Emeric Salmon Monsieur le ministre, vous étiez en Haute-Saône le 3 février pour inaugurer des travaux sur la RN 19, entre Héricourt et Belfort. Ce tronçon est important mais il n'est pas le plus prioritaire.
Au niveau des communes de Pomoy, Genevreuille et Amblans-et-Velotte, dans ma circonscription, la RN 19 est un véritable couloir de la mort. Ce n'est plus tenable : comme en témoignent de multiples panneaux, les riverains appellent eux-mêmes la RN 19 la « route de la mort ». En trente ans, soixante-trois personnes ont perdu la vie sur cette portion, sans parler des centaines de blessés. Le nombre de morts est en outre fortement sous-estimé car – vous le savez – quand une personne blessée dans un accident de voiture décède à l'hôpital plusieurs jours après l'accident, elle n'est pas considérée, dans les statistiques, comme morte d'un accident de la route. Derrière ces chiffres tragiques, il y a des familles brisées et des vies bouleversées à jamais ; combien de victimes faudra-t-il encore pour que l'État prenne enfin ses responsabilités ?
Le coût sociétal de ces accidents est estimé entre 225 et 360 millions d'euros. Chaque année qui passe, l'inaction pèse lourd, non seulement en vies humaines mais aussi sur les finances publiques. Il est insupportable de constater que la somme nécessaire pour sécuriser cet axe est dérisoire au regard du coût sociétal évoqué.
Le 3 avril 2024, je me suis mobilisé aux côtés des élus locaux et des riverains pour réclamer cette déviation vitale. Les habitants vivent dans l'angoisse permanente, voyant chaque jour défiler des centaines de poids lourds au cœur de leurs villages, au milieu des maisons. Ce n'est plus tenable ! J'ai une pensée pour une habitante de Pomoy et un habitant de Genevreuille qui se sont retrouvés avec un poids lourd dans leur salon.
Pourtant, ce projet n'a pas été inscrit dans le CPER – contrat de plan État-région – 2023-2027 ; ce n'est pas faute d'avoir alerté le gouvernement ! J'ai déjà posé une question orale sans débat en mars 2023, il y a deux ans ; j'ai multiplié les communiqués de presse, les courriers aux habitants et au préfet, les questions écrites aux ministres, en déplorant toujours le même constat : aucune avancée concrète, aucune date annoncée, aucune garantie de financement.
L'État a pourtant déclaré ce projet d'utilité publique et promis de conclure un contrat spécifique avec le département et la région. Ces collectivités fournissent d'ailleurs un effort considérable, en portant leur part de financement à 20 % chacune, soit 40 % du total ; il reste 60 % à la charge de l'État, lequel ne peut plus se dérober.
Nous le savons, la meilleure solution serait de créer un tronçon à deux fois deux voies entre Vesoul et Lure ; les travaux sont estimés à 120 millions d'euros. Si l'État considère qu'un tel coût est un frein immédiat à leur réalisation, nous devons avancer malgré tout. La construction d'une route à deux fois une voie, avec créneaux de dépassement, estimée à 72 millions, permettrait d'éloigner le tracé des villages dans l'immédiat, tout en préparant l'infrastructure pour une future mise à deux fois deux voies. Ce compromis est possible et réalisable ; il est urgent de le concrétiser. L'estimation des coûts de ces deux options est d'ailleurs issue d'une étude commandée en 2021 par M. Djebbari, alors ministre des transports.
Autre point important, le projet prévoit un échangeur à la hauteur de Mollans, entre Genevreuille et Pomoy. Les habitants y sont favorables, sauf si sa construction est conditionnée à une réalisation de la route par petits tronçons – d'abord un bout reliant Lure à Genevreuille, la suite plus tard.
L'État peut-il enfin s'engager concrètement et sans délai ? Quel calendrier de travaux pouvez-vous garantir aux habitants ? Ils attendent des réponses et non de nouvelles promesses sans lendemain. Chaque jour de retard, ce sont des vies en danger ; ne laissons pas ces drames se poursuivre !