après avoir indiqué que le Parlement prenait ses responsabilités, vous m'interrogez sur l'intention du Gouvernement d'en faire autant ; je vous dirai très tranquillement : bien entendu. Il ne me paraît pas que depuis le début de cette crise sanitaire, le Gouvernement ait jamais refusé de les assumer, ni à l'annonce des mauvaises nouvelles – et il y en a eu –, ni pour résoudre les difficultés – et il y en a eu –, ni même parfois lorsque de bonnes nouvelles sont intervenues – il y en a eu, et j'espère qu'il continuera à y en avoir. Vous trouverez toujours le Gouvernement prêt à répondre aux questions, sans jamais s'abandonner à la facilité, mais en essayant d'expliquer la situation, telle que nous l'avons vécue, telle que nous l'avons collectivement affrontée ; en ne voulant être exonéré de rien, mais en observant comment nos amis et partenaires étrangers ont vécu la même situation, ou une situation approchante, et en prenant aussi en considération la manière dont ils y ont fait face, ainsi qu'en s'interrogeant sur les circonstances où nous nous trouvions au début de la crise et sur les décisions qui ont été prises. J'y suis parfaitement prêt, et je ne vous cache pas que je préfère répondre précisément à toutes les questions de cette nature, plutôt que d'endiguer, comme cela fut le cas parfois, des explosions d'angoisse ou des explosions de colère, et même de mauvaise foi. Cela n'a pas été votre cas, monsieur Abad, ne le prenez pas en mauvaise part ! Vous nous demandez de la transparence, nous en avons usé dès le début ; vous nous demandez de faire preuve de responsabilité, nous l'avons fait dès le début, et nous continuerons.