Clara Chappaz, ministre déléguée chargée de l'intelligence artificielle et du numérique. Je vous remercie pour cette question – qui s'adressait à M. Ferracci, absent ce matin – et pour votre implication en faveur du tissu économique ardennais. Vous avez souligné l'enjeu que représente la fin du véhicule thermique en 2035 et les difficultés du secteur automobile.
Nous avons collectivement décidé, au niveau européen, de nous donner ce cap, pour plusieurs raisons. La première est écologique : le véhicule électrique est à long terme la solution la plus durable avec le moins d'émissions de CO2 – il nous faut rester fermes sur ce point. Ensuite, sur le plan industriel, des investissements ont déjà été engagés en ce sens et nous devons poursuivre sur cette voie.
Cependant votre préoccupation est très juste : cette transition n'est acceptable que si elle s'accompagne d'une politique industrielle forte. Si le moteur thermique est appelé à décliner, de nouvelles filières industrielles peuvent et doivent émerger. Nous ne pouvons accepter de réduire nos émissions en les délocalisant dans des pays à bas coût, en vidant nos territoires de leurs emplois pour acheter des produits extra-européens.
En dix ans, une filière de production de véhicules, avec des usines de batteries ou de moteurs électriques, a émergé en Europe. Les investissements ont donc bien permis d'amorcer la transition. Cependant, la demande en véhicules électriques en 2025 n'atteint pas le niveau attendu – c'est une réalité.
Or, jusqu'au 5 mars, la réglementation européenne CAFE, Corporate Average Fuel Economy, pénalisait les constructeurs qui avaient le choix entre, d'un côté, affaiblir leurs sous-traitants en réduisant les ventes de véhicules thermiques artificiellement ou, de l'autre, renforcer leurs concurrents américains et chinois en achetant des crédits d'émission.
Après plusieurs mois de négociations, le ministre Ferracci et Stéphane Séjourné, commissaire européen chargé de la prospérité et de la stratégie industrielle, ont annoncé, la semaine dernière, l'introduction de marges de flexibilité au sein de cette réglementation. Les constructeurs pourront désormais lisser leurs ventes sur trois ans. Cette mesure pragmatique, prise dans une situation d'urgence inédite, représente une avancée majeure.
Enfin, s'agissant de la concurrence chinoise, sachez que nous agissons déjà pour l'électrification au niveau national. Nous soutenons la demande par le bonus automobile, des mesures de verdissement des flottes professionnelles et des incitations à l'achat de véhicules de fonction électriques. Nous avons aussi soutenu la transition des industriels avec près de 2 milliards d'euros de subventions, accordées depuis 2020 dans le cadre de la transition vers l'électrique ou de la diversification hors automobile.
Vous l'aurez compris, le gouvernement garde un cap clair mais se tient aux côtés de l'industrie automobile pour l'aider à surmonter les difficultés et l'accompagner dans cette transition.