Nathalie Oziol « Un toit est un droit, pas d'enfant à la rue ! » Voilà ce que scandent depuis des mois, à Montpellier, des parents mobilisés pour alerter les autorités sur la situation de familles sans abri. En août 2024, le sixième baromètre « Enfants à la rue » réalisé par l'Unicef relevait une hausse de 120 %, par rapport aux chiffres de 2020, du nombre d'enfants sans solution d'hébergement à la suite de leur demande au 115.
À Montpellier, la situation du logement et de l'hébergement d'urgence est désastreuse et les enfants en sont les premières victimes. Selon les déclarations d'une élue locale, on y a officiellement recensé quatre-vingts enfants scolarisés vivant dans la rue. Ce chiffre peut être élargi pour inclure les 200 enfants qui vivent en situation de mal-logement, ce qui recouvre la vie dans un logement insalubre, dans un squat ou encore le sans-abrisme.
Trois écoles m'ont récemment interpellée pour m'alerter sur des cas de sans-abrisme concernant des familles entières, soumises ou non à une obligation de quitter le territoire français. Une famille composée de deux parents et de leurs trois jeunes enfants scolarisés vit à la rue et sous la menace d'un renvoi en centre de rétention administrative, le rejet par le tribunal administratif d'une demande de régularisation à titre exceptionnel ayant entraîné le renvoi de la famille hors de son hébergement d'urgence malgré l'état de santé alarmant d'une des enfants. Cette situation bafoue les principes de la Convention internationale des droits de l'enfant, dont la France est pourtant signataire.
Je salue et je félicite les parents, les collectifs, les associations, les syndicats qui se mobilisent par solidarité, fraternité et humanisme et qui créent des réseaux d'entraide pour éviter le pire. Je déplore les cas où l'État manque à son rôle et se défausse de toute responsabilité. À Montpellier, pour qu'une famille à la rue dont les enfants étaient scolarisés en ville obtienne une réponse, il a fallu plusieurs mois de mobilisation, des rassemblements, des marches, des pétitions, des conférences de presse et même l'occupation de l'école par plusieurs familles. C'est uniquement grâce à la mobilisation extraordinaire de parents et de leur réseau associatif que le sujet est remonté et que la famille en question a enfin reçu une proposition d'hébergement.
Face à cette crise du logement et de l'hébergement qui s'accentue année après année, les solutions proposées sont insuffisantes. Le gouvernement s'obstine dans une politique de soutien éphémère, de court terme, qui ne répond pas aux besoins structurels de cette crise. L'Unicef constate « un abandon de tous les principes fondamentaux et juridiques de l'accueil, qui ne [permet] même plus de protéger des femmes enceintes et des enfants de moins de 3 ans ». À Montpellier, des associations témoignent que le 115 ne prend plus en charge les mères isolées dès lors que leur enfant atteint l'âge de 3 ans, et les renvoie à la rue à cause de la saturation du service.
Alors que tous les acteurs associatifs appellent à la construction de logements sociaux et à l'ouverture de places d'hébergement d'urgence, la réponse du gouvernement est l'inaction. Mme Valérie Létard a évoqué un plan de lutte contre le sans-abrisme ; où en est-on ? Qu'est-il prévu ? Pourquoi des enfants dorment-ils toujours à la rue en France en 2025 ?